Occidentaux et Russes haussent le ton

Le président polonais, Andrzej Duda, en visite mardi en Ukraine, a rencontré son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky.
Dimitar Dilkoff Agence France-Presse Le président polonais, Andrzej Duda, en visite mardi en Ukraine, a rencontré son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky.

Washington a accusé Moscou de vouloir « intensifier » ses bombardements en Ukraine, où la guerre entre mercredi dans son septième mois, tandis que la Russie a averti qu’il n’y aurait « aucune pitié » après l’assassinat, qu’elle attribue aux services ukrainiens, de la fille d’un idéologue proche du Kremlin.

La France a de son côté appelé à ne rien céder à Moscou, même si sa ministre des Affaires étrangères, Catherine Colonna, a dans le même temps discuté avec son homologue russe, Sergueï Lavrov, d’une inspection par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) du site de la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia, la plus grande d’Europe, sur lequel ont eu lieu des frappes dont s’accusent les deux belligérants.

Cette visite, destinée à « diminuer le risque d’un grave accident nucléaire en Europe », pourrait se dérouler « d’ici quelques jours si les négociations en cours aboutissent », a espéré le directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, signalant « des dégâts supplémentaires dans la zone » après les bombardements des derniers jours.

La Russie et l’Ukraine se sont tout de même à nouveau mutuellement accusées mardi, lors d’une réunion du Conseil de sécurité, de mettre en péril la centrale nucléaire, tandis que le secrétariat général de l’ONU les appelait à cesser toute activité militaire autour du site.

L’ambassadeur russe Vassily Nebenzia a fustigé les Occidentaux qui « vivent dans une réalité parallèle dans laquelle l’armée russe bombarde elle-même le site qu’elle protège ». « Personne ne peut imaginer que l’Ukraine viserait une centrale nucléaire en créant un risque énorme de catastrophe nucléaire sur son propre territoire », a répondu l’ambassadeur ukrainien, Sergiy Kyslytsya.

L’ambassade des États-Unis à Kiev a diffusé dans la matinée un message alarmiste avertissant que la Russie pourrait davantage encore bombarder « ces prochains jours » l’Ukraine et a recommandé aux citoyens américains de quitter « dès maintenant » le pays.

Depuis le retrait des forces russes des environs de la capitale ukrainienne fin mars, l’essentiel des combats s’est concentré dans l’est, où Moscou a lentement gagné du terrain avant que le front ne se fige, et dans le sud, où les troupes ukrainiennes disent mener une contre-offensive, elle aussi très lente.

La Russie continue cependant de viser régulièrement les villes ukrainiennes à l’aide de missiles de longue portée, même si Kiev et ses environs sont rarement touchés.

« Nous devons être conscients que demain, des provocations russes répugnantes et des frappes brutales sont possibles », a mis en garde, dans son traditionnel message-vidéo du soir, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, évoquant la fête de l’indépendance mercredi en Ukraine.

« Et nous répondrons bien sûr à toute manifestation du terrorisme russe », a-t-il ajouté, après s’être entretenu dans la journée avec son homologue polonais, Andrzej Duda, dont le pays l’appuie de manière inconditionnelle.

Nouvelle aide américaine

 

Le président français, Emmanuel Macron, lui aussi a haussé le ton mardi, exhortant la communauté internationale à ne faire montre d’« aucune faiblesse, d’aucun esprit de compromission » face à la Russie.

Les Européens sont prêts à soutenir le « combat » de l’Ukraine « dans la durée », a-t-il ajouté à l’attention de Volodymyr Zelensky, s’adressant au sommet de la « plateforme de Crimée », qui réunit les principaux alliés de l’Ukraine et qui existait déjà avant l’invasion du 24 février.

Dans leurs messages, les autres dirigeants occidentaux ont également continué à fermement condamner l’offensive russe.

« Nous ne reconnaîtrons jamais aucune tentative de changement de statut de quelque partie de l’Ukraine que ce soit », a ainsi répété le chancelier allemand, Olaf Scholz, dont le pays va livrer à Kiev pour environ 500 millions d’euros de nouveaux armements.

« Nous devons continuer à fournir à l’Ukraine toute l’aide (économique, militaire, etc.) nécessaire jusqu’à ce que la Russie mette fin à cette guerre et retire ses troupes de toute l’Ukraine », a renchéri le premier ministre britannique, Boris Johnson.

Le président russe, Vladimir Poutine, mise sur « la réticence » des Européens à supporter les conséquences de la guerre, et l’unité des États membres doit être « maintenue au jour le jour », a dans ce contexte souligné le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, au cours d’un entretien.

Les États-Unis annonceront mercredi une nouvelle aide militaire d’environ trois milliards de dollars à l’Ukraine pour marquer le jour de son indépendance ainsi que les six mois de conflit, a indiqué mardi un responsable américain.

Il s’agira de la plus grosse enveloppe d’aide militaire américaine depuis le début de la guerre, qui permettra à Kiev d’acquérir de nouvelles armes ou de financer des formations ou des opérations.

L’ONU a quant à elle exprimé mardi son inquiétude sur les possibles procès de militaires ukrainiens faits prisonniers à Marioupol (sud-est), une cité portuaire conquise en mai par les forces russes, relevant que « le droit international humanitaire interdit la création de tribunaux uniquement destinés à juger » de tels détenus.

Affaire Douguina

 

En Russie, plusieurs centaines de personnes se sont réunies mardi à Moscou pour les funérailles de Daria Douguina, la fille d’un idéologue et écrivain ultranationaliste proche du Kremlin, tuée samedi soir dans l’explosion de sa voiture.

Daria Douguina, journaliste et politologue de 29 ans, était, comme son père, Alexandre Douguine, farouchement en faveur de l’offensive russe en Ukraine.

« Cela a été un crime barbare pour lequel il ne saurait y avoir de pardon […] Il ne peut y avoir aucune pitié pour les organisateurs, les commanditaires et les exécutants », a réagi le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov.

« Elle est morte au front pour la nation, pour la Russie. Le front, il est ici », a lâché M. Douguine d’une voix tremblante, les yeux cernés.

Le FSB (sécurité d’État russe) a affirmé lundi que l’attaque avait été préparée et menée par les services de renseignement ukrainiens.

Kiev a démenti en bloc ces allégations et a accusé en retour la Russie d’avoir commis ce crime pour tenter de remobiliser une opinion publique de moins en moins favorable à la guerre.

« Ce n’est certainement pas notre responsabilité. Ce n’est pas une citoyenne de notre pays. Elle ne nous intéresse pas », a sèchement répliqué mardi le président Zelensky.

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