De nouvelles sanctions pour «suffoquer le régime russe»

Des familles s’apprêtent à monter dans un train pour fuir Kramatorsk, une ville de l’est ukrainien.
Photo: Fadel Senna Agence France-Presse Des familles s’apprêtent à monter dans un train pour fuir Kramatorsk, une ville de l’est ukrainien.

Les États-Unis ont annoncé mercredi une nouvelle salve de sanctions « dévastatrices » contre la Russie. Cette fois, ce sont les banques russes qui se trouvent dans le viseur. L’Union européenne espère aussi pouvoir durcir le ton contre le Kremlin en ciblant les filles du président, Vladimir Poutine.

La découverte des cadavres de centaines de civils tués par l’armée russe près de Kiev a fouetté les capitales occidentales dans leur velléité de punir Moscou par de nouvelles sanctions économiques.

Par un décret adopté jeudi, la Maison-Blanche interdit désormais tout nouvel investissement en Russie. L’exécutif américain impose aussi les contraintes les plus sévères qui soient à l’incontournable banque publique Sberbank et à la plus grande banque privée du pays, Alfa Bank.

Ces institutions, déjà visées par des sanctions moins lourdes, subiront un gel de tous leurs avoirs « en contact avec le système financier américain », et seront interdites de toute transaction avec des acteurs américains.

Les États-Unis sanctionnent également « de grandes entreprises publiques stratégiques ». Le département du Trésor doit préciser jeudi les noms de ces sociétés.

Les conséquences pour l’économie russe risquent d’être colossales. Le pays pourrait voir son économie s’effondrer de quelque 15 % cette année, selon Washington.

Le Canada applique déjà des sanctions de ce type envers la Russie. La ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, a prévenu mercredi que d’autres sanctions seront annoncées prochainement. « Notre objectif est de suffoquer le régime russe », a-t-elle affirmé jeudi devant des journalistes à Bruxelles.

Déjà, l’étau des sanctions étouffe le budget des ménages russes. L’agence de statistiques Rosstat a annoncé mercredi que l’inflation depuis le début de l’année jusqu’à fin mars avait augmenté de près de 10 % par rapport à la même période en 2021. Plus de 600 compagnies étrangères ont par ailleurs quitté la Russie depuis le début de la guerre.

L’exécutif américain a cependant indiqué que les nouvelles mesures excluraient les entreprises liées au secteur de l’énergie — la principale source de revenus du régime de Vladimir Poutine.

« Malheureusement, nombre de nos partenaires européens restent fortement dépendants du gaz naturel russe, ainsi que du pétrole, et ils s’engagent à rendre la transition aussi rapide que possible pour sortir de cette dépendance. Nous faisons tout ce que nous pouvons pour aider, mais entre-temps, nous avons mis en place cette exception », a expliqué mercredi la secrétaire américaine au Trésor, Janet Yellen, interrogée devant la commission des services financiers de la Chambre des représentants. « Nous travaillons en étroite collaboration avec eux sur les sanctions et nous voulons rester alignés avec eux. »

Les Européens veulent suivre

 

Les diplomates de l’Union européenne ont débattu toute la journée de mercredi sur de nouvelles peines à infliger à la Russie. Ils doivent se réunir à nouveau jeudi afin de parapher un accord qui constituerait une cinquième escalade des sanctions économiques.

Pour la première fois, ils ont discuté d’un embargo de combustibles fossiles venant de Russie. Ce ne sont toutefois ni le gaz ni le pétrole qui sont à l’ordre du jour de ces négociations, mais bien le charbon.

L’importation d’autres produits, comme le bois, le ciment, les fruits de mer et l’alcool pourraient aussi devenir interdits dans les prochains jours.

Le président du Conseil européen, Charles Michel, a par contre estimé mercredi que l’Union européenne devrait « tôt ou tard » prendre des sanctions sur le pétrole et le gaz russes.

Malgré les divergences, les pays européens font bloc derrière cette volonté d’accroître la pression sur le Kremlin.

L’Italie, particulièrement dépendante de l’énergie russe, « suivra les décisions de l’Union européenne », a notamment affirmé mercredi le premier ministre, Mario Draghi.

« Un éventuel embargo sur le gaz n’est pas une hypothèse discutée en ce moment, mais la situation évolue en permanence », a-t-il déclaré à la presse à l’issue d’un conseil des ministres.

L’ancien président de la Banque centrale européenne a du même souffle plaidé pour l’instauration d’un plafond au prix du gaz. « Je demande depuis un certain temps de mettre en place un plafond au prix du gaz, ce serait la chose la plus rationnelle au niveau collectif, européen. L’Union européenne a un pouvoir extraordinaire sur le marché, elle est de fait l’unique acheteuse », a-t-il fait valoir.

Seule ombre au tableau de cette solidarité : la Hongrie et son dirigeant fraîchement réélu, Viktor Orbán. Ce dernier s’est dit prêt mercredi à payer le gaz russe en roubles si besoin, à contrecourant de tous les autres pays de l’Union européenne qui ont refusé cette demande de Moscou.

Les filles de Poutine sanctionnées

 

Les deux filles de Vladimir Poutine pourraient être les prochaines à subir l’opprobre des sanctions européennes. Leur nom figure sur la « liste noire » des personnalités russes visées par les sanctions occidentales, selon un document consulté par l’AFP.

Maria Vorontsova et Katerina Tikhonova, âgées d’une trentaine d’années, sont issues du mariage de Vladimir Poutine avec Lioudmila Poutina, dont le président russe a annoncé le divorce en 2013.

L’aînée, Maria Vorontsova, est sanctionnée pour son rôle dans Nomenko, une importante société de projets d’investissement dans le secteur de la santé qui procure « des sources substantielles de revenus » au gouvernement russe, selon le document.

Sa sœur, Katerina Tikhonova, dirige un fonds de soutien aux jeunes scientifiques russes, fondé par des compagnies dont les dirigeants « sont des membres du cercle d’oligarques proches » de Poutine, selon la même source.

Cette liste comprend au total 217 individus et 18 entités. Les personnes et entités qui y figurent sont sanctionnées par une interdiction d’entrée dans l’Union européenne et un gel de leurs avoirs.

Avec l’Agence France-Presse



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