«Pas après pas» pour reprendre le sud de l'Ukraine

Un soldat ukrainien garde sa position sur la ligne de front dans la région de Mykolaïv.
Bulent Kilic Agence France-Presse Un soldat ukrainien garde sa position sur la ligne de front dans la région de Mykolaïv.

Dans un village dévasté près de la ligne de front au sud de l’Ukraine, le bruit sourd de l’artillerie russe est un rappel constant de l’âpre bataille à venir pour les troupes de Kiev, dans une contre-offensive majeure attendue.

Les traces des destructions sont partout dans le village qui a été libéré de l’occupation russe après d’intenses combats, et non nommé pour des raisons de sécurité.

Presque toutes les maisons y ont été rasées ou lourdement endommagées, et toute trace des résidents a disparu, tandis que des voitures incendiées jonchent le sol creusé de cratères béants causés par des roquettes.

 

Désormais, un petit détachement de soldats ukrainiens tient la position dans des tranchées de sacs de sable, au pied des bâtiments détruits, constamment à l’affût des drones de l’ennemi. Un couple de chiens et un chat leur tiennent compagnie au cours de ces longues journées d’attente dans la chaleur.

Kiev a juré de lancer une contre-offensive pour reprendre la région stratégique de Kherson, et le président Volodymyr Zelensky a indiqué samedi que les forces ukrainiennes avançaient « pas après pas ».

Photo: Agence France-Presse Kherson a été la première région à tomber aux mains de Moscou, après le début de l’invasion, et sa reprise constituerait une victoire symbolique et stratégique majeure pour Kiev.

Pour l’instant, les troupes estiment que l’Ukraine se débrouille bien pour tenir la ligne de front. « Certains sont effrayés ; mais que pouvons-nous faire ? Nous devons défendre notre patrie, parce que si je ne le fais pas, mes enfants seront forcés de le faire, eux », dit à l’AFP Stanislav, 49 ans, qui a laissé son épouse et ses deux enfants derrière lui pour rejoindre les troupes volontaires, dès le début de l’invasion russe.

Cependant, « nous n’avons vraiment pas assez d’artillerie », prévient Stanislav, selon qui « si nous tirons 8 fois, les Russes ripostent 48 fois ». « Pour l’instant, ils ont la supériorité en matériel », juge le volontaire qui vient de la région voisine d’Odessa. « Mais nous tenons bon ! »

« Libérer Kherson, c’est certain »

Alors que Moscou a lancé l’essentiel de ses forces armées dans un assaut sanglant dans la région orientale du Donbass, la bataille de Kherson pourrait s’avérer essentielle.

Kherson a été la première région à tomber aux mains de Moscou, après le début de l’invasion, et sa reprise constituerait une victoire symbolique et stratégique majeure pour Kiev.

« Nous allons libérer Kherson, c’est certain. Nous ne la laisserons pas aux Russes », assure Oleksandr, soldat de 45 ans. « Nous devons résister, puis détruire les troupes ennemies. »

Dimanche, le conseiller du chef de l’administration militaire régionale fidèle à Kiev, Sergiy Khlan, a affirmé que la région serait « définitivement libérée » d’ici septembre. Et ajouté : « Notre armée avance franchement, nous passons d’une phase défensive à une contre-offensive ».

Capturer la ville de Kherson, capitale de la région, et les terres environnantes expulserait les forces russes du territoire principal au nord de son bastion en Crimée, et anéantirait les chances du Kremlin de lancer une offensive vers l’ouest, le long de la mer Noire, jusqu’à Odessa.

La bataille imminente sera également un test clé pour savoir si les troupes ukrainiennes, dotées de nouvelles armes à plus longue portée venues d’Occident, peuvent toujours espérer repousser les Russes et libérer tout le pays.

Selon Kiev et les services de renseignement occidentaux, Moscou renforce ses défenses dans le sud, pour tenter d’éviter toute offensive. En outre, les Russes ont intensifié leurs frappes contre la ville voisine de Mykolaïv, dans une tentative apparente de stopper toute progression ukrainienne, selon les mêmes sources.

« Nous sommes prêts »

Les forces ukrainiennes ont utilisé des systèmes de missiles guidés Hilars, fournis par les Américains, qui ont une portée de 80 km, pour détruire des stocks d’armes, des postes de commandement et perturber les lignes d’approvisionnement en zone occupée.

Ils ont également détruit un pont clé sur le fleuve Dniepr, qui relie Kherson à Kiev, tentant ainsi d’isoler les troupes russes qui y sont déployées.

Sur le terrain, le soldat Alex n’en démord pas : il veut voir plus de Himars envoyés vers le front au sud. Mais l’Ukraine n’en a qu’une poignée à répartir sur plus de 1000 km de lignes de front.

Quoi qu’il en soit, « nous sommes prêts à contre-attaquer », promet-il.

Un sixième mois de conflit

L’invasion russe de l’Ukraine est entrée dimanche dans son sixième mois, au lendemain de frappes sur le port d’Odessa qui menacent l’application de l’accord sur la reprise des exportations des céréales bloquées par la guerre.

Moscou a assuré dimanche avoir détruit la veille dans ce port, vital pour le commerce des céréales ukrainiennes, un bâtiment de guerre ainsi que des missiles fournis par les États-Unis.

« Des missiles de haute précision et de longue portée tirés de la mer ont détruit un navire militaire ukrainien à quai et un stock de missiles antinavires Harpoon livrés par les États-Unis au régime de Kiev », a déclaré le ministère russe de la Défense. « Une usine de réparation et de modernisation de navires de l’armée ukrainienne a aussi été mise hors d’usage », a-t-il poursuivi dans un communiqué.

Plus tôt, la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, avait affirmé qu’une « vedette militaire » ukrainienne avait été détruite dans cette attaque. « Des missiles Kalibr ont détruit des infrastructures militaires du port d’Odessa, avec une frappe de haute précision », a-t-elle assuré. L’AFP n’a pas été en mesure de confirmer de source indépendante les déclarations russes.

Après les tirs sur Odessa, l’Ukraine a accusé Vladimir Poutine d’avoir « craché au visage » de l’ONU et de la Turquie et de compromettre la mise en oeuvre de l’accord signé vendredi à Istanbul pour à nouveau permettre le transport en mer Noire des céréales immobilisées par le conflit. Samedi, la Russie avait pourtant démenti auprès d’Ankara avoir été impliquée dans ce bombardement.

La guerre en Ukraine ne connaît pas non plus de répit sur les fronts de Mykolaïv (sud), dans la région de Kharkiv (nord-est), la deuxième plus grande ville de ce pays, dans celle de Kherson (sud) et dans les deux territoires séparatistes prorusses de Donetsk et de Louhansk, dans l’est, selon la présidence ukrainienne.

« Mykolaïv a de nouveau été bombardée » dimanche matin après avoir été visée la veille au soir par « quatre missiles de croisière de type Kalibr », qui ont fait cinq blessés, dont un adolescent, et endommagé plusieurs immeubles, a-t-elle ajouté. Elle a également fait état de bombardements dans la région de Kharkiv, où « plusieurs bâtiments d’habitation ont été endommagés et des bâtiments résidentiels incendiés ».

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a appelé dimanche soir ses compatriotes à « être unis et à travailler ensemble pour la victoire », avant de « célébrer pour la première fois le Jour de la souveraineté de l’Ukraine, le 28 juillet ».



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