Ukraine - Iouchtchenko est officiellement élu

Viktor Iouchtchenko a salué ses partisans après l’annonce de sa victoire.
Photo: Agence Reuters Viktor Iouchtchenko a salué ses partisans après l’annonce de sa victoire.

Kiev — Viktor Iouchtchenko a remporté le «troisième tour» de l'élection présidentielle en Ukraine, selon les résultats officiels préliminaires dévoilés hier par les responsables de la commission centrale électorale. Iouchtchenko a appelé hier soir ses partisans à bloquer le siège du gouvernement pour empêcher la tenue aujourd'hui d'une réunion ministérielle présidée par son rival, le premier ministre Viktor Ianoukovitch.

Le Conseil de l'Europe, l'une des rares organisations européennes dont l'Ukraine soit membre, a, sans mentionner nommément le candidat du pouvoir, le premier ministre Viktor Ianoukovitch, exhorté toutes les parties à accepter l'issue du scrutin.

Il faudra peut-être attendre plusieurs jours une confirmation officielle, mais les résultats donnent à l'opposant 51,99 % des suffrages, contre 44,19 % à Ianoukovitch.

Iouchtchenko n'a pas attendu ces résultats pour déclarer l'Ukraine enfin libre, 14 ans après son indépendance de l'Union soviétique, et promettre de rapprocher son pays de l'Occident après une décennie de scandales et de corruption.

Le nouvel élu n'a pas tardé à s'affirmer, demandant «à tous de renforcer le blocus du gouvernement dès le matin [ce matin]. Aucune réunion du gouvernement illégitime ne doit avoir lieu», a déclaré M. Iouchtchenko devant des dizaines de milliers de partisans rassemblés sur la place de l'Indépendance, au coeur de Kiev.

Contestation du scrutin?

Ianoukovitch a juré de contester les résultats devant les tribunaux. Il s'est remis au travail, signe qu'il compte tenter de mobiliser ses troupes pour pallier le lâchage dont il est victime de la part de certains de ses anciens alliés, dont le président sortant Leonid Koutchma. Après le jugement de la Cour suprême, le Parlement avait limogé le chef du gouvernement, mais Koutchma a refusé de signer le décret de mise en application de cette mesure, assurant le maintien à son poste de Ianoukovitch jusqu'à l'annonce officielle des résultats par la commission électorale.

Le premier ministre est d'ailleurs retourné hier dans ses bureaux de chef du gouvernement. Son attaché de presse, Oleksander Tarnavski, a annoncé qu'il avait mis fin au «congé» qu'il avait pris pour mener campagne et repris son travail.

«Je ne reconnaîtrai jamais cette défaite car la Constitution et les droits de l'homme ont été bafoués dans notre pays», a-t-il prévenu lundi soir lors d'une conférence de presse.

Les observateurs étrangers présents en Ukraine ont pourtant donné leur satisfecit à ce «troisième tour», l'OSCE le jugeant beaucoup plus libre et équitable que le scrutin du 21 novembre.

De nombreuses plaintes

De «très nombreuses plaintes ont été déposées à la commission électorale centrale», selon son président, Iaroslav Davidovitch, qui a implicitement accusé le camp de Viktor Ianoukovitch d'être derrière cette «manoeuvre politique» risquant de retarder l'annonce du résultat définitif. Celui-ci ne peut être annoncé qu'après l'examen de toutes les plaintes. «Cela ressemble aux messages des travailleurs» de l'époque soviétique, a-t-il estimé en citant l'envoi dans un intervalle d'une minute de 200 télégrammes avec le même texte mais signés de noms différents, de la région de Mykolaïv (sud, qui a majoritairement voté pour Viktor Ianoukovitch).

Le premier vice-premier ministre Mykola Azarov a estimé que le scrutin avait été démocratique et s'était passé comme aurait dû se dérouler celui du 21 novembre, annulé par la Cour suprême en raison des fraudes massives.

De son côté, le ministère des Affaires étrangères a remercié la communauté internationale pour avoir permis «une élection démocratique et transparente» en Ukraine tout en s'en prenant à certains observateurs de l'ex-URSS ayant mis en doute la légitimité du scrutin.

Par ailleurs, le parquet ukrainien a ouvert une enquête pour déterminer si le ministre des Transports, Heorhiy Kyrpa, retrouvé mort la veille avec une balle dans la tête, s'est ou non suicidé.

Selon un conseiller d'Iouchtchenko, Petro Porochenko, des fonds provenant des caisses des chemins de fer ukrainiens ont été versés à des «entreprises privées», et Kyrpa s'est tué pour «cacher des preuves ou pour servir de bouc émissaire [...] à des gens plus haut placés».

Kyrpa, un homme d'affaires influent, avait été accusé par l'opposition d'avoir organisé l'acheminement gratuit de mineurs du Donbass vers Kiev pour manifester en faveur d'Ianoukovitch face aux rassemblements pro-Iouchtchenko.