Face à la violence russe, les Européens augmentent les livraisons d’armes à l’Ukraine

«Armes et équipements de nos partenaires sont en route pour l’Ukraine», indiquait samedi sur Twitter le président ukrainien Volodymyr Zelensky.
Anatolii Stepanov Agence France-Presse «Armes et équipements de nos partenaires sont en route pour l’Ukraine», indiquait samedi sur Twitter le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Des missiles, des lance-roquettes, des mitrailleuses… Les pays européens, longtemps réticents à livrer des armes à l’Ukraine, ont finalement été convaincus par la violence de l’invasion russe, même si leurs premiers envois paraissent maigres face à la puissance de feu de Moscou.

Fin janvier, alors que plus de 150 000 soldats russes étaient déjà massés à la frontière ukrainienne, le gouvernement allemand, campant sur ses positions traditionnelles hostiles à des livraisons d’armes, s’était attiré des moqueries en annonçant la fourniture de 5000 casques militaires à Kiev.

Trois jours après l’invasion russe, la situation a évolué.

L’Allemagne a brisé un tabou en acceptant de livrer des armes à l’Ukraine en guerre, rompant ainsi sa politique d’interdiction de toute exportation d’armes létales en zone de conflit.

Berlin a autorisé la livraison à Kiev de 1000 lance-roquettes antichar, de 500 missiles sol-air Stinger et de 9 obusiers, a annoncé le gouvernement.

L’Allemagne a également annoncé l’envoi à l’Ukraine de 14 véhicules blindés ainsi que de 10 000 tonnes de carburant. « D’autres mesures de soutien sont actuellement à l’étude », a souligné une source gouvernementale.

Samedi soir la France a annoncé à son tour avoir pris la décision de livrer davantage d’équipements militaires de défense à l’Ukraine.

Au cours d’un conseil de défense réuni à l’Élysée autour du président Emmanuel Macron, « il a été décidé la livraison additionnelle d’équipements de défense aux autorités ukrainiennes ainsi qu’un soutien en carburant », a indiqué la présidence.

L’état-major des armées avait auparavant indiqué avoir « acté » des livraisons d’armes défensives à Kiev, l’Ukraine ayant notamment, d’après son ambassadeur à Paris, demandé des « moyens de protection antiaérienne » et numérique.

« La coalition anti-guerre fonctionne », se réjouissait samedi le président ukrainien Volodymyr Zelensky, longtemps critique de l’attentisme occidental. « Armes et équipements de nos partenaires sont en route pour l’Ukraine », indiquait-il sur Twitter.

Plus tôt samedi, la Belgique avait annoncé fournir 2000 mitrailleuses et 3800 tonnes de carburant à l’armée ukrainienne. Le ministère de la Défense des Pays-Bas avait indiqué avoir « expédié samedi une partie des marchandises déjà promises, notamment des fusils de précision et des casques ».

Dans une lettre au parlement néerlandais, il a encore écrit qu’il fournirait « dès que possible 200 missiles antiaériens Stinger à l’Ukraine ».

Rien de trop

 

La République tchèque qui avait déjà approuvé un don à Kiev de 4000 obus d’artillerie, a annoncé samedi qu’elle enverrait « dans les heures qui viennent » à l’Ukraine un arsenal de 30 000 pistolets, 7000 fusils d’assaut, 3000 fusils mitrailleurs et plusieurs dizaines de fusils de précision ainsi qu’un million de cartouches.

La Pologne a de son côté expédié des dizaines de milliers de munitions au voisin ukrainien.

 

« La difficulté de cette affaire, c’est que personne n’a cru » à une invasion russe sur tout le territoire ukrainien, affirme le général Vincent Desportes, ex-directeur de la prestigieuse École de guerre française, interrogé par l’AFP.

Maintenant, « chacun fait ce qu’il peut » et « personne n’a des milliards d’armements en trop. Toutes les armées européennes sont sous-équipées », poursuit-il, quand 200 000 Russes assistés de missiles balistiques assiègent l’Ukraine.

« Quand vous envoyez 2000 mitrailleuses, vous les prenez sur votre propre stock. […] Les armées européennes sont des armées pauvres. On n’a pas de matériel, pas d’argent », constate M. Desportes.

Mieux dotés militairement, les États-Unis, pourraient faire une plus grande différence, eux qui ont annoncé samedi une nouvelle aide militaire à l’Ukraine d’un montant de 350 millions de dollars, pour atteindre un total de « plus d’un milliard de dollars d’aide […] sur l’année écoulée », a annoncé samedi leur chef de la diplomatie Antony Blinken.

Mais « les routes sont complètement bloquées, les aéroports bombardés. Quand vous avez des armes à Baltimore, elles ne sont pas exactement à Kiev », remarque le général Desportes.

Interrogé sur le sujet, un diplomate occidental basé à Bruxelles se voulait plus optimiste vendredi, « beaucoup de dirigeants alliés » au sein de l’OTAN étant désireux selon lui de fournir du matériel militaire « autant que possible » à l’Ukraine.

Et d’ajouter : « Il est dans notre intérêt d’essayer de ralentir le plus possible l’avance russe, et qu’elle soit la plus coûteuse possible pour Poutine ».

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