Ukraine: Sébastopol la russophile craint une arrivée de l'OTAN

Sébastopol — Sébastopol (Crimée, sud de l'Ukraine) est célèbre pour abriter la Flotte russe de la mer Noire. Mais les habitants de cette ville russophone et russophile craignent que la Flotte ne doive déménager si l'opposant Viktor Iouchtchenko remportait dimanche le scrutin présidentiel.

Une base russe de sous-marins, cachée sous une montagne, avait été construite tout près de Sébastopol à l'époque soviétique pour résister à une attaque nucléaire. À l'approche de la victoire probable d'un candidat prônant l'intégration du pays à l'Union européenne et l'Otan, on craint un autre type de coup de grâce pour les restes de la puissance militaire russe en Crimée.

Juste à l'extérieur de Sébastopol, à Balaklava, un réseau de tunnels inondés, qui avait jadis abrité des sous-marins porteurs de missiles nucléaires, est devenu une attraction touristique. Mais dans la ville même, la Russie loue encore des docks pour sa Flotte de la mer Noire et les habitants, en majorité russes, ne veulent pas voir celle-ci partir.

«La Flotte défend notre ville, dit Maxime, un étudiant de 20 ans qui garde plusieurs tentes montées pour la campagne électorale du candidat pro-russe Viktor Ianoukovitch. Je ne veux pas voir ici de bateaux américains ou turcs.» La Flotte russe de la mer Noire était à l'origine de la fondation de Sébastopol. Elle en est devenue depuis une partie intégrante. La base permet aux navires russes de patrouiller dans les eaux de la Méditerranée et du Proche-Orient, mais lorsque le bail expirera en 2017, une Ukraine pro-atlantique pourrait ne pas le renouveler.

Fondée par l'impératrice Catherine pour abriter la flotte russe après l'annexion en 1783 de la Crimée, jusqu'alors turque, Sébastopol a été et reste une ville majoritairement russe. Du temps de l'URSS, c'était une ville militaire fermée. Même les habitants des autres villes de Crimée ne pouvaient y entrer sans exhiber un permis spécial. Et après que Nikita Khrouchtchev eut cédé la Crimée à l'Ukraine en 1954, Sébastopol a continué à être administrée depuis Moscou.

Aussi les promesses de Ianoukovitch de faire progresser l'intégration avec la Russie sont-elles bien accueillies dans le sud et l'est de l'Ukraine, alors qu'une victoire d'Iouchtchenko y serait considérée comme une catastrophe. «Oui, Iouchtchenko est un bon économiste et un bon banquier, et si seulement ce salaud n'était pas pro-occidental, je pourrais presque voter pour lui», marmonne Viktor, ancien sous-marinier de 56 ans.

Quatre-vingt-neuf pour cent des habitants de Sébastopol ont voté pour Ianoukovitch lors du dernier tour le 21 novembre, annulé ensuite par la Cour suprême en raison de fraudes massives.

À la veille du scrutin de dimanche, Iouchtchenko a cherché à se concilier ne serait-ce que certains habitants de ce bastion pro-russe où les drapeaux russes sont plus nombreux sur les toits que les couleurs ukrainiennes.

Lors d'un débat télévisé avec son concurrent lundi dernier, le chef de l'opposition a assuré qu'il n'existait aucun plan pour «mettre Sébastopol à genoux», contrairement à ce que prétendent des sympathisants d'Ianoukovitch.