Karzaï congédie quelques chefs de guerre

Kaboul — Le président afghan Hamid Karzaï a écarté plusieurs chefs de guerre régionaux de son nouveau gouvernement, dont la liste a été présentée hier, et remplacé ces rivaux par des personnalités plus à même de gagner la confiance des créanciers occidentaux de Kaboul.

Au pouvoir depuis trois ans, Karzaï, un Pachtoune, a été officiellement confirmé dans ses fonctions il y a un peu plus de deux mois, au terme des premières élections démocratiques de l'histoire du pays. Comme prévu, il a choisi de se séparer de son ministre de la Défense Qasim Fahim, avec lequel il s'était brouillé lors de la campagne présidentielle.

Tadjik de souche et appartenant à la faction Panjsheri, Fahim était un commandant de l'Alliance du Nord qui a résisté contre les talibans avant de participer avec les Américains fin 2001 à la reconquête du pays. Il est remplacé à la Défense par le Pachtoune Rahim Wardak, ancien général formé par l'armée américaine et qui était vice-ministre de la Défense dans le gouvernement intérimaire.

Haut dirigeant de l'Alliance du Nord, l'ancien ministre de l'Éducation Younès Qanuni, arrivé deuxième de la présidentielle, ne figure pas non plus dans le nouveau gouvernement, ce qui constitue une surprise puisque beaucoup s'attendaient à ce que Karzaï le garde à ses côtés.

«Les moudjahidines ne sont pas représentés comme ils l'espéraient. Ceci pourrait entraîner de violentes réactions», a noté Hamidullah Tarzi, un ancien ministre des Finances.

Karzaï a en revanche nommé ministre des Femmes Massouda Jalal, qui était la seule femme parmi les 18 candidats à l'élection. Une autre femme a reçu un portefeuille ministériel. Et une troisième doit entrer au gouvernement dans un mois, a précisé un responsable.

Conformément à la nouvelle Constitution, les ministres doivent être diplômés. Et les chefs de guerre ne peuvent plus prétendre à un poste ministériel du seul fait qu'ils ont eu des responsabilités militaires dans la victoire contre les talibans.

Karzaï avait été contraint d'inclure les puissants responsables régionaux dans le gouvernement intérimaire pour tenter d'apaiser la situation après 25 années de guerre.

Le président a par ailleurs décidé de créer un nouveau ministère chargé de la Lutte contre les stupéfiants. Il a été confié à l'ingénieur Habidullah Qaderi.

Le docteur Abdullah Abdullah, également membre de la faction Panjsheri, conserve de son côté les Affaires étrangères. Mais l'ancien ministre des Finances, Ashraf Ghani Ahmadzaï, un ancien responsable de la Banque mondiale qui possède la nationalité américaine, a été remplacé par un homme également très expérimenté, l'actuel gouverneur de la Banque centrale afghane Anwarul-Haq Ahadi.

Karzaï a décidé que les ministres ne pouvaient avoir une double nationalité. En vertu de cette règle, le ministre de l'Intérieur Ali Ahmad Jalali conservera son poste s'il renonce à son passeport américain. Figure légendaire de la résistance afghane, l'ancien gouverneur de Herat Ismail Khan obtient de son côté le ministère de l'Eau et de l'Énergie.