Le casse-tête protocolaire des funérailles d’Élisabeth II

Les derniers hommages à Élisabeth II impliquent le déplacement et la réception de plusieurs centaines de dignitaires venus du monde entier au centre d’une marée humaine probablement forte de plusieurs millions de Britanniques.
Ben Stansall Agence France-Presse Les derniers hommages à Élisabeth II impliquent le déplacement et la réception de plusieurs centaines de dignitaires venus du monde entier au centre d’une marée humaine probablement forte de plusieurs millions de Britanniques.

Les funérailles de la tête couronnée ayant régné le plus longtemps depuis trois siècles et demi ont lieu lundi. La cérémonie s’annonce comme l’une des plus exigeantes du point de vue logistique, sécuritaire et protocolaire, jamais organisées dans l’histoire.

Les derniers hommages à Élisabeth II impliquent le déplacement et la réception de plusieurs centaines de dignitaires venus du monde entier au centre d’une marée humaine probablement forte de plusieurs millions de Britanniques.

Les dernières funérailles d’État du Royaume-Uni ont honoré le héros de la Deuxième Guerre mondiale, Winston Churchill, en 1965. Cent douze dirigeants de pays s’étaient alors déplacés.

Au dernier décompte du week-end, les représentants de 121 pays avaient confirmé leur présence à Londres, dont 19 monarques, 46 présidents et 20 premiers ministres, y compris Justin Trudeau

Au total, les délégations rassembleront à Westminster Abbey plus de 500 chefs d’État et chefs de gouvernement de pays étrangers en fonction ou passés. L’église peut accueillir 2200 personnes.

Le casse-tête doit en plus respecter des règles protocolaires strictes et contraignantes. Les incidents diplomatiques ou les simples fautes de goût menacent de tous bords.

 

The Guardian rapportait que plusieurs membres des monarchies moyen-orientales ou africaines ne se présenteraient pas à Londres, refusant de souffrir certains affronts, comme celui d’être transportés jusqu’à Westminster Abbey en autobus ou de devoir assister à la messe funèbre d’un banc du fond de l’« église collégiale Saint-Pierre » (le nom officiel de Westminster Abbey). Les places à l’avant sont réservées aux membres de la famille royale, aux représentants du Parlement britannique de même qu’aux délégués des pays du Commonwealth, dont le Canada.

Le protocole se veut la vitrine du pouvoir, un concentré de traditions et d’ordre dans l’État. Certaines codifications solennelles nées dans les cours du Moyen Âge en Europe, poussées à leur paroxysme sous Louis XIV en France, perdurent encore dans nos démocraties du XXIe siècle. On le voit avec la hiérarchisation des invités aux séances d’ouverture des législatures. Le Québec aussi a son service du protocole.

Les cérémonies déployées sur dix jours suivent deux plans : Operation London Bridge et Operation Unicorn, annexe prévoyant le cas où la reine mourrait en Écosse, ce qui s’est produit. Les premières ébauches de ces planifications datent des années 1960.

La phrase codée « London Bridge is down » a servi à annoncer le décès de la souveraine le 8 septembre à la première ministre britannique, Liz Truss, et à d’autres membres majeurs des parlements du Royaume-Uni. La suite des choses strictement orchestrée implique la participation de l’Église d’Angleterre, du service de police métropolitaine de Londres, de l’armée britannique, des transports publics, des aéroports, etc.

Voilettes et uniformes

 

Les funérailles comme telles sont organisées par le comte-maréchal (Earl Marshal) également responsable du couronnement du nouveau roi Charles III. Edward Fitzalan-Howard, 18e duc de Norfolk, occupe cette fonction créée en 1135.

Il s’agit de la plus haute fonction héréditaire du royaume non rattachée à la maison régnante. Pour mémoire, dans l’ordre de la préséance jusqu’au sommet royal, l’Earl Marshal est inférieur à celui du lord-grand-chambellan, mais supérieur au lord-grand-amiral. Les organisateurs des cérémonies doivent composer avec des dizaines d’échelons semblables sur l’échelle de la hiérarchie protocolaire.

Les titres, les adresses et les salutations nécessitent aussi beaucoup de connaissances et de finesse. Il faut par exemple s’adresser au comte-maréchal en l’appelant Votre Grâce ou encore Le Très Noble. Comme bien des dignitaires, il porte des vêtements n’échappant pas aux règles les plus strictes, dans son cas une redingote rouge brodée et un bicorne à plumes.

Pendant sa longue vie, la reine en représentation officielle a, elle aussi, suivi des normes vestimentaires d’une rigidité immuable : jamais de pantalon, des jupes taillées sous le genou portées sur des collants couleur chair, les mains gantées, etc. Tous les membres de la famille royale respectent en gros les mêmes consignes.

L’amour britannique des costumes de fonction semble inégalé dans le monde. Le noir, couleur du deuil en Occident, sera évidemment de mise à Westminster pour la grande majorité des invités. Toutes les femmes devraient opter pour cette couleur en ajoutant un voile ou une voilette. Les proches de la souveraine, y compris le nouveau roi, porteront plutôt des costumes militaires.

II pourrait y avoir deux exceptions notables. Le prince Harry, pourtant ex-officier de la Navy, ne peut plus porter son uniforme depuis qu’il a renoncé à ses titres royaux. Son oncle, le prince Andrew, frère de Charles III, lui aussi un ancien officier, humilié depuis le scandale de l’affaire Epstein, n’occupe plus de fonctions royales. Il pourrait devoir se contenter de la redingote comme un noble ou un snob de moindre extraction. Le roi Charles III a cependant le privilège de permettre exceptionnellement à son frère et son fils de revêtir leur uniforme de la Royal Navy.

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