Après un an d'exil au Chili - Menem de retour en Argentine

Buenos Aires — L'ex-président argentin Carlos Menem (1989-99), assuré par la justice de ne pas être emprisonné, devait revenir hier en Argentine après plus d'un an d'exil au Chili avec l'ambition de se présenter à la présidentielle de 2007 et de mener l'opposition au président Nestor Kirchner.

Ce retour à trois jours de Noël s'explique par la décision de la justice argentine de lever les mandats d'arrêt dans les deux dossiers instruits pour corruption à son encontre. Son épouse, l'ancien mannequin Cecilia Bolocco, et leur enfant d'un an, Maximo Saul, avec lesquels il vivait au Chili, ont prévu de le rejoindre un peu plus tard, juste avant les Fêtes.

Ses partisans, parents, amis ou anciens membres de son gouvernement, se préparaient hier à l'accueillir en grande pompe. Certains d'entre eux n'ont pas hésité à participer à l'effort financier pour verser la caution de un million de dollars réclamée par le juge Norberto Oyarbide en échange de la levée des mandats d'arrêt.

Dans le dossier instruit par le juge Oyarbide, M. Menem est accusé d'avoir omis de déclarer un compte en Suisse d'un montant de 600 000 $US. Dans l'autre procédure conduite par le magistrat Jorge Urso, il est soupçonné de corruption dans la construction de deux prisons dans la province de Buenos Aires.

À La Rioja, son ancien fief qu'il a gouverné à trois reprises, il sera sûrement davantage le bienvenu qu'à Buenos Aires, où il a prévu de se rendre lundi pour comparaître devant la justice.

Véritable «animal politique», comme l'a qualifié le ministre de l'Intérieur, Anibal Fernandez, M. Menem veut se présenter à l'élection présidentielle de 2007, malgré une popularité au plus bas, et souhaite prendre la tête de l'opposition au président Nestor Kirchner. Si les deux hommes appartiennent au parti péroniste, leurs positions idéologiques sont radicalement opposées, notamment sur la politique économique du pays ou encore sur le dossier des droits de l'homme.

Lors de la dernière présidentielle, en mars 2003, M. Kirchner, jusqu'alors un obscur gouverneur d'une province de Patagonie, avait gagné après que M. Menem (qui avait recueilli 24,45 % des suffrages au premier tour, contre 22,24 % pour M. Kirchner) eut renoncé à se présenter au second tour en raison des sondages qui lui présidaient une défaite cuisante.

Nestor Kirchner est particulièrement critique de la politique économique néolibérale menée par son prédécesseur durant dix ans, estimant qu'elle est à l'origine de la crise financière de 2002 qui a conduit l'Argentine à la quasi-faillite. Il a également remis en cause la politique d'amnistie de Menem à l'égard des crimes de la dictature militaire (1976-83).