Au moins 21 morts lors de frappes près d’Odessa

La première frappe a «touché un immeuble résidentiel de neuf étages», à environ 80 km au sud d’Odessa, selon le porte-parole de l’administration de la région d’Odessa.
Photo: Oleksandr Gimanov Agence France-Presse La première frappe a «touché un immeuble résidentiel de neuf étages», à environ 80 km au sud d’Odessa, selon le porte-parole de l’administration de la région d’Odessa.

Au moins 21 personnes ont été tuées vendredi lors de frappes de bombardiers stratégiques en pleine nuit sur des immeubles de la région d’Odessa, dans le sud de l’Ukraine, un nouvel acte de « terreur » russe selon le président Volodymyr Zelensky.

Des appareils de type Tupolev Tu-22, des bombardiers stratégiques datant de la guerre froide et conçus pour emporter des charges nucléaires, ont lâché depuis la mer Noire des missiles Kh-22 sur un immeuble d’habitation et des bâtiments touristiques, affirme le commandement ukrainien du front sud.

« L’ennemi a frappé de trois missiles le village de Serguiïvka, dans le district Belgorod Dnistrovsky. Un grand immeuble a été détruit ainsi qu’un complexe touristique », a expliqué sur Telegram le gouverneur régional, Maksym Martchenko.

« Vingt et une personnes ont été tuées, dont un garçon de 12 ans. Trente-huit sont à l’hôpital, dont cinq enfants. Deux enfants sont dans un état grave », a-t-il précisé. « Il n’y avait pas la moindre cible militaire » à cet endroit, a-t-il souligné.

« Une terreur russe »

« J’insiste : il s’agit d’une terreur russe délibérée et non de quelques erreurs ou d’une frappe de missile accidentelle », a dénoncé dans la soirée le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

« J’appelle nos partenaires à fournir à l’Ukraine des systèmes de défense antimissiles aussi tôt que possible. Aidez-nous à sauver des vies », a de son côté écrit sur Twitter le ministre des Affaires étrangères, Dmytro Kouleba, qualifiant la Russie d’« État terroriste ».

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, interrogé sur le sujet, a assuré que « les forces armées russes n’opèrent pas sur des cibles civiles » en Ukraine.

« La partie russe, qui parle une nouvelle fois de dommages collatéraux, est inhumaine et cynique », a commenté à Berlin le porte-parole du gouvernement allemand Steffen Hebestreit.

Les missiles Kh-22 employés vendredi dans ces frappes, selon les militaires ukrainiens, sont des missiles de croisière antinavires soviétiques datant de la guerre froide, conçus pour frapper un groupe aéronaval.

 

Ce sont, selon l’armée ukrainienne, des missiles du même type qui avaient frappé un centre commercial en pleine journée lundi à Krementchouk, dans le centre de l’Ukraine à 200 km du front, y faisant au moins 19 morts selon les derniers bilans. Vendredi également, le gouverneur de la région de Mykolaïv, Vitaliy Kim, a fait état du tir de 12 missiles par les forces russes contre cette zone du sud de l’Ukraine. Il n’a pas communiqué de bilan.

Ces nouvelles frappes meurtrières surviennent au lendemain de la clôture d’un sommet de l’OTAN à Madrid lors duquel les membres de l’Alliance, États-Unis en tête, ont assuré l’Ukraine de leur soutien indéfectible face à la Russie, et ont annoncé de nouvelles aides militaires.

Le Pentagone a fait la liste vendredi d’une nouvelle contribution de 820 millions de dollars, comprenant des missiles, des obus et des équipements de défense antiaérienne sophistiqués NASAMS, qui permettront de lutter contre l’aviation russe, y compris les drones, ainsi que contre les missiles de croisière.

Réagissant à la feuille de route stratégique que venait d’adopter l’Alliance atlantique, qui désigne désormais la Russie comme « la menace la plus significative et directe », le ministre russe des Affaires étrangères a estimé jeudi à Minsk que c’est un nouveau « rideau de fer » qui est « en train de s’abattre » entre la Russie et l’Occident.

C’est aussi jeudi que les Ukrainiens ont infligé un camouflet aux forces russes en mer Noire, en les contraignant sous le feu de leur artillerie à abandonner l’île aux Serpents, un îlot rocheux ukrainien au sud-ouest d’Odessa et face à l’embouchure du Danube, essentiel pour contrôler le trafic maritime qui exporte les millions de tonnes de céréales qui dorment dans les silos ukrainiens.

L’Île aux Serpents visée

L’armée ukrainienne a affirmé, vidéo à l’appui dans la soirée, que l’armée russe avait bombardé vers 18h à deux reprises l’Ile aux Serpents avec des bombes au phosphore, alors même qu’elle avait assuré jeudi s’en retirer en « signe de bonne volonté » et non chassée par les frappes ukrainiennes.

« L’île aux Serpents est un point stratégique et cela change considérablement la situation en mer Noire », a estimé M. Zelensky. En revanche, il a admis que la situation demeurait « extrêmement difficile » à Lyssytchansk, ville du bassin industriel du Donbass, région de l’est où se concentre la majeure partie des combats.

« L’armée ukrainienne subit de lourdes pertes », a affirmé le ministère russe de la Défense dans un communiqué vendredi.

« De jour comme de nuit »

« Ça bombarde de jour comme de nuit », a témoigné à Siversk, à une vingtaine de kilomètres de Lyssytchansk, une habitante qui refusait d’être nommée, au pied de son immeuble.

Lyssytchansk est la dernière grande cité à ne pas être encore aux mains des Russes dans la région de Lougansk, l’une des deux provinces du Donbass, que Moscou entend entièrement contrôler.

Dans la région de Kharkiv (nord-est), le gouverneur Oleg Sinegoubov a signalé vendredi quatre morts et trois blessés ces dernières 24 heures.

À Kherson, dans le sud, des hélicoptères ukrainiens ont frappé « une concentration de troupes et équipements militaires de l’ennemi » près de Bilozerka, a indiqué vendredi l’armée ukrainienne, faisant état de « 35 morts » parmi les soldats russes et de blindés ennemis détruits.

Sur le front diplomatique, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, s’adressant vendredi par vidéo au Parlement ukrainien, l’a appelé à accélérer ses réformes contre la corruption, dans le cadre de sa candidature à l’Union européenne acceptée la semaine dernière.

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