La chaleur embrase l’Europe

Des camions de pompiers s’embrasaient, mardi, lors d’un incendie de forêt sur les monts d’Arrée, dans l’ouest de la France. L’incendie, qui s’est déclaré la veille, a ravagé 1700 hectares de landes en un peu plus de 24 heures. Près de 260 pompiers et 50 véhicules ont été mobilisés pour combattre les flammes qui ravagent ce site naturel, situé au cœur du parc naturel régional d’Armorique, connu pour sa biodiversité.
Photo: Loic Venance Agence France-Presse Des camions de pompiers s’embrasaient, mardi, lors d’un incendie de forêt sur les monts d’Arrée, dans l’ouest de la France. L’incendie, qui s’est déclaré la veille, a ravagé 1700 hectares de landes en un peu plus de 24 heures. Près de 260 pompiers et 50 véhicules ont été mobilisés pour combattre les flammes qui ravagent ce site naturel, situé au cœur du parc naturel régional d’Armorique, connu pour sa biodiversité.

La température a pour la première fois mardi dépassé les 40 °C au Royaume-Uni, frappé comme le reste de l’Europe occidentale par une canicule aux feux de forêt dévastateurs, notamment en France, où 19 000 hectares ont brûlé dans le Sud-Ouest.

Il s’agit du deuxième phénomène de chaleur intense en à peine un mois en Europe. Cette multiplication est une conséquence directe de la crise climatique, selon les scientifiques, les émissions de gaz à effet de serre augmentant à la fois leur intensité, leur durée et leur fréquence.

Le mercure a dépassé un niveau jamais atteint au Royaume-Uni, avec 40,2 °C à l’aéroport de Heathrow, dans l’ouest de Londres, puis 40,3 °C à Coningsby, un village du nord-est de l’Angleterre, selon l’agence météo Met Office, soit 1,6 degré de plus que le précédent record britannique, qui datait de juillet 2019, à 38,7 °C. Le record a également été dépassé dans 29 localités d’Angleterre ainsi qu’en Écosse, avec une température de 34,8 °C.

« C’est sûr que les Anglais ne sont pas habitués à ça. C’est dur, d’être dehors. Même à l’ombre c’est étouffant », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) Emily Nixon, 34 ans, qui avait trouvé refuge dans une piscine municipale de la capitale britannique.

Le ministre britannique des Transports, Grant Shapps, a admis sur la BBC que les transports publics du pays datant de l’époque victorienne n’étaient pas en mesure de subir de telles chaleurs.

« Tous les trains sont annulés à cause de la chaleur. Je ne comprends pas. Ils ont des trains en Australie. Qui fonctionnent. Quel est le problème ici ? » a demandé, agacé, Ashley Meeloo, un usager londonien de 62 ans.

Feu ravageur

 

Au moins une centaine de pompiers luttaient par ailleurs contre un incendie qui ravage le village de Wennington, à l’est de Londres. Le feu s’est étendu sur une superficie de 40 hectares, comprenant habitations, bâtiments agricoles et garages. « J’étais en train de bronzer dans mon jardin et un nuage noir est arrivé », a raconté à l’AFP Ciar Meadows, une femme au foyer de 30 ans.

« En une heure », le feu « s’est répandu jusqu’à notre maison », « nos voitures ont disparu », a-t-elle raconté.

Le premier ministre britannique, Boris Johnson, a adressé sur Twitter ses « remerciements à tous les pompiers et services en première ligne », alors que plusieurs incendies sont dénombrés dans le pays, dont une dizaine à Londres.

Des militants écologistes du groupe Extinction Rebellion ont brisé mardi matin des vitres de l’éditeur du tabloïd The Sun pour protester contre le traitement de la canicule dans certains médias.

« The Sun a choisi de mettre en une des images de femmes en bikini, de plages et d’enfants heureux avec des glaces », a dénoncé le groupe. Un autre tabloïd, le Daily Express, a titré lundi : « Ce n’est pas la fin du monde, stay cool and carry on » (restez au frais et continuez).

Campings brûlés

 

Ailleurs en Europe, de nouveaux records absolus de chaleur ont été enregistrés mardi le long des côtes du nord-ouest de la France, dépassant parfois 40 °C, comme à Dieppe, selon Météo-France. Paris a connu sa deuxième journée la plus chaude depuis que les relevés sont faits dans la capitale, avec un mercure à 40,5 °C. Son record absolu, de 42,6 °C, a été enregistré le 25 juillet 2019.

La canicule se déplaçait vers l’est de la France, laissant dans son sillage des incendies dévastateurs, essentiellement dans le Sud-Ouest.

En Gironde, deux incendies géants ont ravagé plus de 19 000 hectares de forêt, et 37 000 personnes ont dû être évacuées au total en six jours. Les fumées de ces feux sont remontées jusqu’à Paris, à plus de 500 km de là, et y ont affecté la qualité de l’air, a indiqué mardi soir l’observatoire de la qualité de l’air en région parisienne.

En Belgique, deux réacteurs nucléaires situés près d’Anvers ont dû réduire de plus de 50 % leur puissance de production afin de limiter la température des eaux rejetées dans le fleuve.

En Espagne, où la vague de chaleur extrême sévit depuis près de dix jours, les feux de forêt continuaient de faire rage mardi, notamment dans la province de Zamora (nord-ouest). Selon les autorités régionales, près de 6000 personnes ont dû être évacuées à cause des flammes qui ont détruit plusieurs milliers d’hectares de végétation.

« L’urgence climatique est mortelle, d’un point de vue des vies humaines, et représente une perte pour la biodiversité », a rappelé le premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, lors d’une visite d’une zone touchée par les incendies dans la région de Galice (nord-ouest).

« Jusqu’à présent, cette année, il y a déjà eu 11 grands incendies que nous avons dû combattre. Cela représente presque le double de la moyenne enregistrée ces 10 dernières années », a-t-il souligné.

Au Portugal, 2000 pompiers continuaient de lutter mardi après-midi contre les incendies. Les deux feux de forêt les plus préoccupants se situent à l’extrême nord du pays. L’un d’entre eux mobilisait mardi près de 800 pompiers et a entraîné l’évacuation de trois villages.

Un couple de septuagénaires a trouvé la mort lundi dans la zone alors qu’il tentait d’échapper aux flammes.

Une nouvelle hausse des températures est prévue dès mercredi dans le pays.

 

Avec les bureaux de l’AFP en Europe

Vers une « prise de conscience » ?

L’ONU a appelé mardi à une « prise de conscience » des dirigeants face aux vagues de chaleur comme celle que traverse actuellement l’Europe, qui sont appelées à devenir plus fréquentes à cause des changements climatiques au moins jusque dans les années 2060.

« Ces vagues de chaleur deviennent plus fréquentes à cause des changements climatiques », et elles vont se multiplier dans les prochaines décennies, a déclaré le secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), Petteri Taalas, lors d’une conférence de presse à Genève. « J’espère que ce genre d’événements va permettre une prise de conscience de nombreux gouvernements et avoir un impact sur les comportements de vote dans les pays démocratiques », a ajouté le secrétaire général à propos de la vague de chaleur actuelle.

Les records de température tombent les uns après les autres en Europe occidentale depuis quelques jours. « Notre inquiétude est que le laps de temps entre ces records est en train de se réduire », a déclaré le chef des services climatiques appliqués de l’OMM, Robert Stefanski, rappelant que le Portugal s’est approché cette semaine du record européen de 48,8 °C établi l’année passée en Sicile.

« Nous avons dopé notre atmosphère en y injectant davantage de gaz à effet de serre, en particulier du dioxyde de carbone », a lancé M. Taalas. Au vu des concentrations existantes de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, cette augmentation de la fréquence des vagues de chaleur devrait durer « au moins jusque dans les années 2060, indépendamment du succès de nos mesures d’atténuation climatique », a-t-il ajouté.

Le secrétaire général a également mis en garde contre leurs effets sur la santé, rappelant le lourd bilan de la canicule de 2003, qui avait fait plus de 70 000 morts. « Nous nous attendons à une augmentation des décès parmi les personnes âgées et malades », a-t-il dit.



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