L’OTAN joue la carte d'une unité renouvelée face à Moscou

Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, le président finlandais, Sauli Niinistö, la première ministre suédoise, Magdalena Andersson, et la ministre suédoise des Affaires étrangères, Ann Linde
Photo: Murat Cetin Muhurdar Agence France-Presse Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, le président finlandais, Sauli Niinistö, la première ministre suédoise, Magdalena Andersson, et la ministre suédoise des Affaires étrangères, Ann Linde

L’OTAN a annoncé mardi avoir scellé un accord pour l’entrée de la Suède et de la Finlande dans l’OTAN, grâce à la levée du veto turc. Une démarche hautement symbolique permettant de réaffirmer l’unité au sein de l’Alliance, au moment où la Russie continue d’appeler Kiev à la capitulation.

Après plusieurs heures de discussions en marge du sommet de l’Alliance, qui a débuté mardi soir à Madrid, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a assuré que la Turquie avait levé son veto à la candidature des deux pays nordiques.

« La Turquie a donné son accord pour que la Suède et la Finlande rejoignent l’OTAN », a annoncé M. Stoltenberg, jugeant cette avancée « essentielle » alors que le monde « fait face à la plus grave crise sécuritaire depuis des décennies ».

Ankara, membre de l’OTAN depuis 1952, bloquait jusqu’à présent l’adhésion de Stockholm et d’Helsinski, car elle les accusait d’abriter des militants de l’organisation kurde PKK, qu’elle considère comme « terroriste ».

Mais le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, a finalement estimé avoir obtenu la « pleine coopération » de Stockholm et d’Helsinski, après d’intenses tractations. « La Turquie a obtenu ce qu’elle voulait », a souligné la présidence turque dans un communiqué.

L’accord signé mardi soir devant les caméras par les chefs de la diplomatie des trois pays concernés va permettre aux chefs d’État et de gouvernement de l’Alliance présents à Madrid de se montrer unis face à la Russie, qui a une nouvelle fois exclu, mardi, la fin de son offensive en Ukraine tant que Kiev n’aura pas capitulé. « Il faut ordonner aux soldats ukrainiens de déposer les armes et il faut mettre en oeuvre toutes les conditions fixées par la Russie. Alors tout sera fini en une journée », a déclaré à la presse le porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Peskov.

Cette déclaration est survenue au lendemain d’une attaque russe qui a ravagé un centre commercial bondé à Krementchouk, à 330 kilomètres au sud-est de Kiev, faisant au moins 18 morts et une quarantaine de disparus, selon les autorités ukrainiennes.

Ce bombardement est « l’un des actes terroristes les plus éhontés de l’histoire européenne », a dénoncé le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, en demandant que la Russie soit désignée comme « État parrain du terrorisme » après cette frappe sur « une ville paisible ».

M. Zelensky a suggéré mardi au Conseil de sécurité de l’ONU d’envoyer une commission d’enquête pour prouver que ce centre commercial avait été détruit par un missile russe.

L’armée russe, qui rejette depuis le début du conflit toutes les accusations de frappes visant des civils, a affirmé avoir frappé un entrepôt d’armes situé dans une usine d’engins de chantier à proximité, dont l’incendie se serait propagé au centre commercial, qu’elle a présenté comme désaffecté.

Mais la version russe a été contredite par des témoignages recueillis sur place par un journaliste de l’AFP. « Nous avons entendu ça, c’est absurde. Quand on vit ici, je me demande comment on peut croire des choses pareilles », a affirmé une habitante de Krementchouk, Polina Pouchintseva.

« Brutalité »

Cette attaque a été vivement condamnée par les dirigeants du G7, dont le sommet s’est achevé mardi en Allemagne. Durant l’événement, les Occidentaux ont promis de resserrer l’étau sur Moscou en visant l’industrie de la défense russe et en plafonnant au niveau mondial le prix du pétrole russe.

Le but est d’« augmenter » pour la Russie les coûts de la guerre, a résumé le chancelier allemand, Olaf Scholz. Selon le Trésor américain, Washington a commencé mardi à mettre en oeuvre ces sanctions, et notamment une interdiction des importations d’or venant de Russie.

« La Russie ne peut ni ne doit gagner, et donc notre soutien à l’Ukraine et nos sanctions contre la Russie se maintiendront aussi longtemps que nécessaire », a souligné le président français, Emmanuel Macron, en appelant les pays de l’OTAN à envoyer un « message d’unité et de force ».

« Il est extrêmement important que nous soyons prêts à continuer à apporter notre soutien, parce que l’Ukraine fait face aujourd’hui à une brutalité que nous n’avions plus vue en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale », a déclaré le chef de l’OTAN, Jens Stoltenberg.

Selon un conseiller du président américain, Joe Biden, la rencontre de l’OTAN va être l’occasion pour Washington de faire « des annonces spécifiques » sur « de nouveaux engagements militaires », décisifs pour l’avenir de l’Alliance.

« À la fin de ce sommet, il y aura un dispositif plus robuste, plus efficace, plus crédible […] pour tenir compte d’une menace russe plus aiguë et plus grave », a expliqué Jake Sullivan, principal conseiller diplomatique et militaire de Joe Biden.

« Ville en ruine »

Malgré la lourdeur des sanctions frappant l’économie russe depuis l’invasion de l’Ukraine le 24 février, le Kremlin a assuré mardi qu’il n’y avait « aucune raison » d’évoquer un défaut de paiement de la Russie.

Les autorités russes ont toutefois reconnu qu’à cause des sanctions, deux versements n’étaient pas parvenus aux créanciers avant la date limite de dimanche. Cela constitue de fait un « défaut » de paiement, a estimé mardi l’agence de notation Moody’s.

Quelques heures après l’annonce du bombardement de Krementchouk, les autorités ukrainiennes ont annoncé une autre frappe russe meurtrière contre des civils, à Lyssytchansk, une poche de résistance ukrainienne stratégique dans le bassin du Donbass.

Dans cette ville jumelle de celle de Severodonetsk, récemment prise par les Russes, au moins huit civils ukrainiens ont été tués et plus de 20 autres, dont deux enfants, blessés pendant qu’« ils collectaient de l’eau à partir d’une citerne », selon le gouverneur de la région de Louhansk, Serguiï Gaïdaï.

Lyssytchansk est la dernière grande ville qu’il reste à conquérir pour les Russes dans cette province. « Nos défenseurs tiennent la ligne, mais les Russes réduisent la ville en ruine par l’artillerie, l’aviation… L’infrastructure est complètement détruite », a ajouté M. Gaïdaï.

Le gouverneur Valentyn Reznichenko a signalé sur sa page Facebook une attaque de six missiles commise dans la région de Dniepropetrovsk, au centre du pays, sans faire état de victimes. Selon lui, trois missiles ont été abattus par la défense aérienne.

 

La conquête du Donbass, déjà en partie tenu par des séparatistes prorusses depuis 2014, est l’objectif prioritaire des Russes depuis qu’ils ont évacué les environs de Kiev, fin mars.

À New York, le porte-parole de l’ONU Stéphane Dujarric a rappelé que les belligérants étaient tenus par le droit international de « protéger les civils et les infrastructures civiles », jugeant la nouvelle frappe « totalement déplorable ».

Plus de six millions d’Ukrainiens déplacés à l’intérieur du pays

Plus de six millions d’Ukrainiens ont été déplacés à l’intérieur du pays depuis le début de l’invasion russe, indique mardi un nouveau décompte de l’ONU. Ils s’ajoutent aux plus de 5,2 millions d’Ukrainiens qui ont fui leur pays et été enregistrés comme réfugiés dans d’autres États européens depuis le début du conflit, le 24 février. En date du 23 juin, on estimait à plus de 6,2 millions le nombre d’Ukrainiens déplacés dans leur pays, selon le dernier recensement de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) des Nations unies. C’est le nombre le plus bas de déplacés qu’elle a recensés depuis le 24 février. Un pic de huit millions avait été atteint début mai.

Selon le dernier recensement, plus de 5,5 millions d’Ukrainiens qui avaient initialement fui à l’étranger ou ailleurs dans le pays sont retournés chez eux, selon l’OIM, qui souligne notamment que les déplacés ou réfugiés ont besoin rapidement d’accès « aux soins, à l’éducation et de rénovation des habitats endommagés ». Elle précise que 64 % des déplacés actuels sont des femmes. Près de 61 % des déplacés viennent de l’est de l’Ukraine, où se concentre les combats, 15 % du nord, 11 % de la capitale, Kiev, et 11 % du sud. Les plus gros déplacements se font à l’intérieur de la région est, et, dans une moindre mesure, de l’est vers le centre et le sud du pays. De plus, 44 % des déplacés vivent dans des logements loués, et 29 % chez des proches. Seuls 13 % disent se sentir complètement en sécurité là où ils sont, contre 63 % qui disent y ressentir une forme d’insécurité.



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