Des députés fédéraux à Taïwan

Des étudiantes de l’orchestre Kyoto Tachibana S.H.S. se sont produits devant le bâtiment présidentiel de Taipei à Taiwan à l’occasion de la fête nationale, lundi.
Photo: Chiang Ying-ying Associated Press Des étudiantes de l’orchestre Kyoto Tachibana S.H.S. se sont produits devant le bâtiment présidentiel de Taipei à Taiwan à l’occasion de la fête nationale, lundi.

Une délégation de députés fédéraux est arrivée à Taïwan cette semaine, trois mois après la visite de Nancy Pelosi, qui avait attisé les tensions dans le détroit de Taïwan.

« À une époque où la Chine exacerbe de manière déraisonnable les tensions, [la visite de la délégation] démontre l’appui du Parlement canadien », peut-on lire dans un communiqué ministériel taïwanais.

Le déplacement des députés, annoncé en août, est la première visite parlementaire canadienne à Taïwan depuis le début de la pandémie de COVID-19. Ils sont arrivés dimanche à Taipei. Parmi eux figurent la présidente du comité, la députée libérale Judy Sgro, son collègue Angelo Iacono, le député du Bloc québécois Simon-Pierre Savard-Tremblay ainsi que les députés conservateurs Richard Martel et Chris Lewis. Une rencontre avec la présidente Tsai Ing-wen est prévue d’ici le 14 octobre.

Les cinq députés, membres du Groupe d’amitié Canada-Taïwan du Parlement canadien, ont assisté lundi aux célébrations de la fête nationale, pendant lesquelles la présidente Tsai Ing-wen a prévenu Pékin que l’île ne céderait en aucun cas sur ses libertés et son mode de vie démocratique.

« Je veux avertir Pékin que l’affrontement armé n’est pas une option », a lancé la présidente taïwanaise, avant de déclarer que l’île autonome va accélérer « la production de masse de missiles de précision et de navires de guerre de haute performance ».

Une escalade de tensions en vue ?

Depuis la visite en août de la présidente de la Chambre des représentants des États-Unis à Taïwan, la menace d’une invasion de Pékin s’est intensifiée. La Chine a procédé en représailles à des manoeuvres militaires terrestres et maritimes sans précédent depuis le milieu des années 1990.

Le vice-président du Groupe d’amitié Canada-Taïwan du Parlement canadien, le conservateur Randy Hoback, a d’ailleurs consulté Affaires mondiales Canada avant d’effectuer le voyage. « La visite de Pelosi a généré une telle controverse que […] je pense que la prudence était justifiée », estime André Laliberté, professeur à l’école d’études politiques de l’Université d’Ottawa.

Le déplacement de députés fédéraux, aussi membres du Groupe d’amitié Canada-Taïwan du Parlement canadien, ne devrait toutefois pas donner lieu à la même escalade de tensions diplomatiques, avance M. Laliberté.

Le professeur reconnaît qu’on ne peut pas « prévoir l’humeur des dirigeants chinois », mais il estime que ce voyage n’est « pas un danger  ni « quelque chose d’exceptionnel. Beaucoup de pays européens ont envoyé des parlementaires à Taipei il y a quelques mois. Le Canada ne fait rien que d’autres pays démocratiques n’ont pas fait », souligne-t-il.

« C’est la Chine qui a décidé de faire [de la visite de Nancy Pelosi] une crise. Parce que la politique américaine vis-à-vis de Taïwan n’a pas changé. Et c’est la même chose pour le Canada », explique le professeur, qui précise que ce ne sont pas des membres du « cabinet de Trudeau » qui ont fait le déplacement, mais des parlementaires.

« C’était la même chose pour Pelosi », mais « le Canada ne compte pas autant aux yeux de la Chine [que les États-Unis] ». Le pays n’est pas « considéré comme une menace militaire, au même titre que les États-Unis et le Japon », souligne M. Laliberté.

Pékin, qui s’oppose à toute initiative donnant aux autorités taïwanaises une légitimité internationale, a fustigé le discours de Mme Tsai, mais n’a pas réagi à la présence de députés canadiens. « Une des raisons pour lesquelles il n’y a pas de crise est peut-être que la Chine en a beaucoup sur les bras en ce moment. Le congrès du Parti communiste aura lieu dans les prochains jours », dit André Laliberté.

Si elle n’est « pas importante sur le plan diplomatique, il y a quand même de la substance derrière cette visite », indique M. Laliberté, « puisqu’il s’agit de discuter de dossiers qui sont importants pour les deux pays. […] Il est question par exemple de traités sur la sécurité aérienne ou d’accords commerciaux ».

Avec l’Agence France-Presse

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