L’UE s’accorde pour supprimer l’essentiel de ses importations de pétrole russe

De la fumée et de la poussière montent dans le ciel de Severodonetsk durant des bombardements dans la région du Donbass.
Aris Messinis Agence France-Presse De la fumée et de la poussière montent dans le ciel de Severodonetsk durant des bombardements dans la région du Donbass.

Après des semaines de négociations ardues, un accord a enfin été annoncé : les 27 pays membres de l’Union européenne (UE) ont approuvé, lundi soir, un embargo sur le pétrole russe qui supprimera l’essentiel de leurs importations depuis ce pays d’ici à la fin de l’année, tout en exemptant la Hongrie, ont annoncé les dirigeants européens. Du côté de la France, une enquête pour « crimes de guerre » a été lancée à la suite de la mort d’un journaliste français pendant un reportage sur le terrain en Ukraine.

L’accord concernant le pétrole russe couvre pour l’instant « plus des deux tiers des importations de pétrole de Russie », a déclaré le président du Conseil européen, Charles Michel. Il va permettre de « supprimer une énorme source de financement à la machine de guerre » russe et d’exercer « une pression maximum » sur Moscou pour l’inciter à mettre fin à la guerre, a-t-il affirmé sur Twitter.

Grâce à l’engagement volontaire de Berlin et de Varsovie d’arrêter leurs importations par l’oléoduc de Droujba, l’embargo supprimera « environ 90 % » des importations européennes de pétrole russe d’ici à la fin de l’année, a précisé sur Twitter la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

Le pétrole acheminé par ce même oléoduc vers la Hongrie sera exempté des sanctions dans un premier temps, un compromis qui a permis de mettre fin à l’opposition hongroise qui durait depuis plusieurs semaines. Le premier ministre du pays, Viktor Orbán, bloquait le sixième paquet de sanctions de l’UE en raison de la dépendance de son pays au pétrole russe. En effet, la Hongrie dépend pour 65 % de sa consommation du pétrole acheminé par l’oléoduc de Droujba.

Selon l’Élysée, l’embargo progressif de l’UE sera limité dans un premier temps au pétrole transporté par bateau (soit les deux tiers des achats européens de pétrole russe). Des négociations doivent avoir lieu « dès que possible » pour mettre fin au reste des importations de pétrole russe de l’UE, a précisé l’Élysée.

Objet de négociation depuis un mois, le nouveau paquet de sanctions prévoit aussi un élargissement de la liste noire de l’UE à une soixantaine de personnalités, dont le chef de l’église orthodoxe russe, le patriarche Kirill.

Il comprend l’exclusion de trois banques russes du système financier international SWIFT, dont Sberbank, principal établissement du pays.

« Les querelles en Europe doivent cesser […], l’Europe doit montrer sa force. Car la Russie ne comprend que l’argument de la force », avait déclaré un peu plus tôt aux dirigeants européens le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, dans une intervention par visioconférence pendant un sommet extraordinaire tenu par les 27 États membres.

Un reporter tué en fonction

 

Un journaliste français a été tué lundi et son collègue a été blessé alors qu’ils accompagnaient des civils à bord d’un autobus humanitaire près de Severodonetsk, dans l’est de l’Ukraine, portant à huit le nombre de reporters tués depuis le début de l’invasion russe.

« Journaliste, Frédéric Leclerc-Imhoff était en Ukraine pour montrer la réalité de la guerre. À bord d’un bus humanitaire, aux côtés de civils contraints de fuir pour échapper aux bombes russes, il a été mortellement touché », a écrit le président français, Emmanuel Macron, sur Twitter.

« À celles et ceux qui assurent sur les théâtres d’opérations la difficile mission d’informer, je veux redire le soutien inconditionnel de la France », a-t-il ajouté.

Il s’agissait de la deuxième mission en Ukraine du vidéaste, âgé de 32 ans, qui travaillait depuis six ans pour la chaîne d’information en continu BFMTV.

La cheffe de la diplomatie française, Catherine Colonna, a affirmé dans un tweet que le reporter avait été « tué par un bombardement russe sur une opération humanitaire alors qu’il exerçait son devoir d’informer ».

Elle a également indiqué à l’AFP avoir demandé au président Zelensky « de faire tout son possible pour que les autorités ukrainiennes nous aident » et « permettent le retour » du corps du journaliste « à sa famille le plus rapidement possible ».

Dans un message posté sur le réseau Telegram, le gouverneur de la région de Louhansk a précisé que Frédéric Leclerc-Imhoff, qui portait un casque, a été touché à la nuque.

En réaction, le parquet national antiterroriste français a annoncé, lundi soir, l’ouverture d’une enquête judiciaire pour « crimes de guerre ». Elle portera sur des chefs « d’atteinte volontaire à la vie d’une personne protégée par le droit international des conflits armés, d’attaques délibérées contre des personnes qui ne prennent pas part directement aux conflits et d’attaques délibérées contre le personnel et les véhicules employés dans le cadre d’une mission d’aide humanitaire », a-t-il détaillé.

La directrice générale de l’UNESCO, Audrey Azoulay, a quant à elle condamné le « meurtre » du journaliste. « Je condamne le meurtre de Frédéric Leclerc-Imhoff et demande l’ouverture d’une enquête afin que les auteurs de ce crime puissent être identifiés et poursuivis par la justice », a-t-elle indiqué dans un communiqué.

« Les journalistes qui œuvrent chaque jour en Ukraine à nous informer de la réalité de la guerre doivent être protégés de toute attaque », a-t-elle poursuivi, appelant les parties à respecter une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU sur la protection des professionnels des médias en zone de conflit.

Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le 24 février, au moins huit journalistes y sont morts dans l’exercice de leur profession, selon un décompte de l’organisme Reporters sans frontières.

Les Russes au cœur d’une ville-clé

Les forces russes ont par ailleurs progressé dans l’est de l’Ukraine lundi avec des affrontements au cœur de la ville-clé de Severodonetsk, ​pilonnée depuis des semaines et où se déroulent désormais des combats de rue, selon le gouverneur de la région.

« Les combats se poursuivent, la situation est très difficile », a indiqué sur Telegram Serguiï Gaïdaï, à la tête de la région de Louhansk. « L’infrastructure critique de Severodonetsk est détruite, 60 % du parc de logements ne peut pas être restauré », a-t-il ajouté.

Au moins cinq civils sont morts lundi, dont une jeune fille de 14 ans, et 16 personnes ont été blessées dans des bombardements ukrainiens à Donetsk, dans l’est séparatiste, a annoncé le Comité d’enquête russe.

Avec l’Agence France-Presse



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