De nouvelles frappes à la centrale nucléaire de Zaporijjia

Moscou et Kiev s’accusent mutuellement d’avoir bombardé la centrale la semaine dernière, sans qu’il soit possible de vérifier ces déclarations de source indépendante.
Photo: Ministère russe de la Défense via Associated Press Moscou et Kiev s’accusent mutuellement d’avoir bombardé la centrale la semaine dernière, sans qu’il soit possible de vérifier ces déclarations de source indépendante.

Le site de la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia, la plus grande d’Europe, a de nouveau été bombardé jeudi, l’Ukraine et la Russie s’accusant mutuellement, tandis que le patron de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a demandé de pouvoir y accéder « aussi vite que possible ».

« La situation s’aggrave […], plusieurs capteurs de radiation ont été endommagés », tout comme « la station de pompage des eaux usées », a relevé la compagnie d’État ukrainienne Energoatom, selon laquelle des frappes se sont produites près d’un réacteur et « à proximité directe d’un dépôt de substances radioactives ».

« À l’heure actuelle, aucune contamination n’a été relevée à la station, et le niveau de radioactivité est normal », a toutefois affirmé Evguéni Balitski, le chef de l’administration civile et militaire mise en place dans cette région du sud-est de l’Ukraine occupée par les Russes, soulignant que « plusieurs tonnes » de déchets radioactifs sont stockées sur place.

Energoatom a pointé du doigt les forces russes, qui se sont emparées de la centrale de Zaporijjia le 4 mars, quelques jours seulement après le début de leur offensive en Ukraine.

Un responsable prorusse, Vladimir Rogov, membre de l’administration régionale installée par Moscou, a au contraire mis en cause « les combattants [du président ukrainien Volodymyr] Zelensky ».

Le monde entier doit réagir immédiatement pour chasser les occupants de la centrale de Zaporijjia

 

« Personne n’a été blessé », peut-on lire dans les communiqués russe et ukrainien, qui font état d’autres projectiles tombés près d’une caserne de pompiers non loin de là.

Plusieurs bombardements, dont les deux parties se rejettent également la responsabilité, sans qu’il soit possible de vérifier ces déclarations de source indépendante, s’étaient déjà produits sur le territoire de la centrale à la fin de la semaine dernière.

« L’heure est grave »

« Malheureusement, au lieu d’une désescalade, des incidents encore plus inquiétants ont été rapportés ces derniers jours, incidents qui, s’ils se poursuivent, pourraient conduire à une catastrophe », a déclaré jeudi le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, se disant « gravement préoccupé par la situation dans et autour de la centrale ».

« J’ai demandé à tous de faire preuve de bon sens et de raison », a ajouté M. Guterres, exhortant à « cesser immédiatement » toute activité militaire près de la centrale, se prononçant en faveur de la création d’un « périmètre démilitarisé pour assurer la sécurité de la zone ». Une proposition soutenue par Washington.

Ces déclarations sont survenues juste avant l’ouverture d’une réunion d’urgence à New York du Conseil de sécurité de l’ONU pour discuter de ce dossier brûlant, à la demande de la Russie.

« L’heure est grave, et l’AIEA doit être autorisée à mener sa mission à Zaporijjia aussi vite que possible », a déclaré devant cette instance Rafael Grossi, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, pour qui « le temps presse ».

« Le monde entier doit réagir immédiatement pour chasser les occupants de la centrale de Zaporijjia », a de son côté martelé le président ukrainien dans son message vidéo quotidien.

« Seuls le retrait total des Russes et la reprise du contrôle total de l’Ukraine sur la centrale garantiraient la sécurité nucléaire pour toute l’Europe », a-t-il poursuivi, dénonçant le « chantage nucléaire russe ».

Pilonnages russes

 

À Nikopol, dans le sud-est de l’Ukraine, à une centaine de kilomètres de Zaporijjia, le gouverneur Valentyn Reznichenko a fait état de trois morts et de neuf blessés dans des tirs nocturnes de lance-roquettes multiples russes Grad.

Dans l’Est, dans le bassin minier du Donbass, le chef de l’administration militaire de la région de Donetsk, Pavlo Kyrylenko, a annoncé dans la matinée que 11 civils avaient été tués ces dernières 24 heures.

De plus, les Russes pilonnent sans répit Soledar, une cité industrielle de 11 000 habitants avant la guerre, tentant d’en chasser l’armée ukrainienne afin d’avancer vers la ville voisine, plus grande, de Bakhmout.

Depuis que les troupes russes ont mis fin à leur opération sur Kiev fin mars et se sont retirées des abords de la capitale, le Kremlin a fait du Donbass son principal objectif.

L’avancée russe, réelle, est très lente, et la guerre s’est transformée en duels d’artillerie entre deux armées retranchées autour de quelques localités.

Un officier ukrainien de haut rang, le général Oleksiï Gromov, a reconnu jeudi que « l’ennemi » avait « doublé le nombre de ses frappes aériennes » contre les positions ukrainiennes par rapport à la semaine passée.

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