Varsovie refuse de payer en roubles pour le gaz russe, l’Italie et la Belgique dénoncent une violation du contrat

Des bâtiments en construction dans le centre de Varsovie en Pologne
Ludovic Marin Agence France-Presse Des bâtiments en construction dans le centre de Varsovie en Pologne

Le groupe gazier polonais PGNiG a annoncé jeudi qu’il refusera de payer en roubles ses achats de gaz russe comme l’exige Moscou, tandis que l’Italie et la Belgique, à la suite de Berlin, ont dénoncé à Bruxelles une violation des contrats.

L’Allemagne et l’Autriche ont déjà rejeté cette demande formulée mercredi par le président russe Vladimir Poutine.

La Pologne, dépendante des hydrocarbures russes, leur a emboîté le pas. « On ne voit pas trop une telle possibilité », a dit le président du groupe PGNiG, Pawel Majewski.

« Le contrat, dont je ne peux révéler les détails, fixe le mode de paiement. Il n’est pas prévu qu’une partie puisse le modifier selon son bon vouloir. Nous remplirons ce contrat conformément à nos engagements », a-t-il déclaré, cité par l’agence PAP.

Le contrat en cours, dit « contrat Yamal », expire à la fin de l’année. La Pologne compte se dégager bientôt de sa dépendance du gaz russe grâce au gazoduc Baltic Pipe qui l’approvisionnera en gaz norvégien et à son terminal gazier du port de Swinoujscie qui recevra du gaz naturel liquéfié acheminé par bateau.

Réunis jeudi en sommet à Bruxelles, plusieurs dirigeants des Vingt-Sept ont fustigé l’exigence de Moscou.

« Je ne pense pas que quiconque en Europe se souvienne encore à quoi ressemble un rouble. Personne ne paiera en roubles », a lancé à la presse le premier ministre slovène Janez Jansa.

« Si on change les éléments d’un contrat, alors tout se négocie, alors le prix se renégocie aussi ! […] Je ne pense pas que ce soit (pour la Russie) une manière de contourner (les sanctions) mais, s’ils veulent changer les termes du contrat, alors pleins d’éléments pourront être discutés », a souligné son homologue belge Alexander De Croo.

« Nous considérons que c’est une claire violation des contrats existants », a abondé le chef du gouvernement italien Mario Draghi, sans détailler comment réagira son pays, extrêmement dépendant des hydrocarbures russes.

Berlin avait dénoncé dès mercredi « une rupture du contrat », assurant que l’Allemagne allait « discuter avec ses partenaires européens de la manière de répondre à cette demande ».

« Il existe partout des contrats fixes, dans lesquels la monnaie de paiement est la plupart du temps l’euro et le dollar. C’est le point de départ » de nos discussions, a confirmé jeudi le chancelier Olaf Scholz.

La Russie représente aujourd’hui 45 % des importations européennes de gaz. Quelque 55 % des achats allemands viennent de Russie, ainsi que l’essentiel des approvisionnements de Finlande, Hongrie et République tchèque.

Pour le moment, les hydrocarbures russes ont été largement épargnés des lourdes sanctions occidentales contre Moscou, qui ont au contraire isolé quasi complètement la Russie du système financier mondial et paralysé les actifs de la Banque centrale russe, provoquant un effondrement du rouble.

 

La banque centrale russe, bien que coupée d’une grande partie de ses réserves étrangères qu’elle vend occasionnellement pour soutenir le rouble, a mis en place de sévères contrôles de capitaux qui ont contribué à stabiliser quelque peu la devise.

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