La deuxième journée d’invasion de l’Ukraine en cinq questions

La Russie a continué de gagner du terrain en Ukraine vendredi, provoquant le déclenchement d’une série de nouvelles sanctions contre Moscou.
Daniel Lead Agence France-Presse La Russie a continué de gagner du terrain en Ukraine vendredi, provoquant le déclenchement d’une série de nouvelles sanctions contre Moscou.

Que se passe-t-il en Ukraine ? Comment le monde réagit-il à l’invasion russe ? L’opération militaire en cours dans ce pays mobilise l’attention internationale et soulève beaucoup d’interrogations. Le Devoir répond à certaines d’entre elles en cinq questions clés.

Qu’est-ce qui se passe en Ukraine ?

Après avoir bombardé plusieurs régions du pays jeudi et pris possession de lieux stratégiques, dont des aéroports, la Russie a opté pour la voie terrestre vendredi pour envahir l’Ukraine, un pays d’Europe de l’Est d’environ 44 millions d’habitants. Au moment où le bilan des morts continuait de s’alourdir, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a déclaré en fin d’après-midi vendredi que l’armée russe tentera dans la nuit de « s’emparer » de Kiev, forçant des milliers d’habitants à se réfugier dans des abris et dans des stations de métro. En soirée vendredi, de nombreuses explosions pouvaient être entendues en périphérie et à l’intérieur même de la capitale, a rapporté le réseau américain CNN.

« Contrôler Kiev permettrait de contrôler le gouvernement », évoque au Devoir le vice-recteur associé à la recherche au Collège militaire royal du Canada et spécialiste de la Russie, Pierre Jolicœur. L’Ukraine pourrait toutefois réagir à cette menace en déplaçant son gouvernement dans une autre région ou en exil dans un autre pays, analyse-t-il.

Vendredi, l’Organisation des Nations unies a indiqué qu’environ 100 000 personnes ont déjà quitté leur domicile en Ukraine en moins de 48 heures. La moitié d’entre elles auraient quitté le territoire ukrainien, en bonne partie pour des pays limitrophes, entre autres la Pologne et la Moldavie.

Comment le monde a-t-il réagi ?

Les sanctions ont continué de pleuvoir sur la Russie et ses dirigeants vendredi, en réponse à l’invasion en cours. Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a notamment annoncé en fin d’après-midi une troisième salve de sanctions contre le Kremlin, dont certaines visant spécifiquement le président Vladimir Poutine et son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Des mesures similaires ont été prises notamment par l’Union européenne et les États-Unis, tandis que le Royaume-Uni a banni les avions russes de son espace aérien, ce qu’ont aussi annoncé plus tard en journée la Pologne, la République tchèque et la Bulgarie.

« On peut dire qu’en Occident, il y a un message unanime pour critiquer l’invasion russe », résume M. Jolicœur.

Des événements sportifs et culturels qui devaient se tenir en Russie ont par ailleurs été annulés. C’est notamment le cas du Grand Prix de Russie de formule 1, qui n’aura finalement pas lieu à Sotchi le 25 septembre comme prévu. La finale de la Ligue des champions, qui devait avoir lieu le 28 mai à Saint-Pétersbourg, a pour sa part été déplacée au Stade de France, près de Paris. La Russie s’est aussi vue interdire de prendre part au concours Eurovision de la chanson, prévu en mai. Des actions dont les répercussions sur l’image du pays à l’international pourraient être importantes, analyse M. Jolicœur.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a pour sa part tenté d’adopter vendredi un projet de résolution pour demander à la Russie de cesser de « recourir à la force contre l’Ukraine », mais le pays de Vladimir Poutine a opposé son droit de veto à celle-ci.

Comment l’invasion de l’Ukraine est-elle accueillie en Russie ?

Il est difficile de connaître avec précision l’appui populaire dont jouit Vladimir Poutine en ce qui concerne l’invasion de l’Ukraine, en raison de la propagande et de la censure largement répandues en Russie, évoque Pierre Jolicœur. « La Russie essaie toujours de contrôler le message », rappelle M. Jolicœur.

Cependant, les rassemblements de milliers de personnes jeudi à Moscou et dans d’autres villes de la Russie en opposition à ces attaques militaires sont éloquents, d’autant plus que les manifestations sont fortement réprimées dans ce pays, relève l’expert, qui salue le « courage » de ces manifestants.

L’organisme indépendant OVD-Info a d’ailleurs fait état vendredi de 622 personnes arrêtées lors de rassemblements contre l’invasion ukrainienne, contre près de 1900 jeudi.

Quelles sont les répercussions de la crise ukrainienne au Canada ?

Au Canada, qui compte une communauté ukrainienne d’environ 1,3 million d’habitants, les répercussions de cette crise militaire pourraient être importantes. Déjà, environ 2000 demandes d’immigration de citoyens ukrainiens ont été approuvées par le gouvernement du Canada, a annoncé vendredi le ministre fédéral de l’Immigration, Sean Fraser. Un nombre qui pourrait augmenter considérablement dans les prochaines semaines. « On est ouverts à en faire plus, à accueillir encore plus de monde », a indiqué Justin Trudeau.

Le Canada, qui a acheminé des armes létales à l’Ukraine, sera aussi appelé à fournir de l’aide humanitaire dans ce pays, entrevoit Pierre Jolicœur. « Plus tard, le Canada répondra présent pour la reconstruction de l’Ukraine, j’en suis convaincu », estime l’expert.

Quand peut-on s’attendre à une désescalade ?

« Je suis malheureusement un peu pessimiste. Je ne pense pas que l’appétit de la Russie va se contenter de Kiev », répond Pierre Jolicœur.

Selon l’expert, la Russie continuera dans les prochains jours de tenter d’occuper d’autres régions dans l’est et le sud de l’Ukraine, notamment. Occuper un pays de plus de 40 millions d’habitants nécessitera toutefois des dépenses pharaoniques que la Russie pourrait avoir de la difficulté à justifier, analyse-t-il, d’autant plus qu’une partie de sa population s’oppose fermement à l’invasion de l’Ukraine. « Il faudra voir à quel point la Russie est prête à y mettre le prix », évoque M. Jolicœur.

Avec l’Agence France-Presse

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