Le Palestinien le plus populaire après Arafat - Israël juge Barghouthi

Marouan Barghouthi, le responsable palestinien le plus populaire après Yasser Arafat.
Photo: Agence Reuters Marouan Barghouthi, le responsable palestinien le plus populaire après Yasser Arafat.

Israël s'apprête à juger Marouan Barghouthi, le responsable palestinien le plus populaire après Yasser Arafat. Considéré comme l'âme de la deuxième intifada, le dirigeant du Fatah en Cisjordanie doit comparaître aujourd'hui devant le tribunal de Tel-Aviv pour l'organisation de plusieurs attentats meurtriers. L'État hébreu compte sur ce procès pour décrédibiliser l'Autorité palestinienne, en la présentant comme un pouvoir terroriste.

Jérusalem — Le ministère israélien de la Justice a indiqué hier son intention de poursuivre pour «meurtre» Marouane Barghouthi, l'un des dirigeants du Fatah de Yasser Arafat, qui serait indirectement visé par cette action judiciaire, selon l'avocat de l'accusé.

Barghouthi, secrétaire général du Fatah pour la Cisjordanie et figure clé de la seconde intifada, est détenu depuis son arrestation par les troupes israéliennes, le 15 avril dernier. Cette inculpation constitue la première action israélienne devant une juridiction civile contre un haut responsable palestinien depuis le début du deuxième soulèvement palestinien dans les territoires occupés en septembre 2000.

Parmi les charges retenues contre Barghouthi, qu'un tribunal de Tel-Aviv devrait valider aujourd'hui, figurent meurtre, incitation au meurtre, tentative de meurtre ainsi que son rôle de dirigeant des Brigades des Martyrs d'al-Aksa, le bras armé du Fatah.

L'acte d'accusation devrait aussi mentionner que Barghouthi est «un élément central du processus de décision qui a conduit au cours des deux dernières années aux dizaines d'attaques ayant coûté la vie à des dizaines de citoyens israéliens tandis que plusieurs centaines d'autres étaient blessés», selon un communiqué du ministère.

Marouane Barghouthi soutient qu'il est un dirigeant politique et qu'il n'a pas été impliqué dans la préparation d'actions violentes.

L'avocat de Barghouthi, Khader Shkirat, a déclaré à Reuters qu'Israël voulait faire un procès médiatique. Il a ajouté que le tribunal de Tel-Aviv saisi par les autorités judiciaires israéliennes n'était pas compétent pour juger Barghouthi et qu'il rejetterait en bloc les accusations formulées à l'encontre de son client. «L'idée derrière tout ça, c'est qu'à travers Marouane, les Israéliens veulent atteindre la direction palestinienne et Arafat, et établir un lien entre lui et tout ce qui s'est passé, et délégitimiser le mouvement national», a affirmé Khader Shkirat.

«Notre stratégie sera une occasion en or de dévoiler les crimes commis par l'occupation», a-t-il ajouté.

Les Palestiniens accusés d'être impliqués dans les attaques contre Israël sont habituellement jugés devant des tribunaux militaires, moins exposés médiatiquement.

«Nous avons demandé à ce que le procès se déroule devant un tribunal public et non pas devant un tribunal militaire pour qu'il soit ouvert à tout le monde», a déclaré un porte-parole du ministère israélien de la Justice.

«Marouane va devenir un grand symbole national avec le procès», a déclaré à Reuters Abbas Zaki, membre du comité central du Fatah. «Cela va rendre la jeunesse encore plus déterminée à poursuivre le combat contre l'occupation.»

Barghouthi, âgé d'un peu plus de 40 ans, a été un jeune activiste lors de la première intifada entre 1987 et 1993, et il a appris l'hébreu dans les prisons israéliennes, prônant ensuite la coexistence pacifique entre Palestiniens et Israéliens au sein de deux États voisins.

Au lendemain de son arrestation en avril, sa cote de popularité avait grimpé et il figurait au deuxième rang des personnalités les plus populaires chez les Palestiniens, derrière Yasser Arafat.

Un candidat travailliste

Par ailleurs, sur le plan politique israélien, Amram Mitzna, ancien général de l'armée israélienne connu pour ses opinions de gauche et l'un des principaux détracteurs de la politique d'Ariel Sharon à l'encontre des Palestiniens, a annoncé hier son intention de briguer la présidence du Parti travailliste.

Il a parallèlement appelé à une reprise immédiate des négociations de paix avec les Palestiniens.

Selon un sondage rendu public au cours du week-end dernier, Mitzna, par ailleurs maire de Haïfa, pourrait l'emporter face à l'actuel ministre travailliste de la défense Benyamin Ben-Eliezer et prendre ainsi la tête du principal parti de la coalition au pouvoir en Israël.

Mitzna avait été l'un des rares officiers à critiquer l'invasion du Liban en 1982, planifiée par Sharon et au cours de laquelle des milices chrétiennes pro-israéliennes avaient massacré de nombreux réfugiés palestiniens dans les camps de Sabra et Chatila.

À Washington, le département d'État américain a réaffirmé hier son hostilité aux expulsions par Israël de membres de familles de Palestiniens impliqués dans des attentats. «Nous avons dit [à Israël] que nous ne pensions pas que des actions punitives contre des innocents résoudraient les problèmes de sécurité du pays», a déclaré le porte-parole adjoint du département d'État, Philip Reeker.

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