Le président ouzbek reconnaît des «victimes» lors de manifestations

«Malheureusement, il y a des victimes chez les civils et parmi les forces de l’ordre», a affirmé dimanche le président ouzbek, Chavkat Mirzioïev.
Photo: Yevgeny Biyatov Sputnik via Associated Press «Malheureusement, il y a des victimes chez les civils et parmi les forces de l’ordre», a affirmé dimanche le président ouzbek, Chavkat Mirzioïev.

Le président de l’Ouzbékistan a reconnu dimanche des « victimes » lors de manifestations antigouvernementales dans la république autonome du Karakalpakistan, dans le nord-ouest de ce pays d’Asie centrale où toute opposition est réprimée.

« Malheureusement, il y a des victimes chez les civils et parmi les forces de l’ordre », a affirmé Chavkat Mirzioïev, cité par son service de presse, lors d’un discours depuis le Karakalpakistan.

Il n’a pas précisé le nombre de victimes ni indiqué s’il s’agissait de morts ou de blessés, accusant les organisateurs des manifestations de « se cacher derrière des slogans » et de chercher à « prendre le contrôle des bâtiments officiels du gouvernement local ».

« Plusieurs groupes ont tenté de prendre le contrôle de bâtiments du Département des Affaires intérieures de la ville de Noukous [la capitale du Karakalpakistan] et du Département de la Garde nationale afin de se procurer des armes », a ajouté le président.

« Profitant du fait qu’ils étaient plus nombreux, ces hommes s’en sont pris à des policiers, qui ont été frappés et grièvement blessés », a-t-il fait savoir.

Des vidéos des affrontements avec les forces de l’ordre montrent des personnes qui semblent blessées ou inconscientes, faisant craindre un lourd bilan humain.

« Provocations honteuses »

Un représentant ouzbek, Bobur Bekmurodov, a dénoncé des images diffusées sur Twitter montrant des hommes en uniforme marchant dans une rue couverte d’un liquide rouge. « Les amis, ne rejoignez pas ces provocations honteuses. Vérifiez les informations. C’est juste de l’eau de couleur rouge. S’il vous plaît, faites connaître la vérité ! » a-t-il tweeté.

Des « organisateurs des émeutes » ont été arrêtés, a déclaré de son côté la police, sans donner davantage de détails.

C’est la plus grave crise interne qu’affronte le président ouzbek depuis son arrivée au pouvoir en 2016.

Deux habitants de Noukous ont affirmé à l’AFP qu’un petit groupe tentant de protester samedi soir, pour la seconde nuit d’affilée, avait été dispersé par les forces de l’ordre.

Selon ces témoins qui ont requis l’anonymat, la police semble avoir fait usage de gaz lacrymogènes et de grenades fumigènes.

L’Ouzbékistan, un pays où l’opposition est violemment réprimée, a décrété samedi l’état d’urgence pour un mois au Karakalpakistan, secoué la veille par une rare manifestation antigouvernementale qui a poussé le président Chavkat Mirzioïev à renoncer à un projet de modification constitutionnelle.

Cela aurait amoindri le degré d’autonomie de la république peuplée de deux millions de personnes, l’une des plus pauvres du pays.

L’état d’urgence est entré en vigueur le soir même à minuit et doit durer jusqu’au 2 août.

Noukous semblait calme dimanche et était quadrillée par les forces de l’ordre, ont indiqué des témoins à l’AFP.

Frontalier de l’Afghanistan, l’Ouzbékistan est situé dans une région stratégique, où la Russie et la Chine exercent une forte influence.

Arrivé au pouvoir en 2016 à la mort de son prédécesseur, l’impitoyable Islam Karimov, Chavkat Mirzioïev a mené d’importantes réformes économiques et sociales. Réélu l’année dernière, il est désormais accusé de faire prendre un nouveau tour autoritaire au pays.

Avec la révision projetée de la Constitution, le mandat présidentiel passerait de cinq à sept ans, au profit de l’actuel chef de l’État.

Pour la majorité de la population, la principale source de préoccupation n’est pas la situation des droits de la personne, mais le contexte économique de plus en plus difficile. La pandémie de COVID-19 a enrayé la forte croissance du PIB, plongeant le tourisme dans l’abîme. Ce qui a alimenté le mécontentement populaire, en raison de la nette augmentation du chômage et du coût de la vie.

En 2005, des centaines de civils ouzbeks avaient été tués dans la ville d’Andijan (est), lors de la répression d’un mouvement de contestation.

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