Premier face-à-face entre Lula et Bolsonaro au Brésil

Luiz Inacio Lula da Silva, à gauche, et Jair Bolsonaro, à droite, durant le face-à-face dimanche soir.
Nelson Almeida Agence France-Presse Luiz Inacio Lula da Silva, à gauche, et Jair Bolsonaro, à droite, durant le face-à-face dimanche soir.

Lula et Jair Bolsonaro, adversaires du second tour de la présidentielle brésilienne le 30 octobre, ont échangé dimanche de dures accusations, notamment sur la COVID-19 et la corruption, au début de leur premier débat télévisé face à face.

« À cause de votre négligence, plus de 680 000 personnes sont mortes de la COVID au Brésil, tandis que plus de la moitié auraient pu être sauvées », a lancé l’ex-président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), évoquant notamment les retards dans l’achat de vaccins, lors de ce débat sur la chaîne Bandeirantes.

Le président d’extrême droite, pour sa part, a fustigé la « corruption en abondance au Brésil » durant les deux mandats de son adversaire.

D’autres débats avaient eu lieu avant le premier tour, mais en présence d’autres candidats, laissant moins de temps à la confrontation directe entre les deux favoris, qui se sont accusés mutuellement de mentir dimanche.

« Lula, arrêtez de mentir, un homme de votre âge ! », a lancé le président d’extrême droite, 67 ans, lors des premières minutes

« C’est vous le roi des fausses informations, le roi de la stupidité », a rétorqué Lula, 76 ans.

Jair Bolsonaro a également accusé l’ancien métallo de « ne pas avoir la moindre préoccupation envers les plus pauvres », se félicitant d’avoir fait approuver des dépenses exceptionnelles élevant à 600 réais (environ 155 dollars canadiens) les allocations versées aux familles les plus humbles.

Lula a obtenu 48,3 % des voix au premier tour, contre 43,2 % pour le président d’extrême droite.

La campagne électorale a été marquée par des attaques virulentes entre les candidats et leurs entourages, qui n’ont pas hésité à se lancer des accusations de cannibalisme, pédophilie ou liens avec le crime organisé.

Subtile provocation

 

Jair Bolsonaro a été fustigé samedi par l’opposition de gauche pour avoir raconté être entré en 2021, lors d’une visite dans un quartier pauvre de Brasilia, dans une maison habitée par de jeunes Vénézuéliennes, mineures, laissant entendre qu’elles étaient des prostituées.

« J’ai garé ma moto à un coin de rue, j’ai enlevé mon casque et j’ai commencé à regarder les filles, trois ou quatre, jolies, de 14, 15 ans, apprêtées comme on peut l’être un samedi dans un quartier. Une atmosphère s’est créée, je suis revenu, “je peux entrer chez toi ?”, je suis entré », a-t-il raconté.

M. Bolsonaro a plusieurs fois affirmé que le Brésil connaîtrait le même sort que le Venezuela en cas de victoire de son rival.

Face au déluge de critiques suscitées par ces déclarations, le président brésilien a assuré avoir « toujours combattu la pédophilie » et précisé être entré dans la maison avec « dix autres personnes » et devant les caméras de CNN.

En arrivant au studio pour le débat, le président d’extrême droite a déclaré que les dernières 24 heures avaient été « les plus terribles » de sa vie en raison de ces accusations.

Lula, lui, a joué la provocation en portant sur sa veste de costume une broche avec le logo d’une campagne contre les abus sexuels d’enfants et d’adolescents.

Le président du Tribunal supérieur électoral, Alexandre de Moraes, a ordonné dimanche que les vidéos associant Jair Bolsonaro à la pédophilie soient retirées des principales plateformes de réseaux sociaux, les propos du président étant, selon lui, « sortis de leur contexte ».

Lula remporterait le second tour de la présidentielle, qui aura lieu le 30 octobre, avec 53 % des votes exprimés contre 47 % pour Jair Bolsonaro, selon un sondage Datafolha publié vendredi

Le second tour s’annonce très disputé dans cette élection extrêmement polarisée et les deux candidats se sont évertués à rallier les soutiens politiques et à tenter de convaincre les indécis en poursuivant une intense campagne dans tout le Brésil.

Les divers instituts de sondage ont été très critiqués pour ne pas avoir anticipé le score élevé du président sortant, auquel ils attribuaient un maximum de 37 %, au 1er tour.

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