Le Canada ne reconnaîtra «jamais» les référendums d’annexion russes en Ukraine

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a promis qu’il ne céderait rien à l’homme fort du Kremlin.
Genya Savilov Associated Press Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a promis qu’il ne céderait rien à l’homme fort du Kremlin.

Le premier ministre Justin Trudeau a ajouté mercredi matin la voix du Canada au concert des pays occidentaux qui dénoncent depuis 24 heures les « simulacres de référendums » tenus par la Russie dans les zones occupées de l’Ukraine en affirmant, lui aussi, qu’il n’allait pas reconnaître les résultats de ces consultations menées sous la menace et l’intimidation.

« Les soi-disant référendums tenus par la Russie dans les régions illégalement occupées de Donetsk, de Louhansk, de Kherson et de Zaporijjia, en Ukraine, n’ont absolument aucune légitimité », a déclaré M. Trudeau lors d’un entretien mercredi avec le président ukrainien, Volodymyr Zelensky.

« Le Canada ne reconnaît pas et ne reconnaîtra jamais les résultats de ces simulacres de référendums ou toute tentative illégale d’annexion de territoires ukrainiens par la Russie. »

Avec une adhésion à l’annexion à la Russie variant de 87 % à 99 %, selon les autorités russes d’occupation, les dirigeants prorusses des régions ukrainiennes sous contrôle de Moscou ont réclamé mercredi officiellement leur rattachement à la Russie.

« Cher Vladimir Vladimirovitch [Poutine] […], je vous demande d’examiner la question de l’adhésion de la République populaire de Louhansk à la Russie en tant que sujet de la Fédération de Russie », a déclaré Leonid Passetchnik, chef séparatiste de Louhansk, dans l’est de l’Ukraine. Une requête jugée illégale par Kiev et dénoncée par la présidence ukrainienne tout comme par ses alliés occidentaux.

Les soi-disant référendums tenus par la Russie dans les régions illégalement occupées de Donetsk, de Louhansk, de Kherson et de Zaporijjia, en Ukraine, n’ont absolument aucune légitimité

 

Depuis Londres, la première ministre britannique, Liz Truss, a également assuré mercredi, lors d’un échange avec Volodymyr Zelensky, que le Royaume-Uni ne reconnaîtrait « jamais les tentatives russes » d’annexion d’un « territoire souverain ». Elle a aussi réitéré « que l’Ukraine pouvait compter sur [son] soutien jusqu’à ce que le président [russe Vladimir] Poutine soit défait », selon le compte rendu britannique de l’appel entre les deux dirigeants.

Mardi, Washington, l’Union européenne ainsi que l’OTAN ont à l’unanimité condamné la tactique de la Russie qui vise à renforcer son emprise sur des territoires ukrainiens que Kiev menace de reprendre aux forces russes depuis les contre-offensives fructueuses des dernières semaines. Même la Chine, pourtant proche de la Russie, a appelé au respect de « l’intégrité territoriale de tous les pays », après avoir pris « note des dernières évolutions de la situation en Ukraine », a indiqué mardi Pékin, par la voix de son ambassadeur, devant le Conseil de sécurité de l’ONU.

« Les résultats de ce plébiscite parlent d’eux-mêmes : les habitants du Donbass, de Kherson et de Zaporijjia ne veulent pas retourner à leur vie d’avant et ont fait un choix conscient et libre en faveur de la Russie », a affirmé mercredi le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué.

Selon la diplomatie russe, les habitants de ces régions « n’avaient pas d’autre solution », alors que Moscou, pour justifier son offensive, accusait Kiev de préparer la répression des populations russophones d’Ukraine.

« Le résultat logique […] a été la décision des habitants du Donbass, de Kherson et de Zaporijjia de demander la protection de la Russie », a assuré le ministère en reprenant la rhétorique employée par le Kremlin pour justifier son offensive, évoquant une « population du Donbass soumise à une extermination systématique et cynique » par les forces de Kiev depuis le début de la guerre avec les séparatistes prorusses, en 2014.

« Il s’agit d’une nouvelle violation de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine, dans un contexte de violations systématiques des droits de la personne », a déclaré mercredi sur Twitter le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell.

D’autres sanctions en vue

Mardi soir, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a promis de ne rien céder à l’homme fort du Kremlin. « Nous agirons pour protéger notre peuple : à la fois dans la région de Kherson, dans celle de Zaporijjia, dans le Donbass [et aussi] dans les zones actuellement occupées de la région de Kharkiv et en Crimée », a-t-il dit dans une vidéo envoyée sur le réseau Telegram, sa première réaction après l’annonce des résultats selon la mathématique soviétique et dictatoriale diffusés par les autorités prorusses.

Pour Ottawa, ces référendums contreviennent clairement au droit international et sont motivés par le fait que le président Poutine croit qu’il peut redessiner la carte du monde à sa guise, a dit Justin Trudeau.

« Ces simulacres démontrent que Poutine comprend qu’il est en train de perdre cette guerre qu’il a commencée, cette guerre illégale, cette guerre barbare, a déclaré mercredi la vice-première ministre canadienne, Chrystia Freeland, à sa sortie de la rencontre du caucus libéral, au parlement, mercredi midi. La chose importante pour nous, pour le Canada, c’est de continuer d’appuyer l’Ukraine, de permettre aux Ukrainiens — qui sont si courageux — de finir la guerre avec une victoire, parce que la fin de la guerre, ça signifie la fin de la torture, la fin des meurtres. »

En riposte à cette « nouvelle escalade des tensions », le premier ministre Trudeau a également annoncé son intention « d’imposer d’autres sanctions contre des personnes et des entités », sans donner plus de détails.

Avec l’Agence France-Presse et Marie Vastel

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