Vladimir Poutine défend la zone d'influence russe

Le maître du Kremlin n’avait pas l’esprit à la fête.
Photo: Agence Reuters Le maître du Kremlin n’avait pas l’esprit à la fête.

Moscou — Le président russe Vladimir Poutine a mis en garde hier, dans une allusion transparente à l'Ukraine, contre des «révolutions permanentes» pouvant plonger l'espace ex-soviétique dans des conflits «à la yougoslave», tout en adressant des critiques voilées aux États-Unis.

Par ailleurs, il a saisi l'occasion de sa grande conférence de presse annuelle pour justifier la nationalisation de facto du groupe pétrolier Ioukos en soulignant que l'État avait utilisé «des mécanismes légaux de marché» pour assurer ses intérêts. Interrogé sur la décision — ignorée par Moscou — d'un tribunal américain demandant une suspension de la vente des actifs de Ioukos, il l'a qualifiée d'«inadmissible du point de vue du droit» et d'«un non-respect de la courtoisie internationale».

L'affaire ukrainienne est revenue à plusieurs reprises dans les questions concernant la politique étrangère et, s'il n'a plus attaqué frontalement l'Occident comme il l'avait fait au début du mois, M. Poutine a dénoncé les «méthodes hors-la-loi» utilisées dans la lutte politique et qui risquent, selon lui, de «plonger l'espace post-soviétique dans des conflits sans fin».

Le président russe a parlé de «révolutions roses ou bleues», dans une allusion à la fois à «la révolution de la rose» qui a placé le pro-occidental Mikhaïl Saakachvili aux commandes en Géorgie et à la «révolution orange» qui est sur le point d'offrir le pouvoir en Ukraine à Viktor Iouchtchenko.

Et il a évoqué plusieurs fois le «modèle yougoslave», insistant sur le fait qu'il excluait un tel scénario de «dislocation» pour «l'espace post-soviétique».

Le rôle présumé des États-Unis dans l'évolution de l'Ukraine a été abordé au conditionnel, sans cacher toutefois les appréhensions de Moscou et les soupçons de voir Washington chercher à «isoler», voire à «ébranler» la Russie.

Interrogé sur l'idée, évoquée par le président polonais Aleksander Kwasniewski, selon laquelle Washington préférerait une «Russie sans l'Ukraine», M. Poutine s'est demandé si cela avait été dit «pour exprimer le désir de limiter les possibilités de la Russie de développer ses relations avec ses voisins, d'isoler la Russie».

«Je ne pense pas que ce soit le sens de la politique des États-Unis», a-t-il toutefois ajouté, tout en annonçant que lors de sa prochaine rencontre avec le président George W. Bush, prévue en février en Slovaquie, il «lui poserait cette question».

«S'il en était ainsi, on comprendrait mieux les positions [américaines] sur la Tchétchénie [...], cela voudrait dire qu'on y crée des conditions pour ébranler la Fédération russe», a encore dit M. Poutine.

Il a envoyé une pique au chef de l'État polonais, déclarant que ses propos faisaient penser à «une déclaration non pas d'un président en exercice, mais d'un homme qui cherche un emploi parce que son mandat est sur le point d'expirer», dans une allusion aux projets prêtés à M. Kwasniewski de briguer un poste international.

Concernant le candidat pro-occidental à la présidence ukrainienne Viktor Iouchtchenko, qui a exprimé l'intention de réserver à Moscou, en cas de victoire, sa première visite à l'étranger, le président russe a dit qu'il le connaissait et avait une «bonne relation» avec lui.

«Nous travaillerons avec le président élu quel qu'il soit», a réaffirmé M. Poutine.

Il n'en a pas moins mis en garde contre «l'entourage» de M. Iouchtchenko, souhaitant qu'il n'ait pas recours «à des slogans anti-russes et, disons, sionistes», sans préciser la signification qu'il souhaitait donner à ce dernier mot, compris comme voulant dire «antisémites» par les journalistes présents.