L’OTAN promet son soutien inconditionnel à Kiev

Invité à s’exprimer devant les dirigeants de l’OTAN, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a demandé un soutien militaire et financier accru pour permettre à l’Ukraine de résister face à «l’artillerie russe».
Gabriel Bouys Agence France-Presse Invité à s’exprimer devant les dirigeants de l’OTAN, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a demandé un soutien militaire et financier accru pour permettre à l’Ukraine de résister face à «l’artillerie russe».

Les pays de l’OTAN ont assuré mercredi que l’Ukraine pourrait compter sur leur soutien « aussi longtemps » que nécessaire face à la « cruauté » de Moscou, qui a dénoncé de son côté le futur élargissement de l’Alliance à la Suède et à la Finlande, jugé « agressif » et « déstabilisateur ».

« L’Ukraine peut compter sur nous aussi longtemps qu’il le faudra », a déclaré le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, lors du sommet de l’Alliance atlantique réuni jusqu’à jeudi à Madrid.

Dans une déclaration commune, les pays membres de l’OTAN ont annoncé un nouveau plan d’aide à Kiev passant par la « livraison d’équipements militaires non létaux » et visant à « améliorer les défenses » ukrainiennes contre les cyberattaques.

« L’épouvantable cruauté de la Russie provoque d’immenses souffrances humaines et des déplacements massifs, touchant de manière disproportionnée les femmes et les enfants », ont-ils écrit, estimant que la Russie portait « l’entière responsabilité de cette catastrophe humanitaire ».

Avec les annonces de Madrid, « l’OTAN a prouvé qu’elle pouvait prendre des décisions difficiles mais essentielles », s’est félicité sur Twitter le chef de la diplomatie ukrainienne, Dmytro Kouleba, saluant la « position lucide » de l’organisation sur la Russie et sa « position forte » sur l’Ukraine.

Invité quelques heures plus tôt à s’exprimer devant les dirigeants de l’Alliance en visioconférence, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, avait demandé un soutien militaire et financier accru pour permettre à l’Ukraine de résister face à « l’artillerie russe ».

« Menace significative »

Les dirigeants des pays de l’OTAN, qui ont adopté lors du sommet de Madrid une nouvelle feuille de route stratégique, ont qualifié la Russie « de menace la plus significative et directe pour la sécurité des alliés et la paix » dans la zone euroatlantique.

« Nous ne pouvons pas écarter la possibilité d’une attaque contre la souveraineté ou l’intégrité territoriale des alliés », disent-ils dans ce document, qui n’avait pas été révisé depuis 2010 et dont la dernière version qualifiait Moscou de « partenaire stratégique ».

Cette nouvelle feuille de route cible aussi pour la première fois la Chine qui représente, selon l’OTAN, un « défi » pour sa « sécurité ».

Affichant leur unité, les pays de l’OTAN ont validé un renforcement de leur présence militaire sur le flanc oriental de l’Alliance, qui va porter à plus de 300 000 militaires les effectifs de ses « forces à haut niveau de préparation ».

« C’est la réorganisation la plus importante de notre défense collective depuis la Guerre froide », a déclaré Jens Stoltenberg, évoquant un « moment pivot » dans l’histoire de l’Alliance atlantique, créée en 1949.

« Nous sommes au rendez-vous » et « nous prouvons que l’OTAN est plus nécessaire que jamais », a insisté le président américain, Joe Biden, qui a annoncé pour sa part un renforcement de la présence militaire américaine dans toute l’Europe et notamment dans les États baltes.

Veto turc levé

 

Le sommet de Madrid a également été l’occasion de lancer officiellement le processus d’adhésion de la Suède et la Finlande, qui ont décidé de rejoindre l’OTAN en réaction à l’offensive russe en Ukraine, rompant avec une longue tradition de non-alignement militaire.

Cette adhésion était jusqu’à présent bloquée par la Turquie, membre de l’OTAN depuis 1952, qui accusait notamment Stockholm et Helsinki d’abriter des militants de l’organisation kurde PKK, qu’Ankara considère comme « terroriste ».

Mais au terme de longues tractations, la Turquie a donné mardi soir son accord à l’entrée dans l’OTAN de ces deux pays nordiques, le président turc Recep Tayyip Erdogan ayant estimé avoir obtenu leur « pleine coopération » dans sa lutte contre le PKK.

Cet élargissement de l’OTAN aux deux pays nordiques, dont l’entrée formelle doit être ratifiée par les parlements des 30 États membres et pourrait prendre plusieurs mois, a suscité mercredi la colère de Moscou.

C’est « un facteur profondément déstabilisateur pour les affaires internationales », a dit le vice-ministre des Affaires étrangères Sergueï Riabkov, qui a dénoncé un mouvement « agressif » à l’égard de la Russie.

Dans un communiqué, la diplomatie russe a également menacé de représailles la Norvège, accusant ce pays membre de l’OTAN de bloquer le transit de marchandises à destination des Russes installés sur un archipel arctique norvégien, le Svalbard.

Poutine « s’est trompé »

Vladimir Poutine, qui avait notamment justifié l’offensive contre l’Ukraine par la crainte d’un nouvel élargissement de l’Alliance à ce pays, « espérait moins d’OTAN sur son front occidental », mais « il s’est complètement trompé » : « il obtient plus d’OTAN », a lancé le premier ministre britannique, Boris Johnson, après l’accord trouvé à Madrid.

Ces avancées diplomatiques n’ont pas empêché l’Ukraine de continuer à payer un lourd tribut sur le terrain, avec de nouvelles frappes meurtrières contre des civils signalées mercredi par les autorités, notamment dans les régions de Mikolaïv et Dnipro.

Ces bombardements sont survenus deux jours après une frappe qui a ravagé un centre commercial bondé à Krementchouk, à 330 kilomètres au sud-est de Kiev, faisant au moins 18 morts et une quarantaine de disparus, selon le gouvernement ukrainien.

Par ailleurs, les autorités ukrainiennes ont annoncé avoir récupéré 144 soldats, dont 95 « défenseurs d’Azovstal » à Marioupol dans le cadre du « plus gros échange [de prisonniers avec Moscou] depuis le début de l’invasion russe ».

Dans une vidéo mercredi soir, M. Zelensky a également annoncé qu’il mettait fin aux relations diplomatiques avec la Syrie, après que le régime de Damas a reconnu l’indépendance des républiques séparatistes prorusses de Donetsk et de Lougansk, soutenues par Moscou depuis 2014.

Le ministre britannique de la Défense, Ben Wallace, a estimé pour sa part mercredi que la Russie avait « échoué sur tous ses objectifs majeurs » sur le plan militaire. La guerre a un « coût massif » pour Moscou, a-t-il assuré dans un entretien à la radio LBC, estimant à « 25 000 » le nombre de soldats russes tués depuis le début du conflit.

Un bilan attribué par Boris Johnson à la « toxicité masculine » de Vladimir Poutine. « Si Poutine était une femme, […] je ne pense vraiment pas qu’il se serait embarqué dans cette guerre folle de macho », a estimé le premier ministre britannique sur la chaîne de télévision allemande ZDF.

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