Une vie conjugale orageuse

Appelée au chevet de son époux à Ramallah le 28 octobre, la jeune épouse du vieux chef avait pourtant disparu de la scène palestinienne depuis près de quatre ans. Pas une fois, depuis le début de l'actuelle Intifada en septembre 2000, elle ne s'était rendue dans les territoires palestiniens; pas une fois elle n'avait rencontré son mari. Une absence qui autorisait les Palestiniens à railler cette «fille de bonne famille» plus coutumière des grands couturiers parisiens que des marchés de Cisjordanie ou de Gaza. Le temps de l'agonie de leur président, ils redécouvrent celle qui fut sa «conseillère» avant de devenir sa femme en 1990.

L'histoire de ce couple improbable prend racines à la fin des années 1980. Yasser Arafat presque sexagénaire s'éprend de cette jeune femme de trente-quatre ans sa cadette. Lorsqu'il la demande en mariage, elle a cette réponse prudente: «Oui, je crois que je t'aime aussi», rapporte-t-elle dans Fille de Palestine (Michel Lafon). Pour devenir Mme Arafat, la jeune chrétienne de rite grec orthodoxe se convertit à l'islam, tout en restant attachée à sa religion. Le mariage demeure secret; célébrée durant la première Intifada, l'union aurait pu choquer les partisans du chef palestinien, qui s'affirme depuis toujours «marié avec la Palestine» ou «avec la révolution».

Souha est l'une des trois filles d'un banquier et de Raymonda Tawil, une femme à la forte personnalité, fondatrice d'une agence de presse palestinienne, une proche du leader palestinien. La jeune fille a toujours baigné dans les cercles des défenseurs de la cause palestinienne, elle a même servi de messagère entre celui qui n'est alors que «l'exilé de Tunis» et le monde extérieur.

Pourtant, son arrivée dans l'intimité du chef va être vécue comme une intolérable intrusion par l'entourage de son mari. «Les fedayins, habitués à tout partager avec leur chef ont du mal à admettre parmi eux quelqu'un qui n'a connu ni la guerre du Liban, ni les contraintes de la vie clandestine, une femme de surcroît, une chrétienne issue des milieux aisés. [...] Les barons du Fatah, à quelques exceptions, près lui sont ouvertement hostiles», relatent Christophe Boltanski et Jihan El-Tahri dans Les Sept Vies de Yasser Arafat (Grasset).

«C'est elle ou moi»

Très présente auprès de son époux lors de leurs premières années de mariage, la jeune femme se voit pourtant interdire le voyage à Washington pour la signature des accords d'Oslo en 1993. «C'est elle ou moi», aurait lancé Mahmoud Abbas, l'un des architectes des négociations, à M. Arafat. Celui qui deviendra dix ans plus tard premier ministre considère en effet que «cette jeune femme blonde» n'a pas sa place dans la délégation palestinienne. Et le jeune marié a dû obtempérer, raconte Amnon Kapéliouk dans son ouvrage, Yasser Arafat, l'irréductible (Fayard).

«Soussou», comme il l'appelle selon ce même biographe, sera toutefois à ses côtés lors de son arrivée triomphale dans la bande de Gaza en juillet 1994 ou lors de la première messe de minuit à laquelle assiste le président de l'Autorité palestinienne à Bethléem. Mais ses goûts pour le luxe s'accommodent mal de la vie spartiate de son époux.

Lorsqu'elle entreprend de rénover leur maison de Gaza ou met en scène les réalisations de sa fondation, il ne goûte guère ses caprices de «first lady». Son train de vie fastueux lui vaut d'autres inimitiés et l'amènent à passer la moitié de son temps à Paris, où naît la fille unique du couple en 1995. Des transferts d'argent suspects sur un compte parisien provoquent l'an dernier l'ouverture d'une enquête préliminaire de la justice française. Cette affaire relance les propos les plus désobligeants à son égard dans les territoires palestiniens.

En 2002, elle aurait tenté, sans succès, un rapprochement avec son époux, reclus à Ramallah. La vie commune du couple aura duré moins de dix ans.

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