Grippe aviaire - Le Viêt Nam prépare la guerre

Scène de la vie quotidienne au marché Long Bien, à Hanoï.
Photo: Agence Reuters Scène de la vie quotidienne au marché Long Bien, à Hanoï.

Hanoï — Soirée ordinaire hier au marché Hang Da de Hanoï. Devant ses cages de poulets, Toan, un éleveur du nord de la capitale vietnamienne qui vient chaque jour vendre ses produits dans la métropole, attend dans une ambiance frisquette ses derniers clients. «J'ai entendu ce qu'a dit le gouvernement, lance-il. J'ai protégé mon élevage avec des toiles pour le mettre à l'abri du froid.»

Le message a été reçu. Avec un mercure à la baisse depuis deux jours dans le nord du Viêt Nam, les autorités sanitaires sont sur le qui-vive afin d'empêcher le retour de la grippe aviaire dans la région de Hanoï et ses alentours après qu'une nouvelle épizootie s'est déclarée plus tôt ce mois-ci dans le sud du pays, dans la région du delta du Mékong.

Au total, six provinces ont été touchées début décembre, forçant l'éradication de 11 000 poulets qui, à l'approche du Nouvel An lunaire, la fête du Têt, devraient de plus en plus se retrouver sur les tables des Vietnamiens. Et la vague de froid — la température a chuté de 18 degrés en 48 heures à peine — qui vient de s'abattre sur le nord du pays laisse aujourd'hui présager le pire.

Devant les risques de résurgence de cette maladie, le gouvernement a décidé de passer à l'attaque en début de semaine pour contrer le «risque grave», selon le premier ministre Phan Van Khai, que fait peser ce retour de la grippe aviaire sur la santé publique et le marché de la volaille.

Interdiction de transporter des oiseaux malades hors des zones infectées, généralisation du port de vêtements protecteurs (la grippe aviaire peut se transmettre à l'homme) pour les personnes qui travaillent dans les élevages, mise en place d'une cellule de crise fonctionnant 24 heures sur 24 pour recueillir des données sur les animaux malades: le Viêt Nam met le paquet pour éviter le désastre de l'an dernier, alors que plusieurs milliers de bêtes avaient dû être détruites. La grippe aviaire qui s'était alors emparée d'une grande partie de l'Asie, sans épargner le Viêt Nam, avait également porté un dur coup à l'activité touristique.

Parallèlement, Hanoï poursuit sa guerre contre le commerce illégal de volailles en provenance de la Chine, qui arrose actuellement les marchés de la capitale. Au cours des derniers jours, le Service vétérinaire du ministère de l'Agriculture vietnamien en aurait découvert une grande quantité en raison de l'intensification de tels échanges à l'approche du Têt. Et, forcément, ce marché noir rend difficile le contrôle de l'épizootie.

Très apprécié des Vietnamiens, le poulet est un plat qu'on trouve dans toute la ville, où les restaurants installés sur les trottoirs le proposent sous toutes ses déclinaisons aux passants: en soupe, en brochettes, en boulettes, toujours bouilli, jamais rôti. Les pattes bouillies sont également un plat très prisé.

«Il est nécessaire que les villes du Nord coopèrent sérieusement dans la lutte contre le commerce illégal de volailles chinoises et le transport de celles qui sont malades», a déclaré Bui Quang Anh, du Service vétérinaire, cité par le quotidien SaiGon Giai Phong (Saïgon libéré). Cette collaboration pourrait aussi passer par la diminution de la taille des élevages autour de la capitale, dont la densité trop élevée et la mixité avec les canards font aujourd'hui planer, dans l'hiver vietnamien, un risque important d'extension de l'épizootie.

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Boursier de l'ACDI, Fabien Deglise est actuellement en reportage au Viêt Nam.