Zelensky exhorte les Russes à se dresser contre la mobilisation

Des voitures en provenance de Russie s’accumulent jeudi à poste frontalier situé près de Vaalima, en Finlande.
Olivier Morin Agence France-Presse Des voitures en provenance de Russie s’accumulent jeudi à poste frontalier situé près de Vaalima, en Finlande.

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a exhorté jeudi les Russes à se dresser contre la mobilisation annoncée par le Kremlin, confronté au refus de combattre en Ukraine d’une partie de sa population fuyant le pays.

Sous le feu des critiques internationales, la Russie s’est aussi retrouvée au banc des accusés au Conseil de sécurité, sommée de rendre des comptes pour son invasion de l’Ukraine, au lendemain de son annonce de mobilisation immédiate de 300 000 réservistes, assortie de menaces de recours à l’arme nucléaire proférées par Vladimir Poutine.

« 55 000 soldats russes ont été tués dans cette guerre en six mois. […] Vous en voulez davantage ? Non ? Alors protestez ! Luttez ! Fuyez ! Ou rendez-vous » à l’armée ukrainienne, a lancé M. Zelensky en russe dans son adresse vidéo traditionnelle. « Ce sont vos options pour survivre. »

« Vous êtes déjà complices de tous les crimes [de l’armée russe], des meurtres et de tortures dont les Ukrainiens sont victimes. Parce que vous vous êtes tus. Parce que vous vous taisez toujours », a accusé M. Zelensky.

Et d’affirmer que les autorités russes s’apprêtent à mobiliser « jusqu’à un million d’hommes ».

Sur le front diplomatique, c’est le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, qui a mené la charge au Conseil de sécurité, refusant de rencontrer son homologue russe, Sergueï Lavrov.

« On ne peut pas laisser le président Poutine s’en tirer comme ça », a-t-il déclaré, lors de cette réunion convoquée par la présidence française.

M. Lavrov, présent dans la salle du Conseil, où il a également prononcé un discours, ne s’était pas installé à la même table que les autres ministres, se faisant remplacer par un adjoint.

« Il ne souhaite pas entendre », a lancé le Britannique James Cleverly.

M. Blinken a saisi l’occasion pour dénoncer la récente escalade de la part de Moscou, dont la tenue de référendums d’annexion dans les territoires ukrainiens sous contrôle russe.

« Que le président Poutine ait choisi cette semaine, alors que la plupart des dirigeants de ce monde se réunissent à l’ONU, pour mettre de l’huile sur le feu qu’il a allumé démontre son mépris total pour la Charte des Nations unies », a-t-il dit.

Des Russes fuient le pays

 

En Russie, l’annonce de la mobilisation a provoqué un afflux de Russes souhaitant quitter le pays, sans qu’aucun chiffre ne soit disponible.

Une personne, passée en Mongolie, a ainsi raconté à l’AFP sous couvert d’anonymat avoir dû attendre « pendant 12 heures » pour passer la frontière en voiture.

Les garde-frontières finlandais ont dit observer une hausse des passages, qui reste cependant modérée. Les Russes ont besoin de visas pour s’y rendre.

Alors que la Pologne et les pays baltes ont pris ces dernières semaines des mesures pour restreindre drastiquement l’entrée des Russes sur leur territoire, l’Allemagne s’est dit jeudi prête à accueillir des déserteurs de l’armée russe « menacés de grave répression ».

« Celui qui s’oppose courageusement à Poutine et se met ainsi en grand danger peut demander l’asile politique en Allemagne », a déclaré la ministre allemande de l’Intérieur, Nancy Faeser.

Aux arrivées de l’aéroport de Erevan, en Arménie, des Russes interrogés par l’AFP ont admis avoir fui la mobilisation. Dmitri, 45 ans et un petit sac à la main, dit avoir laissé femme et enfants au pays.

« Je ne veux pas mourir dans cette guerre insensée. C’est une guerre fratricide », a-t-il confié, préservant son anonymat.

La veille, plus de 1300 personnes avaient été arrêtées lors de manifestations improvisées antimobilisation à travers toute la Russie, selon l’ONG OVD-Info.

Le Kremlin a, lui, démenti l’ampleur des départs, un phénomène « grandement exagéré ».

« Simulacres » de référendums

De vendredi à mardi, quatre régions du sud et de l’est de l’Ukraine sous contrôle total ou partiel de Moscou voteront dans des scrutins organisés dans l’urgence pour être annexés par la Russie, des « simulacres » de référendums dénoncés en Occident. La Chine, proche de Moscou, a émis des critiques, appelant au respect de l’intégrité territoriale des États.

« Le vote commence demain et rien ne pourra l’empêcher », a souligné à la télévision russe le chef de l’administration d’occupation de la région de Kherson, dans le sud de l’Ukraine, Vladimir Saldo.

L’instance électorale des séparatistes prorusses de Donetsk, dans l’est, a elle indiqué que « par souci de sécurité » le scrutin serait organisé quasiment en porte-à-porte, « devant les habitations » durant quatre jours, les bureaux de vote n’ouvrant « que le dernier jour », soit le 27 septembre.

Le Kremlin sourd aux critiques

 

L’ex-président russe et numéro deux du Conseil de sécurité du pays, Dmitri Medvedev, a lui affirmé sur Telegram que les régions séparatistes de Louhansk et Donetsk (est), qui forment le bassin du Donbass, ainsi que Kherson et Zaporijjia (sud), « intègreront la Russie ».

Il a ajouté que son pays est prêt à une frappe nucléaire, soulignant que les missiles « hypersoniques russes sont capables d’atteindre leurs buts en Europe et aux États-Unis bien plus vite » que les armes occidentales.

Dans un discours à la nation, Vladimir Poutine s’était dit mercredi prêt à utiliser « tous les moyens » face à l’Occident qu’il a accusé de vouloir « détruire » la Russie. « Ce n’est pas du bluff », avait-il lâché.

Moscou reste donc sans surprise sourd aux critiques, à commencer par celles de l’Américain Joe Biden qui, à la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies, a martelé mercredi que la guerre de Poutine « anéantit le droit de l’Ukraine à exister ».

Après lui, M. Zelensky a appelé le monde à « châtier » la Russie.

Sur le terrain, les missiles continuaient de pleuvoir avec, entre autres frappes, la ville de Zaporijjia (sud), sous contrôle ukrainien, touchée par neuf missiles, qui ont atteint notamment un hôtel, faisant au moins un mort.

 

Les séparatistes prorusses de Donetsk ont, eux, accusé Kiev d’avoir tiré sur un marché, faisant sept morts.

Par ailleurs, l’Ukraine et la Russie ont procédé mercredi au plus gros échange de prisonniers militaires depuis le début de l’invasion russe fin février.

Kiev a récupéré dix étrangers et 205 Ukrainiens, dont les chefs de la défense de l’aciérie Azovstal dans la ville de Marioupol, symbole de la résistance à l’invasion russe.

En échange, Moscou a obtenu 55 Russes et un ex-député ukrainien Viktor Medvedtchouk, un proche du président russe Vladimir Poutine.

 

Un haut responsable ukrainien a affirmé que « beaucoup » des Ukrainiens libérés avaient été « brutalement torturés » en captivité.

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