Les otages français sont libres

Christian Chesnot et Georges Malbrunot
Photo: Agence France-Presse (photo) Christian Chesnot et Georges Malbrunot

Paris — La nouvelle a été accueillie comme un immense cadeau de Noël. À trois jours du réveillon, les otages français Christian Chesnot et Georges Malbrunot ont été libérés. C'est la chaîne de télévision al-Jazira qui a annoncé la nouvelle que toute la France attendait impatiemment sans désespérer depuis 124 jours.

Sur la place de l'hôtel de ville de Paris, les portraits géants des deux journalistes ont aussitôt été décrochés pendant que tous les représentants de la société se félicitaient de cette libération inattendue.

Les otages ont été remis aux autorités françaises, ils ont passé la nuit dans un lieu sécurisé à Bagdad et devaient être de retour dès aujourd'hui, a annoncé le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Hervé Ladsous. À la demande du premier ministre Jean-Pierre Raffarin, le ministre des Affaires étrangères, Michel Barnier, est parti dans la nuit chercher les deux otages libérés.

Une soixantaine de personnes se sont rassemblées spontanément hier soir à la mairie de Baugé (Maine-et-Loire) où habitent les parents de Christian Chesnot. «On n'y croit pas encore», a dit sa mère, Denise Chesnot. «Ils passeront la nuit à Badgad dans un lieu sécurisé», a confirmé Bernard Malbrunot, le frère de Georges.

C'est le président Jacques Chirac qui lui a annoncé la nouvelle. Celui-ci a écourté ses vacances à Marrakech pour rentrer aujourd'hui accueillir les otages à Paris.

L'Assemblée nationale a interrompu ses travaux pendant cinq minutes à l'annonce de la nouvelle. Elle a chaudement applaudi le premier ministre Jean-Pierre Raffarin qui a souligné la «démarche constante, difficile et discrète» de la diplomatie française. Dans les rédactions de Radio-France international et du quotidien Le Figaro, où travaillaient les deux journalistes, on sablait le champagne.

Il faut dire que l'enlèvement de Christian Chesnot et Georges Malbrunot a déclenché il y a quatre mois un mouvement de solidarité sans précédent. Chaque jour, la radio française diffusait un message d'une personnalité appelant à ne pas les oublier. Ce front uni n'avait pas faibli malgré la durée exceptionnellement longue de cette détention.

«Hamdullilah!» (Dieu soit loué), a déclaré Dalil Boubakeur, recteur de la grande mosquée de Paris qui s'était rendu à Bagdad avec des représentants des organisations musulmanes française pour exiger la libération des otages. Signe de cette unité toujours présente, l'Union des étudiants juifs de France a dit espérer que ce dénouement heureux redonne «davantage de sérénité à la société française par rapport aux problématiques du Moyen-Orient».

Alors que la France boycotte plus souvent qu'autrement l'actuel gouvernement irakien, l'ancien premier ministre Édouard Balladur a souhaité que «les conditions soient réunies afin qu'à l'issue des prochaines élections, le gouvernement irakien soit doté de toute la force légale et morale pour restaurer la stabilité et la sécurité du pays».

Dans ce concert de louanges, seul le premier secrétaire du Parti socialiste français François Hollande a demandé des explications sur «ce qui s'est passé durant ces quatre mois et la manière dont s'est déroulée la négociation».

Ces circonstances demeurent pour l'instant nébuleuses. Depuis plusieurs mois, la diplomatie française avait mobilisé tous ses contacts dans le monde arabe. De nombreux représentants politiques et religieux musulmans ont réclamé la libération des otages: de Muammar Kadhafi à Yasser Arafat, en passant par de nombreux imams.

Depuis la guerre du Liban, la France a une longue expérience de ce genre de situation. «Il y a certainement un volet politique et un volet financier qui ont été négociés», disait hier le journaliste Roger Auque, lui-même un ancien otage. Il faudra des semaines, sinon des années, pour savoir comment la diplomatie française est parvenue à réaliser ce tour de force.

Selon le communiqué transmis par al-Jazira, l'Armée islamique en Irak qui a revendiqué l'enlèvement estime que «la preuve a été faite qu'ils [les otages] n'espionnaient pas pour le compte des forces américaines». Cette libération répond, dit aussi le communiqué, aux «appels» des organisations musulmanes et elle tient compte de l'«appréciation de l'attitude du gouvernement français sur la question irakienne, et de celle des deux journalistes sur la cause palestinienne».

L'Armée islamique en Irak a déjà revendiqué l'assassinat d'agents de sécurité américains, de travailleurs pakistanais. Elle a décapité le journaliste italien Enzo Baldoni et fait plier les Philippines, qui ont retiré leur contingent en Irak après une prise d'otages.

Lorsque Christian Chesnot et Georges Malbrunot avaient été enlevés avec leur guide syrien sur la route de Nadjaf, les kidnappeurs avaient d'abord exigé de la France le retrait de sa loi bannissant le voile islamique des écoles. Pendant ces quatre mois, de nombreux contacts ont été établis avec les terroristes, et les autorités françaises ont toujours affiché leur optimisme et soutenu que les otages étaient en bonne santé.

Il y a quelques semaines, le député de droite Didier Julia avait pris l'initiative de se rendre en Irak pour tenter de libérer, sans succès, les otages. La démarche avait été condamnée par le gouvernement. Dans une interview au quotidien Le Parisien, il affirme aujourd'hui qu'il n'y a pas eu de demande de rançon. «Les ravisseurs étaient tous d'accord sur le principe de leur libération, dit-il. Mais la situation en Irak est tellement explosive que cela la rendait périlleuse.»

Leur accompagnateur syrien, Mohamed al-Joundi, a été retrouvé le 12 novembre dernier à Falloujah par les soldats américains, qu'il accuse de l'avoir maltraité. Il a déclaré à la chaîne d'information LCI que cette libération arrive à un moment crucial en Irak et qu'elle a probablement été retardée pour des raisons politiques.

Selon Antoine Basbous, directeur de l'Observatoire des pays arabes, il faut peut-être chercher les causes de cette libération dans les déclarations récentes de l'avocat de Saddam Hussein, qui a loué l'opposition de la France et de l'Allemagne à la guerre en Irak. Chose certaine, «l'Armée islamique se fout de Noël», dit-il.
1 commentaire
  • franck thomas - Inscrit 23 décembre 2004 13 h 20

    UN AVIS.

    La decence du gouvernement francais ,vis-a-vis des motifs avances,pour plonger l'Irak dans la guerre,puis le chaos,a ete tres payante.
    Franck THOMAS.