Vague de cadavres retrouvés empaquetés dans les rues de Bogota

La police a ainsi confirmé l’existence dans la capitale de maisons «abattoirs» servant de lieu de torture.
iStock La police a ainsi confirmé l’existence dans la capitale de maisons «abattoirs» servant de lieu de torture.

Depuis le début de l’année, les victimes d’une vendetta entre gangs d’origine vénézuélienne sont retrouvées ici et là à Bogota, leurs cadavres emballés dans des sacs de plastique, certains démembrés. L’affaire des « empaquetés », comme la nomme la presse locale, est d’une violence encore jamais vue dans la capitale colombienne.

En neuf mois, au moins 23 corps dans des sacs ont été abandonnés ici et là dans les rues de cette métropole de huit millions d’habitants.

Ces découvertes macabres sont allées crescendo pour culminer dans l’horreur la semaine dernière : quatre corps, découpés en morceaux, retrouvés abandonnés, emballés dans des sacs-poubelle, sur des trottoirs.

Sept Vénézuéliens et neuf Colombiens figurent parmi ces victimes, selon la presse.

 

C’est « une manière d’opérer qui n’a jamais été vue auparavant dans la ville », selon le commandant de la police de Bogota, le général Carlos Triana.

« Beaucoup de cruauté »

Il s’agit « d’homicides violents, de strangulations, (de meurtres) avec arme à feu ou couteau », a déclaré à l’AFP le secrétaire à la sécurité pour la municipalité, Anibal Fernandez de Soto, qui parle d’actes réalisés avec « beaucoup de cruauté ».

Ces macabres découvertes ont été faites dans huit des 19 localités d’une capitale théâtre du crime organisé, mais qui reste cependant épargnée par le conflit armé sévissant depuis plus d’un demi-siècle dans les provinces.

Ces meurtres témoignent de la lutte sans merci que se livrent plusieurs groupes criminels « pour le contrôle des trafics illicites », en particulier la vente de drogues au détail et les extorsions, explique M. de Soto, qui prévient que cette guerre est en train de « s’intensifier ».

El Tren de Aragua, une organisation criminelle transnationale née au Venezuela, ainsi qu’un autre gang vénézuélien, Los Maracuchos, et un troisième groupe dont le nom n’a pas été divulgué sont les protagonistes de cette violence hors-norme.

La police a ainsi confirmé l’existence dans la capitale de maisons « abattoirs » servant de lieu de torture.

Selon M. de Soto, les victimes sont toutes des membres des gangs belligérants. « Ils intimident (leurs rivaux) par un modus operandi macabre ».

Selon le journal El Tiempo, une « cellule mafieuse mexicaine », proche du cartel de Sinaloa, complète le trio sanguinaire. La presse a également cité en tant qu’autre protagoniste une organisation colombienne, « Los Paisas ».

Depuis 2021, les autorités surveillent la présence grandissante du Tren de Aragua à Bogota, où vivent environ un quart des 1,8 million de migrants vénézuéliens en Colombie.

« Une organisation puissante »

Ce gang redouté, aux tentacules internationales, est entré dans le pays via le département frontalier de Norte de Santander. Au début, a expliqué à l’AFP Jeremy McDermott, codirecteur du groupe de réflexion sur le crime organisé InSight Crime, ils « ont pris le contrôle du territoire le long de la frontière et facturaient des péages aux Vénézuéliens qui traversaient par les sentiers (trochas) illégaux ».

Suivant la vague de migration fuyant le Venezuela chaviste, ils se sont implantés en Colombie « jusqu’au Panama et au Chili, facturant des frais de “protection” […] et essayant d’exploiter ou de recruter des migrants vulnérables », ajoute l’expert. Leur présence est signalée au Brésil, en Équateur et au Pérou.

« C’est une organisation puissante », dont l’un des principaux cerveaux est Hector « Niño » Guerrero, incarcéré dans la prison vénézuélienne de Tocorón, note Ronna Risquez, chercheuse sur les groupes armés et la violence. Il y régnerait en maître sur ses codétenus. « Tout est géré depuis Tocorón », estime Mme Risquez.

Le démembrement est une pratique courante dans les prisons vénézuéliennes, selon le criminologue Mario Mármol. « Ils ont cet entraînement, ce trait de caractère pervers, et quand la situation le justifie, ils le mettent en oeuvre : mutilation, décapitation, corps criblés de balles. C’est leur marque de fabrique ».

La brutalité démontrée en Colombie répond à « l’expérience criminelle de longue date » dans ce pays, qui « nécessite beaucoup de force, d’impact et de démonstration de cette cruauté » pour s’imposer, note Roberto Briceño-León, directeur de l’Observatoire vénézuélien de la violence (OVV).

Plus discrets que Tren de Aragua, Los Maracuchos sont arrivés en Colombie en 2019. La police colombienne a capturé cette semaine dix de ses membres présumés et réclame par l’intermédiaire d’Interpol cinq autres qui ont fui au Venezuela.

Ces meurtres sordides impliquant des Vénézuéliens coïncident avec le rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays, mais pourraient compliquer ce réchauffement.

 

Ils éclipsent par ailleurs les chiffres de la sécurité à Bogota, qui a aujourd’hui le taux d’homicide le plus bas parmi les principales villes de Colombie depuis le début de l’année (six pour 100 000 habitants).

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