Ukraine - Ianoukovitch refuse de reconnaître sa défaite

Le premier ministre sortant saisit la Cour suprême d'irrégularitésKiev — Battu au «troisième tour» de la présidentielle ukrainienne, le premier ministre Viktor Ianoukovitch, dans un dernier soubresaut, s'accroche au pouvoir en tentant de contester la victoire du leader de l'opposition, Viktor Iouchtchenko.

Ianoukovitch a estimé que cette victoire annoncée faisait partie d'un «scénario de prise de pouvoir planifié outre-Atlantique, qui a déjà été testé en Yougoslavie, en Géorgie et en Roumanie». Le candidat, soutenu par la Russie, faisait allusion aux États-Unis, qu'il a maintes fois accusés d'avoir financé l'opposition.

Ianoukovitch, que les partisans de Iouchtchenko ont contraint de ne pas participer hier au conseil des ministres, a saisi la Commission centrale électorale et la Cour suprême, faisant état d'irrégularités.

«Ces recours juridiques sont une tentative de détourner la Commission de son impartialité. Et ce n'est pas possible», a déclaré le président de la Commission centrale électorale, Iaroslav Davidovitch.

Le premier ministre sortant refuse de reconnaître sa défaite au scrutin de dimanche. Les résultats officiels n'ont pas encore été proclamés, mais des résultats préliminaires ne laissent guère de doute sur l'ampleur de la victoire de Iouchtchenko, un premier décompte total lui donnant 51,99 % des voix contre 44,19 % à son adversaire.

Une porte-parole de la Cour suprême a déjà fait savoir qu'un des appels de Ianoukovitch avait été rejeté car envoyé trop tard. Trois autres restent à examiner, a-t-elle précisé.

«Quoi qu'ils envoient, je crois que la plupart des appels seront rejetés. Et je ne pense pas qu'ils puissent prouver, même s'il y a eu des violations au code électoral, que ces dernières aient pu influencer le résultat», a estimé l'analyste politique Miron Wasilik, proche de l'opposition, qui pense que Iouchtchenko sera intronisé comme prévu vers le 14 janvier.

Mais Ianoukovitch maintient sa position: «Je n'ai aucune intention de démissionner, je le dis clairement. Ils insistent là-dessus parce qu'ils tremblent dans leurs chaussures. Nous dirons bientôt ce que nous avons à dire, a-t-il affirmé. Aujourd'hui, notre priorité est de défendre, par tous les moyens légaux, notre choix, le choix de l'Ukraine.»

Ianoukovitch a été démis de ses fonctions par le Parlement, peu après le deuxième tour de la présidentielle, mais la décision des députés n'a pas été validée par le président Leonid Koutchma.

Son seul commentaire après le scrutin de dimanche a été de dire que le perdant avait deux jours pour reconnaître sa défaite, demandant implicitement à Ianoukovitch de quitter son poste. Et hier, il a limogé le vice-premier ministre chargé de l'Énergie, Andriy Kliouev, un proche de son ancien protégé.

Iouchtchenko, chef de file de la «révolution orange», qui souhaite ancrer davantage l'ex-république soviétique en Europe, a qualifié mardi le gouvernement sortant d'«illégal».

Ianoukovitch était retourné mardi dans ses bureaux de chef du gouvernement et ne veut pas céder, malgré son isolement de plus en plus évident.