Poutine accuse les États-Unis de faire traîner le conflit en Ukraine

La Crimée joue un rôle clé dans la stratégie russe. C’est de là qu’a été lancée l’offensive sur le sud de l’Ukraine qui a permis à Moscou de capturer de larges pans de territoire dans les premières semaines de la guerre.
Photo: Sergei Supinsky Agence France-Presse La Crimée joue un rôle clé dans la stratégie russe. C’est de là qu’a été lancée l’offensive sur le sud de l’Ukraine qui a permis à Moscou de capturer de larges pans de territoire dans les premières semaines de la guerre.

Le président russe, Vladimir Poutine, a accusé mardi les États-Unis de faire traîner le conflit en Ukraine, lancé par une offensive militaire de Moscou il y a presque six mois, tandis que le premier navire humanitaire affrété par l’ONU quittait l’Ukraine chargé de céréales pour se rendre en Afrique.

Pour discuter notamment de la mise en oeuvre de l’accord permettant ces exportations de céréales, signé en juillet par Kiev et Moscou sous l’égide des Nations unies et avec une médiation de la Turquie, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, se rendra jeudi en Ukraine, où il rencontrera les dirigeants ukrainien Volodymyr Zelensky et turc Recep Tayyip Erdoğan à Lviv, a annoncé mardi son porte-parole.

M. Guterres ira vendredi à Odessa, l’un des trois ports utilisés dans le cadre de l’accord, avant de se rendre en Turquie. Ils discuteront « du besoin d’une solution politique à ce conflit », a précisé le porte-parole de l’ONU, Stephane Dujarric.

Le président Zelensky reste très actif sur le front diplomatique, rapportant sur les réseaux sociaux des entretiens avec des représentants du groupe des « Sages », dont l’ancien secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, ou avec le président zambien, Hakainde Hichilema, son homologue français, Emmanuel Macron, et la première ministre danoise, Mette Frederiksen.

Avec cette dernière, a notamment été « discuté l’augmentation du soutien financier à [l’Ukraine] et des sanctions contre la Russie », selon M. Zelensky.

La guerre, entamée le 24 février, a entraîné de la part des pays occidentaux de lourdes sanctions à l’encontre de la Russie et une aide financière et militaire historique pour l’Ukraine.

Vladimir Poutine a ainsi reproché mardi à Washington de chercher à « déstabiliser » le monde, évoquant la récente visite à Taïwan de la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi. « La situation en Ukraine montre que les États-Unis cherchent à faire traîner ce conflit. Et ils agissent de la même manière en cultivant la possibilité d’un conflit en Asie, en Afrique, en Amérique latine. »

« Sabotage »

Sur le terrain, un nouvel incident est survenu mardi dans une base militaire russe en Crimée, annexée par la Russie en 2014, qui sert de base arrière logistique aux forces russes. « Un acte de sabotage », selon Moscou, a provoqué l’explosion de munitions à Djankoï.

Deux civils ont été blessés, selon le gouverneur de la péninsule, Sergueï Aksionov. Une ligne à haute tension, une centrale électrique, une voie ferroviaire et des maisons ont été endommagées, selon l’armée russe.

Le chef de l’administration présidentielle ukrainienne, Andriï Iermak, a revendiqué sur Telegram une « opération “démilitarisation” façon travail d’orfèvre par les forces armées ukrainiennes ».

La Crimée joue un rôle clé dans la stratégie russe. C’est de là qu’a été lancée l’offensive sur le sud de l’Ukraine qui a permis à Moscou de capturer de larges pans de territoire dans les premières semaines de la guerre. Des avions russes décollent aussi quasi quotidiennement de Crimée pour frapper des cibles dans des régions sous le contrôle de Kiev. Malgré le conflit, la péninsule est restée un important lieu de villégiature pour de nombreux Russes qui continuent de profiter de l’été sur ses plages. Ils se rendront moins facilement en Finlande à partir du 1er septembre : le pays voisin de la Russie a annoncé une réduction draconienne des visas pour les touristes russes, à 10 % du volume actuel.

« Dissuasion nucléaire »

La centrale nucléaire de Zaporijjia, dans le sud de l’Ukraine, prise par les Russes en mars, reste également une source de tensions majeures. Plusieurs frappes, dont s’accusent mutuellement Moscou et Kiev, ont visé l’installation, la plus grande d’Europe.

Si la crainte d’une catastrophe nucléaire a été brandie jusqu’au Conseil de sécurité de l’ONU, le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, a tenté de rassurer mardi sur les intentions russes. « L’objectif principal des armes nucléaires russes est la dissuasion d’une attaque nucléaire », a-t-il affirmé.

Le président français, Emmanuel Macron, a néanmoins appelé au retrait des forces russes de la centrale. Lors d’un entretien téléphonique avec son homologue ukrainien, il a souligné « sa préoccupation quant à la menace que font peser la présence, les actions des forces armées russes et le contexte de guerre avec les conflits en cours sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires ukrainiennes et a appelé au retrait de ces forces », a indiqué la présidence française.

L’opérateur public ukrainien Energoatom a dénoncé une cyberattaque russe « sans précédent » contre son site mardi, en précisant toutefois que son fonctionnement n’avait pas été perturbé.

Selon le ministère ukrainien de l’Infrastructure, un navire de l’ONU chargé de 23 000 tonnes de céréales est parti mardi de Pivdenny pour l’Éthiopie. C’est le premier navire de l’ONU à quitter l’Ukraine à la suite de l’accord du 22 juillet permettant l’exportation de ses céréales en toute sécurité.

Depuis, plus d’une quinzaine de bateaux ont pu prendre la mer, selon Kiev, mais aucune cargaison humanitaire de l’ONU. Le conflit a bloqué pendant des mois l’exportation de ces produits agricoles, aggravant l’insécurité alimentaire dans de nombreux pays en développement.

Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), 345 millions de personnes dans 82 pays font face aujourd’hui à une insécurité alimentaire aiguë, et jusqu’à 50 millions de personnes dans 45 pays risquent de sombrer dans la famine sans aide humanitaire.

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