Une nouvelle tuile tombe sur Liz Truss

Rejetée par l’opinion, Liz Truss voit une nouvelle fois sa crédibilité et son autorité affaiblies.
Photo: Jessica Taylor Parlement britannique via Agence France-Presse Rejetée par l’opinion, Liz Truss voit une nouvelle fois sa crédibilité et son autorité affaiblies.

En sursis après six semaines à Downing Street, la première ministre britannique, Liz Truss, est entrée mercredi dans une nouvelle zone de turbulences avec la démission surprise de sa ministre de l’Intérieur et une poussée de fièvre au Parlement.

Rejetée par l’opinion, contestée au sein de sa propre majorité, la dirigeante conservatrice, qui assure vouloir rester en poste malgré l’abandon de son programme économique, voit une nouvelle fois sa crédibilité et son autorité affaiblies, au terme d’une journée de grande nervosité à Westminster.

Moins d’une semaine après avoir dû limoger son ministre des Finances et ami proche, Kwasi Kwarteng, elle perd la très à droite cheffe du « Home Office », chargée de l’épineux dossier des traversées illégales de la Manche, qui atteignent des niveaux records.

Suella Braverman, 42 ans, a expliqué avoir démissionné pour avoir utilisé son courriel personnel pour l’envoi de documents officiels, enfreignant le code ministériel. Tout en faisant son mea culpa, elle a lancé une lourde charge contre la cheffe du gouvernement.

Dans sa lettre de démission, Suella Braverman a exprimé ses « graves inquiétudes » sur la politique du gouvernement qui, selon elle, renonce à ses promesses, notamment sur le dossier migratoire.

Elle a été remplacée dans la foulée par Grant Shapps, ministre des Transports sous Boris Johnson. En nommant un soutien de son ancien adversaire dans la course au pouvoir (et potentiel candidat pour la remplacer), Rishi Sunak, Liz Truss profite de ce nouvel épisode chaotique de son mandat pour afficher une ouverture dont elle a été accusée de manquer depuis son arrivée au pouvoir.

« Harcèlement »

À cette intense saga est venu s’ajouter un coup de chaud au Parlement dans la soirée, autour d’un vote — remporté par le gouvernement — relatif à la disputée levée du moratoire sur la fracturation hydraulique, technique controversée pour produire du gaz de schiste.

Un député travailliste, Chris Bryant, a demandé l’ouverture d’une enquête, expliquant avoir assisté à des scènes de vote forcé au sein de la majorité et de « harcèlement ».

Une qualification rejetée par le ministre de l’Énergie, Jacob Rees-Mogg, avant que Downing Street ne clarifie dans la soirée que, malgré les bruits qui agitaient Westminster, une responsable de la majorité parlementaire et son adjoint restaient bien à leur poste.

Le départ de Suella Braverman amorce-t-il une hémorragie au sein du gouvernement comme celle qui avait été fatale à Boris Johnson en juillet ?

En tout cas, il tombe bien mal pour Liz Truss, qui cherche à reprendre la main après la mise en pièces lundi, par son nouveau ministre des Finances, Jeremy Hunt, des baisses d’impôts massives qu’elle avait promises.

Chargé de rassurer les marchés, Jeremy Hunt est désormais considéré comme ayant pris l’ascendant sur Liz Truss. En plus d’annuler presque toutes les baisses d’impôts promises par la première ministre, il a prévenu d’économies à venir dans les dépenses publiques, faisant redouter le retour à l’austérité de l’après crise financière de 2008.

Le contexte social est déjà explosif, et l’inflation a atteint un sommet en 40 ans, à 10,1 % en septembre.

Selon un sondage YouGov, seul un Britannique sur dix a une opinion favorable de Liz Truss, un sur cinq chez les électeurs du parti conservateur. Et 55 % des membres du parti majoritaire estiment que Liz Truss devrait démissionner, à deux ans d’élections législatives où l’opposition travailliste terrasserait les conservateurs selon les sondages.

Désormais, six députés de son parti ont déjà publiquement exhorté Liz Truss à partir. Faute de successeur évident, les conservateurs sont toutefois réticents à s’engager dans un nouveau et long processus de désignation d’un nouveau leader, et sont à la recherche d’un consensus pour s’accorder sur un nom, mais semblent loin d’y parvenir.

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