La région de Kherson, à deux doigts de l’annexion

Des habitants de Kherson tiennent une banderole indiquant que «Kherson est en Ukraine», lors d’un rassemblement contre l’occupation russe le 20 mars 2022.
Photo: Olexandr Chornyi Associated Press Des habitants de Kherson tiennent une banderole indiquant que «Kherson est en Ukraine», lors d’un rassemblement contre l’occupation russe le 20 mars 2022.

La région ukrainienne de Kherson, occupée par les Russes depuis début mars, va demander à être annexée par la Russie, a affirmé mercredi un de ses responsables prorusses, alors que les livraisons de gaz russe à l’Allemagne transitant par l’Ukraine étaient pour la première fois affectées par le conflit.

« Il y aura une demande [adressée au président russe] pour intégrer la région de Kherson en tant que sujet à part entière de la Fédération de Russie », a déclaré Kirill Stremooussov, chef adjoint de l’administration de la cité côtière de Kherson, seule ville ukrainienne d’importance dont les Russes ont revendiqué le contrôle total en deux mois et demi de guerre en Ukraine.

« La base juridique […] sera prête avant la fin de l’année », a-t-il affirmé, ajoutant que, comme la communauté internationale n’avait pas reconnu le référendum de rattachement de la Crimée à la Russie de 2014, la région de Kherson n’organiserait pas de tel scrutin.

Vendredi, un haut responsable parlementaire russe, Andreï Tourtchak, avait déjà affirmé, en visite à Kherson, que la Russie resterait « pour toujours » dans le sud de l’Ukraine.

Kiev accusait depuis plusieurs semaines Moscou de vouloir organiser dans cette région un référendum sur l’indépendance, comme cela a été fait en 2014 en Crimée, après que Moscou eut repris le contrôle de la péninsule. Moscou avait annexé la Crimée dans la foulée.

« Les envahisseurs pourraient aussi bien demander à rejoindre Mars ou Jupiter. L’armée ukrainienne libérera Kherson, quels que soient leurs jeux de mots », a réagi Mykhaïlo Podoliak, conseiller de la présidence ukrainienne, dans un tweet.

Objectif Transnistrie ?

Ces déclarations surviennent alors que la cheffe du renseignement américain, Avril Haines, a averti mardi que le président russe, Vladimir Poutine, se préparait « à un conflit prolongé » et visait « des objectifs au-delà du Donbass ».

Selon elle, la Russie a dans son viseur la Transnistrie, région séparatiste de Moldavie, dont la pointe sud n’est qu’à une soixantaine de kilomètres de la grande ville ukrainienne d’Odessa, sur la mer Noire.

Le commandement ukrainien pour le sud souligne d’ailleurs que les troupes russes frappent « sans merci » la région de Mykolaïv, ultime verrou avant Odessa. « Des maisons privées, des installations agricoles ont été endommagées, et l’alimentation en électricité de l’une des localités a été interrompue », a-t-il affirmé dans la nuit de mardi à mercredi.

Fin avril et début mai, des explosions ont secoué la Transnistrie, alimentant les craintes d’une extension du conflit. L’Union européenne avait annoncé le 4 mai qu’elle allait « considérablement accroître » son aide militaire à la Moldavie.

Mercredi, le gouverneur de la région russe de Belgorod, voisine de l’Ukraine dans le sud-ouest de la Russie, a par ailleurs affirmé que des bombardements en provenance d’Ukraine avaient fait un mort et trois blessés.

Il a précisé que la situation était « la plus difficile » qu’ait connue sa région depuis le début de l’offensive russe, le 24 février.

Baisse des livraisons gazières

Les livraisons de gaz russe à l’Allemagne transitant par l’Ukraine étaient par ailleurs en baisse mercredi, de 25 %, pour la première fois depuis le début du conflit.

« En raison de la réduction du transit, les volumes de gaz acheminés vers l’Allemagne via l’Ukraine [par le gazoduc Megal] ont diminué de 25 % par rapport » à mardi, a précisé l’agence gouvernementale allemande chargée de l’énergie. Elle a assuré toutefois que cette baisse était compensée par des flux plus importants en provenance notamment de Norvège et des Pays-Bas.

Ukrainiens et Russes se sont rejeté la responsabilité de ces perturbations : l’exploitant ukrainien des gazoducs OGTSOU avait prévenu mardi soir qu’il fermerait mercredi l’un des robinets livrant du gaz à l’Europe, invoquant un cas de « force majeure » après que les forces russes eurent, selon lui, pénétré dans ses installations de la région de Louhansk, au cœur du Donbass.

Mais Gazprom a réfuté cette notion de « force majeure », et affirmé qu’il était impossible de dérouter les livraisons par un autre point de passage, comme le demandaient les Ukrainiens.

Jusqu’à présent, tant Moscou que Kiev maintenaient les flux de transit vers l’Allemagne. L’Union européenne s’efforce néanmoins de se préparer à une rupture de ses approvisionnements depuis que la Russie a ordonné le paiement des livraisons en roubles — coupant, fin avril, les livraisons à la Pologne et à la Bulgarie qui refusaient de s’exécuter. L’Allemagne a, elle, déjà réduit sa dépendance au gaz russe de 55 % à 35 % ces dernières semaines.

« Cent ans » de conséquences

Ces perturbations gazières surviennent alors que la Russie gagne lentement du terrain dans le Donbass.

Les villes jumelles de Severodonetsk et Lyssytchansk, assiégées, semblent notamment pouvoir tomber à tout moment, a constaté l’Agence France-Presse. Les offensives russes « arrivent par vagues », selon un soldat interrogé sur place, nécessitant des opérations périlleuses d’évacuation des blessés.

Kiev se félicite en revanche d’avoir fait reculer les forces russes qui tiraient depuis des semaines sur les quartiers nord-est de Kharkiv, deuxième ville du pays, et d’avoir repris quelques petites localités de cette région toute proche de la frontière russe. « Les occupants sont progressivement repoussés de Kharkiv », a affirmé le président Volodymyr Zelensky dans une vidéo mardi soir, saluant les combattants ukrainiens qui « font preuve d’une force surhumaine pour chasser l’armée d’envahisseurs ».

L’Ukraine devra « lutter pendant cent ans » contre les conséquences de la guerre, a prédit mercredi le chancelier allemand, Olaf Scholz. « Ceux qui vivent en Allemagne savent que des bombes tombées pendant la Seconde Guerre mondiale sont encore découvertes aujourd’hui et que les alertes à la bombe continuent », a-t-il ajouté lors d’un point presse à Berlin.

 

Arrivée prochaine d’Ukrainiens au pays

Trois vols nolisés pour amener des Ukrainiens au Canada quitteront la Pologne dans les prochaines semaines. Le ministre fédéral de l’Immigration, Sean Fraser, a déclaré mercredi que les vols nolisés seront disponibles pour certains des plus de 90 000 Ukrainiens dont le dossier a été approuvé pour un voyage d’urgence au Canada. M. Fraser indique que ces vols partiront de la Pologne, avec des sièges disponibles selon le principe du premier arrivé, premier servi. Le premier vol partira pour Winnipeg le 23 mai, le deuxième s’envolera pour Montréal le 29 mai, et le troisième décollera le 2 juin pour Halifax. Le ministre affirme que les vols nolisés s’ajoutent aux options commerciales, subventionnées par un fonds spécial, qui sont disponibles pour les Ukrainiens qui fuient la guerre menée par l’armée russe dans leur pays.

La Presse canadienne



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