Ukraine - Ianoukovitch débouté de toutes ses plaintes

Kiev — La Cour suprême ukrainienne et la Commission centrale électorale ont infligé hier un camouflet cinglant au premier ministre sortant Viktor Ianoukovitch, dont toutes les plaintes pour fraudes en ce qui concerne le scrutin présidentiel de dimanche, remporté, en théorie, par l'opposant Viktor Iouchtchenko, ont été rejetées.

La Cour suprême a rejeté les quatre plaintes de Ianoukovitch tandis que la Commission centrale électorale n'a pas relevé d'élément suffisant pour juger l'élection frauduleuse dans les 27 documents déposés par le plaignant.

Iouchtchenko, que les résultats préliminaires créditent d'une avance de huit points, a déjà commencé à réfléchir à la composition de son gouvernement et à la mise en oeuvre de son programme électoral de libéralisation de l'économie, de lutte contre la corruption et de rapprochement avec l'Ouest.

Ianoukovitch, battu par Iouchtchenko dans la réédition, dimanche, du deuxième tour de la présidentielle de novembre, qui avait été entaché d'irrégularités favorables au candidat du pouvoir, a juré de ne jamais reconnaître sa défaite.

Une porte-parole de la Cour suprême, Liana Chlyapochnikova, a fait savoir que les juges avaient rejeté les quatre plaintes déposées par le premier ministre sortant.

«La dernière plainte n'est pas recevable. Toutes les quatre ont été rejetées», a-t-elle dit, ajoutant que deux des recours avaient été formulés trop tard et que les deux autres n'étaient pas rédigés de manière suffisamment claire.

Mais Ianoukovitch, qui a refusé de démissionner de son poste de premier ministre, compte formuler d'autres recours une fois annoncés les résultats officiels du scrutin, a fait savoir son entourage.

Le président du Parlement, Volodymyr Lytvyn, qui a joué un rôle central dans cette crise, a félicité Iouchtchenko pour sa victoire qui, selon lui, «ouvre une nouvelle ère dans l'histoire de l'Ukraine».

«Nous avons été les témoins et les participants de la naissance d'une société civile et de la réaffirmation de notre identité nationale», a-t-il déclaré, s'adressant au peuple ukrainien.

«Une mouche dans un pot de confiture»

Cependant, signe des difficultés qui s'annoncent pour la nouvelle équipe au pouvoir en Ukraine, le Turkménistan a annoncé qu'il suspendait ses livraisons de gaz naturel à compter du 1er janvier en raison d'une mésentente sur les prix.

Le Turkménistan satisfait près de la moitié des besoins de l'Ukraine en gaz naturel.

Avant que celle-ci ne fasse part de sa décision, des responsables de la Commission centrale électorale ont fait savoir que beaucoup des plaintes qu'ils avaient reçues d'électeurs individuels semblaient avoir été rédigées par la même personne, voire par le même groupe, et qu'elles étaient insuffisamment documentées.

Iouchtchenko, qui devrait être investi vers le milieu du mois de janvier, a d'ores et déjà commencé à établir la liste des possibles successeurs de Ianoukovitch à la tête du gouvernement.

Il a également reproché à son adversaire malheureux sa bataille procédurière. «On dirait une mouche dans un pot de confiture. Ils essaient de torturer le pays dix jours de plus», a-t-il déclaré à un journaliste. «Ianoukovitch ne vit pas dans la réalité ukrainienne. Il est dans un autre monde.»

Iouchtchenko a exhorté ses partisans à mettre fin aux manifestations qui paralysent le centre de Kiev depuis le soir du 21 novembre. Ces derniers ne semblent toutefois pas pressés de démanteler les camps de tentes érigés dans la capitale ukrainienne, de peur que Ianoukovitch n'envoie ses propres partisans dans la rue.