Kiev et Moscou s’entendent sur l’exportation des céréales ukrainiennes

Jusqu’à 25 millions de tonnes de blé et d’autres céréales sont immobilisées dans les ports ukrainiens.
Miguel Medina Agence France-Presse via Getty Images Jusqu’à 25 millions de tonnes de blé et d’autres céréales sont immobilisées dans les ports ukrainiens.

La Russie et l’Ukraine ont signé vendredi à Istanbul avec l’ONU et la Turquie un accord pour débloquer les exportations de céréales face aux risques de famines dans le monde, tandis que les bombardements se poursuivaient dans l’est et le sud de l’Ukraine.

Les deux belligérants ont paraphé deux textes identiques mais séparés, à la demande des Ukrainiens qui refusaient de signer tout document avec les Russes.

La signature de cet accord majeur — âprement négocié sous les auspices des Nations unies et d’Ankara — a eu lieu au palais de Dolmabahçe sur le détroit du Bosphore, en présence notamment du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, et du président turc, Recep Tayyip Erdogan.

Les conditions sont réunies pour son application « dans les prochains jours », a peu après assuré le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou.

Une « responsabilité de l’ONU »

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a estimé vendredi que l’ONU était responsable du respect de l’accord sur l’exportation de céréales ukrainiennes trouvé à Istanbul.

« Tout le monde comprend que la Russie pourrait se livrer à des provocations, à des tentatives de discréditer les efforts ukrainiens et internationaux. Mais nous faisons confiance à l’ONU. Maintenant c’est leur responsabilité de garantir le respect de l’accord », a-t-il déclaré dans son adresse vidéo quotidienne.

La Russie et l’Ukraine ont signé vendredi à Istanbul avec l’ONU et la Turquie un accord sur l’exportation des céréales ukrainiennes en mer Noire, bloquées à cause du conflit armée entre les deux pays.

Les deux belligérants ont paraphé deux textes identiques mais séparés, à la demande des Ukrainiens qui refusaient de signer tout document avec les Russes.

« L’accord correspond entièrement aux intérêts de l’Ukraine », a déclaré le président ukrainien en ajoutant que les militaires ukrainiens contrôlaient « à 100 % tous les accès aux ports ».

Un accord « sans précédent »

Antonio Guterres a pour sa part remercié la Russie et l’Ukraine qui ont « surmonté leurs divergences pour faire place à une initiative au service de tous. Maintenant, cet accord » sans précédent « doit être » pleinement mis en oeuvre « , a-t-il ajouté. »

M. Erdogan a de son côté espéré que la signature de ce document allait « renforcer l’espoir de mettre fin à cette guerre » à laquelle se livrent depuis près de cinq mois dans l’une des régions les plus fertiles d’Europe deux des plus grands producteurs de céréales du monde.

« L’accord d’Istanbul est un pas dans la bonne direction. Nous appelons à sa mise en oeuvre rapide », a quant à lui réagi le chef de la diplomatie de l’Union européenne Josep Borrell.

« Pour permettre un retour durable à la sécurité dans le monde et à la stabilité économique, (Vladimir) Poutine doit mettre fin à la guerre et se retirer d’Ukraine », a tempéré la cheffe de la diplomatie Liz Truss.

Les États-Unis avaient dès jeudi salué cette avancée obtenue à Istanbul, tout en dénonçant le fait que la Russie « utilise les denrées alimentaires comme une arme ».

Des « couloirs sécurisés »

La principale mesure découlant de ce texte est la mise en place de « couloirs sécurisés » afin de permettre la circulation en mer Noire des navires marchands, que Moscou et Kiev s’engagent à « ne pas attaquer », a expliqué un responsable des Nations unies.

Il sera valable pour « 120 jours », le temps de sortir les quelque 25 millions de tonnes accumulées dans les silos d’Ukraine tandis qu’une nouvelle récolte approche.

Les négociateurs ont toutefois renoncé à nettoyer la mer Noire des mines — principalement posées par les Ukrainiens pour protéger leurs côtes : « Déminer aurait pris trop de temps », a justifié l’ONU, qui a précisé que des « pilotes ukrainiens » ouvriraient la voie aux cargos dans les eaux territoriales.

La Turquie s’est pourtant dite « prête » vendredi à aider au déminage de cet espace maritime, tandis que la Russie s’est « engagée » à ne pas « profiter » du fait que les ports ukrainiens seront « déminés et ouverts ».

Et des inspections des navires au départ et en direction de l’Ukraine auront lieu à Istanbul, afin de répondre aux inquiétudes de la Russie, qui veut avoir la garantie que les cargos n’apporteront pas d’armes aux Ukrainiens.

Les engrais russes

 

Cet accord est « très important », avait souligné le Kremlin quelques heures avant sa signature.

« Il s’agit d’une part relativement modeste des céréales ukrainiennes, mais il est néanmoins très important que ces céréales atteignent les marchés internationaux », avait déclaré le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov.

Il avait aussi estimé qu’il fallait « permettre aux marchés de recevoir des volumes supplémentaires d’engrais et de céréales » russes, dont l’exportation pâtit des sanctions occidentales.

Le porte-parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères, Oleg Nikolenko, avait martelé jeudi soir à l’AFP que Kiev n’accepterait « que des solutions qui garantissent la sécurité des régions méridionales de l’Ukraine, une position forte des forces armées ukrainiennes en mer Noire et l’exportation sûre des produits agricoles ukrainiens ».

Mais, dans le sud fertile de l’Ukraine, des agriculteurs restent sceptiques. L’accord d’Istanbul « donne un peu d’espoir », considère certes un agriculteur de la région, Mykola Zaveroukha, qui attend de pouvoir exporter quelque 13 000 tonnes de céréales. Mais, ajoute-t-il aussitôt, « la Russie n’est pas fiable, elle l’a démontré année après année ».

Bombardements russes

 

Dans le même temps, les forces russes poursuivent leurs bombardements sans relâche dans la région de Donetsk (Est), qui a été au coeur de leur offensive militaire ces derniers mois.

La présidence ukrainienne y a recensé vendredi « cinq personnes tuées et 10 blessées au cours des dernières 24 heures ».

« Il n’y a plus rien. Les fonctionnaires sont partis. Nous devons nous débrouiller seuls pour rester en vie », a raconté Lioudmila, une femme de 64 ans qui ramassait des abricots à Tchassiv Iar, un village de la région cible d’une frappe sanglante (45 morts selon les autorités locales) le 10 juillet.

Côté prorusse, les autorités des deux territoires séparatistes du bassin minier du Donbass ont annoncé avoir bloqué Google, l’accusant de faire « la promotion du terrorisme et de la violence contre tous les Russes ».

Dans le Sud, selon Kiev, les forces russes bombardent des villages le long de la ligne de front dans la région de Kherson, où l’armée ukrainienne tente de récupérer les zones prises par Moscou dans la foulée du déclenchement de son invasion fin février.

L’ONG Human Rights Watch (HRW) a accusé vendredi l’armée russe de perpétrer tortures, détentions illégales et enlèvements de civils dans la partie méridionale de l’Ukraine sous son contrôle.

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