Les dirigeants du G7 accentuent la pression sur Moscou

Tous vêtus de chemises blanches, les dirigeants ne se sont pas privés, lors d’un échange informel capté par les caméras, de tourner en dérision le président russe et sa pose torse nu lors d’une séance photo en 2009.
Photo: Markus Schreiber Agence France-Presse Tous vêtus de chemises blanches, les dirigeants ne se sont pas privés, lors d’un échange informel capté par les caméras, de tourner en dérision le président russe et sa pose torse nu lors d’une séance photo en 2009.

Les dirigeants des pays du G7 ont eu peu de temps pour profiter du cadre enchanteur de leur sommet, qui s’est ouvert dimanche en Bavière, affichant leur détermination à soutenir l’Ukraine face à la Russie, visée par de nouvelles sanctions.

Une photo de famille sur fond de cimes dressées dans un ciel radieux, quelques pas dans des prés fraîchement coupés ou au bord d’une rivière cristalline : les retrouvailles du club des sept pays industrialisés (Allemagne, États-Unis, France, Canada, Italie, Japon, Royaume-Uni) ont fourni leur lot d’images bucoliques.

Mais les sept dirigeants se sont attelés sans tarder aux priorités de ce sommet qui se tient jusqu’à mardi dans un contexte de crises multiples : la guerre en Ukraine, les menaces sur la sécurité alimentaire et énergétique ainsi que l’urgence climatique.

Soucieux d’envoyer un signal fort de soutien à Kiev, le président américain, Joe Biden, et le premier ministre britannique, Boris Johnson, ont annoncé un embargo sur les importations d’or russe, avant même que la décision ne soit officialisée par l’ensemble du G7.

Cette interdiction, qui porte sur l’or nouvellement extrait en Russie, sans viser celui déjà vendu, frappera« directement les oligarques russes et s’attaquera au coeur de la machine de guerre de Poutine », a assuré Boris Johnson.

Risque de « fatigue »

Les Occidentaux ont déjà pris plusieurs volets de sanctions contre la Russie, dont la guerre contre l’Ukraine est entrée dans son cinquième mois.

Mais le gouvernement ukrainien en réclame plus, après des frappes russes sur Kiev dimanche matin, un acte de « barbarie » dénoncé par M. Biden.

Face à un risque de « fatigue » du camp occidental, évoqué par Boris Johnson, le président américain a lancé un nouvel appel à l’unité du G7 et de l’OTAN face à Moscou.

Hôte du sommet, le chancelier allemand, Olaf Scholz, a également loué l’unité des alliés, à laquelle « Poutine ne s’attendait pas ». Les dirigeants ne se sont pas privés, lors d’un échange informel capté par les caméras, de tourner en dérision le président russe et sa pose torse nu lors d’une séance photo en 2009.

Alors que les troupes russes progressent dans le Donbass, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, interviendra lundi en visioconférence.

 

Il s’agit d’un « moment critique pour l’évolution du conflit », ont souligné Boris Johnson et le président français, Emmanuel Macron, selon un porte-parole du gouvernement britannique.

Ils pensent qu’il est « possible d’inverser le cours de la guerre », selon le cabinet du premier ministre britannique.

Boris Johnson a toutefois mis en garde contre toute tentation d’une solution négociée « maintenant » en Ukraine au risque de prolonger « l’instabilité mondiale ». Le conflit et ses répercussions vont occuper une grande part des discussions avec de premiers entretiens consacrés aux turbulences économiques mondiales.

Joe Biden veut aussi démontrer à ses alliés que tenir tête à la Russie et faire face à la Chine sont des objectifs complémentaires, et non opposés.

Le G7 veut notamment contrer  la Chine et ses « nouvelles routes de la soie »en investissant dans les infrastructures des pays défavorisés en Afrique, en Asie ou encore en Amérique latine.

À l’initiative des États-Unis, les dirigeants ont annoncé vouloir mobiliser près de 780 milliards de dollars canadiens, d’ici 2027, censés répondre aux immenses chantiers financés par la Chine, mais aux contours encore flous.

Les leaders d’Indonésie, d’Inde, du Sénégal, d’Afrique du Sud et d’Argentine, ont d’ailleurs été conviés à ce sommet annuel, les Occidentaux cherchant à élargir le front des démocraties unies contre la menace d’un bloc formé par la Russie et la Chine.

Dirigeants fragilisés

 

Ces économies émergentes sont aussi particulièrement exposées au risque de pénuries alimentaires, à l’explosion des coûts de l’énergie aggravée par la guerre en Ukraine et à la crise climatique.

Les acteurs du climat attendent du G7 des avancées concrètes, dont la « planification » de l’élimination complète des énergies fossiles.

Des discussions bilatérales ont complété les sessions. Avec une accolade franche et des mots chaleureux, Emmanuel Macron et Boris Johnson ont affiché leur volonté de réchauffer l’atmosphère et de dissiper plusieurs mois de tensions, entre crises des sous-marins australiens et désaccords sur les suites du Brexit.

Les deux dirigeants font face à des situations politiques compliquées, le président français venant de perdre la majorité absolue à l’Assemblée nationale et Boris Johnson étant affaibli par une série de scandales.

Le chancelier allemand mise, lui, sur ce G7 pour redorer sa popularité en baisse ces derniers mois, faute, selon ces détracteurs, d’afficher un soutien ferme à Kiev.

Sécurité alimentaire

Le Canada s’est engagé à verser 50 millions de dollars pour empêcher les grains ukrainiens de pourrir dans les ports bloqués par la Russie. L’argent sera versé dans un fonds du G7 « pour aider les fermiers ukrainiens à relancer leur production, à nourrir les gens et à exporter leurs récoltes, et pour aider l’Ukraine à stocker davantage de céréales », a indiqué le premier ministre Justin Trudeau. « Le Canada a une précieuse expérience en stockage de céréales. Le savoir et l’expérience de nos agriculteurs seront très utiles. On va continuer de travailler avec des partenaires pour venir en aide à l’Ukraine et atténuer la crise mondiale de la sécurité alimentaire », a-t-il écrit sur Twitter. M. Trudeau veut aussi travailler de concert avec les autres membres du G7 pour adopter des mesures visant à freiner la famine provoquée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

La Presse canadienne



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