Le président Zelensky presse les États-Unis d’agir comme «leaders de la paix»

Cette photo montre Kiev après une explosion le 16 mars.
Aris Messinis Agence France-Presse Cette photo montre Kiev après une explosion le 16 mars.

Enfants ensanglantés, immeubles détruits, civils en larmes : le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a présenté une vidéo troublante aux élus américains, mercredi, avant de presser la première puissance mondiale de « fermer le ciel au-dessus de l’Ukraine », au 21e jour de l’invasion russe du pays.

« Vous êtes le chef de la nation, de votre grande nation. Je vous souhaite d’être le leader du monde. Et être le leader du monde signifie être le leader de la paix », a déclaré le président Zelensky à l’intention de son homologue américain, Joe Biden, au terme d’un discours émouvant livré en direct par vidéo depuis Kiev devant les élus du Congrès américain, qui ont rempli les sièges du Capitole pour l’occasion.

Pendant cette allocution, qui a été accueillie par des ovations debout de tous les élus présents, le président ukrainien a rappelé la menace à « la démocratie » et à « la liberté » que pose l’invasion russe dans ce pays d’Europe de l’Est, où l’ONU rapporte jusqu’à maintenant plus de 726 morts de civils et au moins 1200 personnes blessées, dans un bilan qu’on sait très partiel.

Zone d’exclusion aérienne

« Est-ce trop demander de réclamer une zone d’exclusion aérienne au-dessus de l’Ukraine pour sauver des gens ? Est-ce trop demander, une zone d’exclusion aérienne humanitaire ? » a lancé M. Zelensky aux élus américains.

Le président ukrainien a alors proposé aux membres du Congrès de prendre le temps de regarder une vidéo — « une seule » — pour saisir l’ampleur de la « destruction » causée par la Russie dans son pays. Des images difficiles à regarder ont alors défilé sur un écran géant, où l’on pouvait voir des immeubles être bombardés, des enfants blessés être réanimés sur des civières, voire une tranchée être creusée dans une ville d’Ukraine pour y jeter des cadavres, ce qui a notamment été vu à Marioupol, dans le sud du pays. « Fermez le ciel au-dessus de l’Ukraine », conclut la vidéo.

Le discours de Volodymyr Zelensky au Congrès américain:

Le président ukrainien est ainsi revenu sur sa demande, répétée notamment mardi devant le Parlement canadien, de mise en place d’une zone d’exclusion aérienne en Ukraine qui protégerait le pays des bombardements russes. Les États-Unis étant le pays ayant le plus de poids au sein de l’OTAN, M. Zelensky a fortement insisté sur cette demande mercredi, même si Joe Biden a livré une fin de non-recevoir à celle-ci jusqu’à maintenant, tout comme la plupart des dirigeants occidentaux.

Volodymyr Zelensky a dressé mercredi un parallèle entre la guerre menée par Moscou en Ukraine et les attentats du 11 septembre 2001, ainsi que l’attaque de l’aviation japonaise perpétrée contre la base américaine de Pearl Harbor en 1941.

« Dans votre grande histoire, vous avez des pages qui vous permettent de comprendre les Ukrainiens », a-t-il lancé aux élus américains dans une allocution par visioconférence. « Souvenez-vous de Pearl Harbor, ce terrible matin du 7 décembre 1941, quand votre ciel était assombri par les avions qui vous attaquaient, souvenez-vous du 11 Septembre, ce terrible jour de 2001 », a-t-il ajouté.

« J’ai besoin que vous protégiez notre ciel », a répété M. Zelensky, qui a comparé sa demande au célèbre discours « I Have a Dream », livré en 1963 par le militant et pasteur Martin Luther King. Le président ukrainien a d’ailleurs affirmé que « plus de 100 enfants » ont perdu la vie en Ukraine depuis le début de l’invasion russe, il y a trois semaines.

Soutien militaire

 

Le président ukrainien a par ailleurs réclamé aux États-Unis qu’ils fournissent davantage d’équipements militaires à l’Ukraine, dont des avions de combat. « Je vous demande d’en faire plus », a-t-il déclaré, dans le contexte où la Maison-Blanche a dû justifier, dans les derniers jours, sa décision de refuser de répondre favorablement à l’offre de la Pologne de lui acheminer des avions de chasse de type MiG-29 pour soutenir l’Ukraine.

Le président Biden doit pour sa part annoncer mercredi après-midi une rallonge de 800 millions de dollars destinée à l’Ukraine. Ce montant servira notamment à fournir des missiles au pays, de même que d’autres équipements de défense contre les chars d’assaut et les frappes aériennes russes.

« Toutes les compagnies américaines doivent quitter le marché de la Russie », a renchéri le président Zelensky, qui demande aux États-Unis de s’assurer que la Russie ne reçoit « aucun dollar » pour financer « la destruction » de l’Ukraine.

Les négociations se poursuivent

 

Trois semaines après le début de l’invasion russe de l’Ukraine, une neutralité de cette ex-république soviétique sur le modèle de la Suède et de l’Autriche est « le compromis » dont les négociateurs russes et ukrainiens « discutent actuellement », a affirmé le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov.

« Il y a des formules très concrètes qui, je pense, sont proches d’un accord », a aussi affirmé le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, tout en relevant que les pourparlers « ne sont pas faciles ».

Le négociateur ukrainien en chef a cependant souligné que Kiev rejetait « un modèle suédois ou autrichien » et réclamait des « garanties de sécurité absolues » face à la Russie, et que les signataires devaient s’engager à intervenir du côté de l’Ukraine en cas d’agression. « L’Ukraine est maintenant en état de guerre directe avec la Russie. Par conséquent, le modèle ne peut être qu’“ukrainien” », a déclaré Mykhaïlo Podoliak sur son compte Telegram.

Les délégations ont repris lundi des pourparlers en visioconférence.

 

Le président Zelensky avait estimé dans la nuit de mardi que les positions étaient désormais « plus réalistes », même s’il faudra « encore du temps pour que les décisions soient dans l’intérêt de l’Ukraine ». Il s’était auparavant dit prêt à renoncer à toute adhésion de son pays à l’OTAN, comme des démarches entreprises en ce sens avaient soulevé la grogne de Moscou dans les derniers mois.

La Turquie, qui est membre de l’OTAN, mais qui a refusé de s’associer aux sanctions contre Moscou, poursuivait de son côté ses efforts de médiation. Son ministre des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu, était à Moscou mercredi et devait se rendre en Ukraine jeudi. Il succédera aux premiers ministres polonais, tchèque et slovène, Mateusz Morawiecki, Petr Fiala et Janez Jansa, qui sont allés mardi à Kiev pour assurer le président ukrainien de leur soutien.

Mercredi, Vladimir Poutine a promis des aides financières aux particuliers et aux entreprises, comparant les sanctions à un « blitzkrieg » contre la Russie.

Les autorités russes continuent en parallèle à réprimer toute opposition à la guerre. Après l’arrestation d’une employée de la Première Chaîne russe qui avait protesté contre la guerre en faisant irruption lundi soir sur le plateau du journal télévisé, les autorités ont bloqué les sites Internet d’une trentaine de médias supplémentaires, dont celui de la BBC.

Tirs sur une file d’attente

En Ukraine, dix personnes qui faisaient la queue pour acheter du pain à Tchernihiv, à 150 km au nord de Kiev, ont péri dans la matinée lorsque des soldats ont ouvert le feu sur elles de manière « préméditée », a annoncé le parquet général.

Trois autres personnes ont perdu la vie et cinq ont été blessées dans l’incendie d’un marché provoqué par un bombardement, à Kharkiv, dans le nord-est du pays, selon les secours. Au moins 500 personnes auraient été tuées dans la deuxième ville du pays depuis le début de l’invasion russe.

Dans l’après-midi, des tirs de roquettes Grad dirigés sur un convoi de civils qui quittaient la cité portuaire assiégée et sans cesse pilonnée de Marioupol ont fait un nombre pour le moment indéterminé de morts et de blessés, dont un enfant grièvement atteint, d’après l’armée ukrainienne.

Un théâtre de la ville qui abritait « des centaines » de civils « a été détruit dans l’explosion d’une bombe larguée par un avion russe », a ajouté la mairie.

La ville de Zaporijjia, largement épargnée jusqu’ici et refuge de personnes fuyant Marioupol, a quant à elle été visée pour la première fois depuis le début du conflit, la gare ayant été touchée mercredi par au moins un missile, apparemment sans faire de victimes. C’est dans cette région que se trouve la plus grande centrale nucléaire d’Europe, que les Russes occupent depuis le 4 mars.

Des explosions ont en outre de nouveau été entendues à l’aube à Kiev, d’où s’élevaient d’épaisses colonnes de fumée noire.

Conséquence du conflit, plus de trois millions d’Ukrainiens — dont près de la moitié sont des enfants — ont déjà pris la route de l’exil, en grande majorité vers la Pologne.

Avec l’Agence France-Presse



À voir en vidéo