Irak - Des proches d'Allaoui sont enlevés

Les morts et les blessés sont nombreux.
Photo: Agence Reuters Les morts et les blessés sont nombreux.

Bagdad — L'offensive sur Fallouja n'est pas terminée que les premiers doutes commencent à percer, y compris au sein de l'armée américaine, sur le bien-fondé d'une telle opération qui, semble-t-il, ne réussira pas à atteindre le but qu'elle s'est fixé: la capture des principaux chefs de l'insurrection. Parallèlement, la guérilla islamiste a multiplié les coups de main, s'emparant hier de plusieurs quartiers de Mossoul, la grande ville du nord de l'Irak, et kidnappant en plein coeur de Bagdad le cousin et la belle-soeur du premier ministre intérimaire, Iyad Allaoui.

À Fallouja (à 50 kilomètres de Bagdad), les Marines affirment contrôler les deux tiers de la ville, deux jours après le début des combats. «Nous faisons face à une résistance non organisée dans certaines portions du centre. Dans le sud, celle que nous rencontrons n'est pas aussi organisée que prévu», déclarait hier un officier américain. Ces indications semblent confirmer que les chefs de la rébellion ne sont plus dans la ville. Dès hier, le commandant des forces de la coalition, le général Thomas Metz, reconnaissait devant des journalistes, ce qui apparaît déjà comme un échec: «Je crois personnellement que plusieurs responsables de haut rang [de la rébellion] se sont enfuis. Ce que je n'espère pas.»

La capture des chefs de l'insurrection, dont Fallouja serait le principal bastion, était la raison invoquée par les forces américaines pour attaquer la ville. En particulier, l'un d'eux: Abou Moussab al-Zarqaoui. Le refus des responsables de la ville de livrer l'islamiste jordanien avait même servi de prétexte à Iyad Allaoui pour ordonner l'assaut sur la cité. Dès à présent, les officiers américains ont laissé entendre que Zarqaoui — s'il y a vraiment séjourné — avait très probablement quitté la ville, bien avant la bataille. Il apparaît aussi que les insurgés, estimés à quelque 3000, sont en fait beaucoup moins nombreux. De son côté, la coalition a mobilisé pour cette bataille quelque 10 000 soldats américains, épaulés par 2000 gardes nationaux irakiens.

Sur le terrain, l'armée américaine a dénoncé hier l'utilisation systématique des mosquées — la ville en compte plusieurs dizaines — par les rebelles. Elle accuse aussi ces derniers de brandir des drapeaux blancs, ce qui signifie leur reddition, pour s'approcher des Marines et alors ouvrir le feu. Dans l'assaut sur la ville, un membre du Comité des oulémas irakiens, cheik Abdel Wahab al-Janabi, a été tué, ainsi que son frère. Dans un communiqué, ce comité, qui regroupe nombre de prélats sunnites, «fait porter au gouvernement provisoire et au premier ministre la responsabilité légale de l'extermination [sic] de la population de Fallouja et appelle le peuple irakien à boycotter les élections [de janvier], qui se dérouleront sur le corps des victimes».

Profitant de l'assaut sur Fallouja, la rébellion a multiplié les attaques. À Mossoul, elle s'est emparée de plusieurs quartiers, obligeant le gouvernorat de la région à décréter un couvre-feu. Les combats ont opposé les insurgés à la police, faisant trois morts et quatre blessés chez ces derniers. Un officier de la garde nationale a par ailleurs été assassiné dans la rue. À Bagdad, deux quartiers ont été attaqués, et l'aéroport, cible de la guérilla, reste fermé. La rébellion avait aussi promis de se venger en cas d'attaque sur Fallouja: elle l'a fait en enlevant mardi à leur domicile le cousin d'Iyad Allaoui et sa belle-fille. Dans un communiqué, une organisation inconnue a menacé de les décapiter sous 48 heures si le siège de la ville n'était pas levé. Ghazi Allaoui, 75 ans, n'avait aucun lien avec la politique et ne travaillait pas dans l'administration.