Pas d’impact majeur en vue pour la Russie malgré l’embargo européen sur son pétrole

De «violents combats» étaient en cours mercredi sur le site d’Azovstal à Marioupol, a affirmé son maire, Vadim Boïtchenko, bien que Moscou ait assuré ne pas donner l’assaut sur cette immense usine où sont retranchés des combattants ukrainiens.
Photo: Associated Press De «violents combats» étaient en cours mercredi sur le site d’Azovstal à Marioupol, a affirmé son maire, Vadim Boïtchenko, bien que Moscou ait assuré ne pas donner l’assaut sur cette immense usine où sont retranchés des combattants ukrainiens.

Si l’Union européenne met bien en place l’embargo « progressif » sur le pétrole russe qu’elle a annoncé mercredi, cette sanction aura des conséquences somme toute limitées sur l’économie de la Russie, selon des experts contactés par Le Devoir.

« Nous renoncerons progressivement aux livraisons russes de pétrole brut dans les six mois, et à celles de produits raffinés d’ici à la fin de l’année », a déclaré mercredi la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, depuis Strasbourg. Cette mesure sans précédent comporte par contre une exemption pour la Slovaquie et la Hongrie, qui sont largement dépendantes du pétrole russe.

La Hongrie a tout de même rejeté la proposition « dans sa forme actuelle », qui doit être appuyée par les 27 États membres pour être adoptée, jugeant qu’une telle mesure « détruirait complètement » sa sécurité énergétique. Des pourparlers à l’interne restent donc à mener afin de concrétiser cet embargo.

Si l’annonce est, certes, spectaculaire et frappe l’imaginaire, elle ne mettra pas l’économie russe à terre, selon le professeur au Département des sciences économiques de l’UQAM et titulaire de la Chaire de recherche sur l’impact local des firmes multinationales Julien Martin. « Là où la Russie fait son argent, c’est avec son pétrole. Elle trouvera encore des endroits où le vendre, comme en Chine, ou peut-être en Inde et dans certains pays africains », explique-t-il.

D’après le professeur, « tant que la Chine continuera à acheter de l’énergie russe, l’économie russe ne s’effondrera pas ». Le régime de Xi Jinping, prudent, n’a pas commenté l’éventuel embargo européen, mais rien ne laisse présager une éventuelle rupture des exportations pétrolières russes en direction de la Chine.

Le professeur au Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale de l’UQAM Mark Purdon croit aussi que la Russie saura se relever de cette nouvelle sanction économique. « Historiquement, les Russes sont capables de vivre avec des douleurs et des difficultés assez importantes. »

Aussi, bien que disposant de solutions de rechange, l’Union européenne sait pertinemment que la mise en place de cet embargo lui causera des difficultés : environ le quart de ses importations de pétrole provient de Russie. « Les gens en Europe vont continuer d’avoir besoin d’eau chaude et de se chauffer, ils ne réduiront pas leur consommation d’énergie », soutient le professeur Martin. « Le renchérissement du coût de l’énergie va potentiellement créer un ralentissement économique, puisque les gens vont payer plus pour l’énergie, donc moins pour d’autres produits. »

Il semble donc que, si cette nouvelle sanction cause certains dommages tant pour la Russie que pour l’Union européenne, elle n’aura cependant pas d’effets dévastateurs dans un camp ou l’autre.

Cessez-le-feu à l’usine Azovstal

Par ailleurs, la Russie a annoncé mercredi un cessez-le-feu de trois jours à l’usine Azovstal de Marioupol afin d’évacuer les civils terrés dans ce site assiégé. Ils seront autorisés à gagner tant la Russie que les territoires sous le contrôle de Kiev, selon un communiqué du ministère russe de la Défense.

« Les forces armées russes vont ouvrir un couloir humanitaire de 8 h à 18 h, heure de Moscou (de 1 h du matin à 11 h, au Québec) les 5, 6 et 7 mai à partir du site de l’usine métallurgique Azovstal pour évacuer des civils », a déclaré le ministère.

Plus tôt dans la journée, le maire de Marioupol, Vadim Boïtchenko, avait affirmé que d’intenses combats étaient en cours, bien que Moscou eût assuré ne pas donner l’assaut à cet immense complexe où sont retranchés, dans des galeries souterraines datant de la Deuxième Guerre mondiale, à la fois des combattants et des civils sans nourriture ni médicaments.

« Avec le soutien de l’aviation, l’ennemi a à nouveau tenté de prendre le contrôle de l’enceinte de l’usine. Sans succès », a de son côté fait savoir dans la soirée l’état-major des forces ukrainiennes.

Un commandant ukrainien du régiment Azov, qui défend l’aciérie, avait annoncé mardi que les Russes avaient déclenché « un puissant assaut » sur ce site, mais le Kremlin a démenti l’information mercredi.

Accroissement du soutien à la Moldavie

De Chisinau, la capitale moldave, le président du Conseil européen, Charles Michel, a annoncé que les Européens prévoyaient « cette année, de considérablement accroître [leur] soutien à la Moldavie en livrant des équipements militaires supplémentaires à ses forces armées ».

Cette annonce survient quelques jours après des attaques dans le territoire séparatiste moldave prorusse de Transnistrie, et après des propos fin avril du général russe Roustam Minnekaïev selon lesquels la prise du sud de l’Ukraine permettrait aux Russes d’avoir un accès direct à la région.

Du côté des États-Unis, le président américain, Joe Biden, a déclaré mercredi qu’il discuterait cette semaine avec les autres pays du G7 de possibles sanctions « supplémentaires » contre la Russie. Le Royaume-Uni a déjà emprunté cette voie en annonçant mercredi une nouvelle salve de mesures punitives, dont l’interdiction de fournir à la Russie des services tels que la comptabilité et le conseil, mais aussi des gels d’avoirs et des interdictions d’entrée sur son territoire.

Avec l’Agence France-Presse



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