L’armée russe défend «la patrie» en Ukraine, affirme Poutine en célébrant 1945

La Russie célébrait le 77e anniversaire de la victoire sur l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale lundi. Pour l’occasion, des personnes se sont rassemblées sur la place Rouge, dans le centre de Moscou, pour participer à la marche du Régiment immortel.
Photo: Natalia Kolesnikova Agence France-Presse La Russie célébrait le 77e anniversaire de la victoire sur l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale lundi. Pour l’occasion, des personnes se sont rassemblées sur la place Rouge, dans le centre de Moscou, pour participer à la marche du Régiment immortel.

Le président russe, Vladimir Poutine, a proclamé lundi que son armée combattait en Ukraine pour défendre « la patrie » face à la « menace inacceptable » que représente son voisin soutenu par l’Occident, devant des milliers de soldats russes défilant sur la place Rouge, à Moscou, pour marquer l’anniversaire de la victoire de 1945 sur l’Allemagne nazie.

Peu auparavant, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, promettait que son pays ne laisserait pas Moscou « s’approprier la victoire sur le nazisme » et disait croire à une victoire prochaine de l’Ukraine contre les forces russes.

« Vous n’êtes pas seuls. L’Union européenne est à vos côtés » face à l’« agression » russe, a déclaré à l’adresse du peuple ukrainien le président du Conseil européen, Charles Michel, en visite surprise à Odessa (sud de l’Ukraine) avec le premier ministre local, Denys Chmygal. « Nous serons avec vous aussi longtemps qu’il le faudra », a-t-il poursuivi.

À Moscou, lors du défilé militaire sur la place Rouge, Vladimir Poutine a de son côté réitéré ses arguments et accusations pour justifier son invasion de l’Ukraine lancée le 24 février. « Je m’adresse à nos forces armées : vous vous battez pour la patrie, pour son avenir », a-t-il lancé.

Il a répété que les autorités ukrainiennes préparaient une attaque contre des séparatistes prorusses de l’est du pays, voulaient se doter de la bombe atomique et étaient soutenues par l’OTAN.

« Une menace absolument inacceptable se constituait, directement à nos frontières », a-t-il affirmé.

Les forces de l’ordre, déployées sur le parcours du défilé à travers le centre-ville, portaient à l’épaule droite la lettre « Z », devenue un symbole des partisans de l’offensive en Ukraine, car elle orne les véhicules et les blindés d’unités russes participant au conflit.

« 20 000 cercueils »

Après le discours, 11 000 soldats et des dizaines de véhicules, dont des lance-missiles stratégiques et des chars, sont passés sur la place Rouge. Parmi eux, des unités présentées comme revenant du front ukrainien. La partie aérienne a dû être annulée à cause d’une météo défavorable, selon le Kremlin.

À Washington, le porte-parole de la diplomatie américaine, Ned Price, a qualifié d’« absurdité flagrante » et d’« insulte » aux victimes de la Seconde Guerre mondiale les affirmations du président Poutine selon lesquelles l’invasion russe serait « préventive ».

Depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, en 2000, la traditionnelle parade du 9 mai célèbre autant la victoire soviétique sur l’Allemagne nazie que la puissance russe retrouvée après la chute de l’URSS. Le président russe s’efforce aussi de placer le conflit en Ukraine dans la droite ligne de 1945, qualifiant l’adversaire de « néonazi ».

Dans un message vidéo publié une heure avant le discours du président russe, Volodymyr Zelensky a déclaré : « Nous ne laisserons personne annexer cette victoire, se l’approprier. »

« Le jour de la victoire sur les nazis, nous nous battons pour une autre victoire. La voie vers cette victoire est longue, mais nous n’avons pas de doutes », a-t-il souligné, marchant dans Khrechtchatyk, l’avenue centrale de Kiev. « Nous avons vaincu à l’époque, nous vaincrons maintenant. »

Deux mois et demi après l’entrée des forces russes sur le territoire de leur voisin, les combats se concentrent dans l’est, la Russie ayant dû revoir à la baisse son ambition de prendre le pays et Kiev, sa capitale, face à la résistance des Ukrainiens, armés par les Occidentaux.

« Poutine aurait mieux fait de faire participer des dizaines de soldats russes blessés à ce défilé en Russie », a lancé avec ironie Ievguen Ienine, premier vice-ministre de l’Intérieur ukrainien. « Ou bien de faire porter 20 000 cercueils à travers la place Rouge afin que les mères russes voient comment leurs fils sont morts ou ont été estropiés en Ukraine. »

Conseil des droits de l’homme

« Les pays de l’OTAN n’avaient pas l’intention d’attaquer la Russie. L’Ukraine n’avait pas l’intention d’attaquer la Crimée. L’armée russe est en train de mourir non pas en défendant son pays, mais en essayant d’en occuper un autre », a déclaré Mikhaïlo Podoliak, conseiller de la présidence ukrainienne, sur Twitter.

À Kiev, la place de l’Indépendance, la célèbre « Maïdan », était quasiment vide, sous la surveillance de quelques patrouilles de police, tandis que le calme était rompu de temps en temps par le hurlement des sirènes d’alarme antibombardement.

« Quoi [que Poutine] dise, nous devons faire ce qu’il faut pour gagner et libérer notre terre. C’est tout », dit Mykola, 75 ans, diplomate à la retraite.

Soixante civils ont péri dans le bombardement par la Russie d’une école où ils se réfugiaient, dans l’est de l’Ukraine, a déclaré dimanche soir le président ukrainien, lors d’un sommet du G7.

Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, s’est dit « horrifié ».

Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU va organiser jeudi, à la suite d’une demande de Kiev soutenue par des dizaines de pays, une séance extraordinaire sur « la détérioration de la situation des droits de la personne en Ukraine ».

Dans un discours prononcé lundi, le ministre britannique de la Défense, Ben Wallace, a indiqué que les généraux russes devraient être traduits devant une cour martiale pour leurs actes commis en Ukraine, « totalement complices du détournement par Poutine de la fière histoire de leurs ancêtres ».

Le président français, Emmanuel Macron, a déclaré lundi que pour mettre fin à la guerre menée en Ukraine par l’armée russe, il faudra construire la paix sans « humilier » la Russie.

Prix Pulitzer spécial pour les journalistes ukrainiens

Les journalistes ukrainiens se voient décerner un prix Pulitzer spécial pour le « courage » qu’a nécessité la couverture de l’invasion de leur pays par la Russie, a annoncé lundi l’association responsable des récompenses les plus prestigieuses de la presse américaine.

 

Marjorie Miller, des prix Pulitzer, a salué « le courage, l’endurance et l’engagement dont ont dû faire preuve les journalistes d’Ukraine pour rapporter la vérité pendant l’invasion impitoyable de leur pays par Vladimir Poutine et sa guerre de propagande en Russie ».

 

« Malgré les bombardements, les enlèvements, l’occupation et même les personnes tuées dans leurs rangs, [les journalistes ukrainiens] ont persévéré pour fournir une image précise d’une terrible réalité, faisant honneur à l’Ukraine et aux journalistes à travers le monde », a jugé Mme Miller, qui s’exprimait lors d’une cérémonie de remise des récompenses à New York.

 

D’après le Comité pour la protection des journalistes, une ONG internationale basée à New York, sept journalistes — dont trois Ukrainiens — ont été tués en Ukraine depuis le 24 février en couvrant la guerre contre la Russie. L’association enquête sur la mort de cinq autres journalistes ukrainiens pour confirmer que leur décès est bien lié à l’exercice de leur profession.



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