14 points d'avance pour Iouchtchenko

Kiev — Une Ukraine profondément divisée et changée par la «révolution orange» se rend aux urnes ce week-end pour le «troisième tour» de la présidentielle dans la crainte que le bras-de-fer tourne à la violence si les résultats sont une nouvelle fois contestés par l'un des camps.

Le candidat de l'opposition Viktor Iouchtchenko, bénéficiant d'un courant de sympathie croissant dans l'opinion, espère l'emporter haut la main. Il est donné gagnant avec 14 points d'avance sur son rival, le premier ministre prorusse Viktor Ianoukovitch, selon un sondage publié hier.

M. Iouchtchenko, un proeuropéen, est crédité de 51 % des intentions de vote alors que M. Ianoukovitch obtiendrait 37 % des suffrages, selon ce sondage de l'Institut de recherche sociologique et du Centre de monitoring social réalisé mardi dernier auprès de 2035 personnes issues de toutes les régions d'Ukraine.

À trois jours du scrutin, les services de sécurité ukrainiens ont démenti hier toute implication dans le mystérieux empoisonnement à la dioxine du chef de l'opposition, Viktor Iouchtchenko.

Dans un communiqué publié sur Internet, le Service de sécurité d'État affirme n'avoir «aucun lien avec la détérioration» de la santé du candidat réformateur. Il ajoute «ne pas avoir obtenu un seul document officiel qui pourrait apporter [...] une base pour déterminer le moment, le lieu ou le fait de l'empoisonnement».

M. Iouchtchenko pense avoir été probablement empoisonné lors d'un dîner, le 5 septembre, avec le chef des services de sécurité, Ihor Smechko, et son adjoint, Volodimir Satsiouk. Les deux hommes nient toute implication.

La dioxine a défiguré le candidat réformateur mais ne l'a pas empêché de continuer à faire campagne. Le parquet et une commission parlementaire spéciale ont ouvert une enquête sur l'affaire et les services de sécurité se sont dits prêts à participer aux investigations.

Ce dossier et les rumeurs sur le risque de troubles le jour du vote ont exacerbé les tensions à l'approche du «troisième tour» de la présidentielle, supervisé par quelque 8000 observateurs et mené en vertu de nouvelles règles électorales de lutte contre la fraude.

La campagne a mis en évidence le clivage profond entre l'est du pays, industriel et russophone, favorable au candidat prorusse Viktor Ianoukovitch, et l'ouest et le centre du pays, qui soutiennent majoritairement M. Iouchtchenko.

Certaines régions de l'est ont brandi la menace d'une sécession en cas de victoire du candidat pro-occidental. M. Ianoukovitch a de son côté déclaré que si son rival était élu, il ne serait jamais considéré comme le président de l'ensemble du pays.

Viatcheslav Astapov, porte-parole du bureau du parquet général, a annoncé que celui-ci était informé d'allégations sur des projets destinés à perturber le scrutin. Il a précisé que le parquet «réagira et prendra les mesures appropriées».

M. Iouchtchenko a affirmé mercredi devant des milliers de partisans réunis sur la place de l'Indépendance à Kiev que des groupes se préparaient à gagner la capitale pour perturber le vote. Une allégation démentie par le camp Ianoukovitch.

«Le scrutin du 26 décembre ne sera pas une promenade de santé», a averti M. Iouchtchenko dans un discours en plein air marquant le premier mois de la «révolution orange». Il a appelé ses fidèles à se réunir après le vote, faisant écho à un appel similaire qu'il avait lancé après le second tour du 21 novembre.

À l'issue de l'élection, ses partisans avaient manifesté massivement dans les rues de Kiev pour contester le scrutin. M. Ianoukovitch avait été déclaré vainqueur, mais l'élection avait ensuite été annulée par la Cour suprême pour cause de fraude électorale.

Surfant sur la vague «orange» la couleur symbole de son camp, et le tollé suscité par la falsification du scrutin, M. Iouchtchenko fait désormais figure de grand favori alors que son rival paraît de plus en plus isolé. Viktor Ianoukovitch, qui était considéré comme le candidat du pouvoir, a en effet été lâché par le président sortant Leonid Koutchma et semble de moins en moins soutenu par Moscou, le Kremlin se disant prêt à travailler avec Iouchtchenko.

Avec l'Agence France-Presse et Reuters