Saddam est prêt à accueillir des inspecteurs en Irak

Londres — Lors d'une entrevue secrète, le président irakien Saddam Hussein a promis à un parlementaire britannique de donner à des experts en armements un accès sans entrave à son pays, rapporte le Mail on Sunday.

Le député George Galloway, membre du Parti travailliste de Tony Blair qui tient aussi une chronique dans l'édition écossaise du journal dominical, a rencontré le dirigeant irakien dans un bunker souterrain à proximité de Bagdad, selon le Mail.

Saddam Hussein a assuré à cette occasion qu'«il appliquerait toutes les résolutions de l'ONU sur l'Irak et admettrait des inspecteurs en armements sans entrave», rapporte le journal.

Le Mail précise que le président irakien a appelé de ses voeux de meilleures relations avec la Grande-Bretagne.

«Nous ne savons pas pourquoi vous vous êtes retournés contre nous plus qu'aucun autre pays européen», a dit Saddam Hussein selon le journal.

Le maître de Bagdad a toutefois aussi repris à son compte des paroles de Winston Churchill pour affirmer que, dans l'hypothèse d'une invasion de son pays par des forces occidentales, «nous nous battrons dans les rues, sur les toits, de maison en maison, nous ne nous rendrons jamais».

Ces propos n'ont pas semblé modifier l'opinion du Foreign Office à l'égard du président irakien.

«Cela ne change rien. Saddam Hussein sait très bien ce qu'il a à faire, c'est-à-dire se conformer aux résolutions des Nations unies. La balle est dans son camp», a déclaré un porte-parole du ministère des Affaires étrangerès britannique.

«Aucune décision n'a été prise quant au lancement d'une opération militaire. Mais nous sommes liés avec les États-Unis dans notre détermination à faire face à la menace des armes de destruction massive», a-t-il ajouté.

La rencontre de Saddam Hussein avec George Galloway, député non conformiste qui a effectué plusieurs visites à Bagdad dans le passé, intervient au moment où le premier ministre britannique se voit reprocher de plus en plus fortement son soutien à la ligne dure adoptée par les États-Unis envers l'Irak.

Effort diplomatique

Blair est le seul dirigeant occidental d'un certain poids à s'être nettement rallié à la position de Washington sur l'Irak, bien qu'aucune décision n'ait encore été prise quant au déclenchement d'une opération militaire visant à renverser le régime de Bagdad.

Les sondages laissent penser qu'une guerre contre l'Irak serait impopulaire en Grande-Bretagne, et certains membres du Parti travailliste au pouvoir comptent parmi les plus virulents adversaires d'une telle entreprise.

«Je crois que le mouvement antiguerre prend de l'ampleur en Grande-Bretagne et le message de Saddam que je rapporte est de nature à l'encourager. Saddam a visiblement compris qu'il faut que l'on voie l'Irak faire un effort sur le plan diplomatique, et il a promis de le faire», déclare Galloway.

Dans des interviews accordées ces dernières semaines à la presse britannique, des responsables irakiens ont exprimé l'espoir d'ébranler l'adhésion de Londres au point de vue de Washington.

Les gouvernements américain et britannique accusent l'Irak de violer les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU qui lui font obligation d'accueillir des inspecteurs en désarmement pour qu'ils recherchent les armes de destruction massive que Bagdad est soupçonné de soustraire à tout contrôle. La levée des sanctions imposées à l'Irak après son invasion du Koweït dépend du respect de ces obligations.

Londres et Washington ont rejeté comme une manoeuvre dilatoire la récente offre de Bagdad de tenir des discussions techniques sur le retour éventuel des inspecteurs en désarmement de l'ONU. Les inspecteurs ont quitté l'Irak en 1998, peu avant des raids aériens anglo-américains décidés pour punir Bagdad de sa non-coopération avec eux.

Samedi, l'Irak a dit attendre une réponse officielle du Congrès américain, qu'il a invité par lettre à dépêcher une délégation à Bagdad.

La lettre irakienne précisait que des experts en armements pourraient figurer dans la délégation américaine et que celle-ci aurait libre accès à tout site soupçonné de servir à la mise au point d'armes de destruction massive. La Maison-Blanche a rejeté l'invitation, demandant des actes — le désarmement — et non des paroles. Mais la présidence américaine a reconnu que le dernier mot reviendrait aux parlementaires.

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