Vinnytsia compte ses morts, Kramatorsk essuie des bombardements

Des fragments d’un missile reposent sur le sol après une frappe russe à Vinnytsia.
Sergei Supinsky Agence France-Presse Des fragments d’un missile reposent sur le sol après une frappe russe à Vinnytsia.

Kramatorsk, ville du Donbass encore sous le contrôle de l’Ukraine, a subi vendredi soir plusieurs bombardements au moment où Vinnytsia, beaucoup plus loin du front, continuait de compter ses morts après une frappe russe meurtrière perpétrée la veille.

La frappe sur la place centrale de Kramatorsk, nommée place de la Paix, a laissé un cratère de deux mètres et brisé les vitres des immeubles des alentours, mais n’a pas fait de victime, car elle est intervenue après le couvre-feu, selon un responsable de la défense antiaérienne de la 81e brigade ukrainienne, sous couvert d’anonymat.

« J’étais sur mon balcon, j’ai vu un truc en train de brûler au milieu de la place, puis ça a explosé », raconte Genya, un habitant de 72 ans.

Auparavant, au moins trois frappes avaient touché le sud de Kramatorsk, vers l’aéroport, où des reporters de l’AFP ont vu un important panache de fumée. Depuis une hauteur, ils en ont aperçu un autre au-dessus de Sloviansk, ville également convoitée par les Russes.

Le ministère russe de la Défense a accusé les forces ukrainiennes de bombarder Sloviansk en faisant croire à des frappes russes « afin d’instiller des sentiments antirusses parmi la population ».

Ces bombardements sur des villes interviennent au lendemain de frappes aux missiles de croisière qui ont dévasté le centre de Vinnytsia, à des centaines de kilomètres à l’ouest.

« L’identification de toutes les personnes coupables » de cette attaque « a déjà commencé », a indiqué vendredi soir le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, rappelant le bilan de 23 morts, mais aussi 4 disparus et plus de 200 blessés, dont 4 dans un état critique.

« La société russe, avec autant de meurtriers et de bourreaux, restera anéantie sur des générations, et cela par sa propre faute », a-t-il lancé, affirmant que la quasi-totalité de l’Ukraine était sous alerte aérienne vendredi soir, avec des frappes signalées à Dnipro, à Krementchouk et dans la région de Kiev.

Peu après, l’armée de l’air ukrainienne a indiqué que des missiles russes Kh-101 avaient été tirés vers 22 h de la mer Caspienne sur Dnipro, dont quatre ont été détruits, mais plusieurs ont atteint un site industriel sans faire de victime a priori.

Le secrétaire général de l’ONU s’est dit « atterré », et l’Union européenne a dénoncé de nouvelles « atrocités » et un comportement « barbare » des dirigeants Russes.

Face à ces condamnations, le ministère russe de la Défense a affirmé vendredi avoir frappé une réunion du « commandement des forces aériennes ukrainiennes avec des représentants de fournisseurs étrangers d’armements ».

Un haut responsable américain de la défense a cependant indiqué, sous couvert d’anonymat, n’avoir « pas d’indication sur la présence d’une cible militaire à proximité ».

Parmi les morts figurent trois enfants, dont Liza Dmitrieva, une fillette trisomique de quatre ans que sa mère, Iryna, poussait dans une poussette rose vif. La mère, amputée d’une jambe, se trouve entre la vie et la mort.

La Russie n’a jamais reconnu de bavure ou de crime de ses forces armées en Ukraine et assure systématiquement ne frapper que des cibles militaires.

Lente progression vers l’ouest

Kiev a annoncé avoir reçu vendredi les armes promises par Londres en juin dernier, qui visent à frapper avec précision la logistique de l’ennemi bien en arrière des lignes et à compenser l’écart de puissance de feu. Ces lance-roquettes multiples M270 d’une portée de 80 kilomètres viennent en complément des systèmes américains Himars de même portée envoyés par Washington.

Sur le terrain, les autorités séparatistes de Donetsk ont fait état vendredi matin de quatre personnes tuées et 16 blessées en 24 heures par des bombardements ukrainiens dans la zone sous leur contrôle.

Les forces séparatistes ont également affirmé continuer à progresser et être en train de prendre le contrôle complet de la ville de Siversk, attaquée après la prise de Lyssytchansk, plus à l’est, au début du mois.

« Les forces russes progressent lentement vers l’ouest après des bombardements et des assauts en direction de Siversk depuis Lyssytchansk, pour ouvrir une voie vers Sloviansk et Kramatorsk », selon le ministère britannique de la Défense.

L’Ukraine a de son côté lancé depuis plusieurs semaines une contre-offensive dans le sud pour reprendre Kherson, unique capitale régionale prise par Moscou.

« Onde de choc »

Sur le plan diplomatique, une réunion des ministres des Finances du G20 à Bali, en Indonésie, a donné lieu à un nouvel affrontement entre les Occidentaux et la Russie.

Les grands argentiers occidentaux y ont accusé la Russie d’avoir créé avec sa guerre contre l’Ukraine une « onde de choc » dans l’économie mondiale, responsable de la crise alimentaire et énergétique qui frappe de nombreux pays.

Meilleur allié de Moscou en Europe, le premier ministre hongrois, Viktor Orbán, a abondé dans le sens des Russes, appelant les dirigeants de l’Union européenne à revenir sur leur politique de sanctions, « une erreur », selon lui.

Mais l’Union européenne va la poursuivre et viser les exportations d’or russe dans son prochain train de sanctions, a annoncé vendredi à l’AFP le commissaire européen Maroš Šefčovič. « Cela permettra de couper un autre robinet de financement de la guerre de Poutine en Ukraine », a-t-il souligné.

Volodymyr Zelensky a affirmé vendredi soir que les États-Unis allaient inclure une aide supplémentaire pour son pays dans leur projet de loi budgétaire, notamment pour développer « de manière très importante » ses capacités aériennes. Selon lui, Washington a transféré trois milliards de dollars américains dans les caisses ukrainiennes ces deux dernières semaines.

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