Moscou se réjouit du succès de son premier jour d’invasion de l’Ukraine

Sous le choc, une dame blessée dans un bombardement se tenait à l’extérieur d’un hôpital à Tchouhouïv, dans l’est de l’Ukraine, jeudi. Dans la nuit de mercredi à jeudi, la Russie a lancé une offensive militaire majeure à la fois par le nord, l’est et le sud de l’Ukraine. Jeudi soir, l’armée de Vladimir Poutine était aux portes de Kiev. La première journée de l’offensive aérienne et terrestre en Ukraine a déjà fait des dizaines de morts et provoqué un tollé dans la communauté internatio- nale, surtout du côté occidental. Un nouveau barrage de sanctions contre la Russie ont été annoncées.
Photo: Aris Messinis Agence France-Presse Sous le choc, une dame blessée dans un bombardement se tenait à l’extérieur d’un hôpital à Tchouhouïv, dans l’est de l’Ukraine, jeudi. Dans la nuit de mercredi à jeudi, la Russie a lancé une offensive militaire majeure à la fois par le nord, l’est et le sud de l’Ukraine. Jeudi soir, l’armée de Vladimir Poutine était aux portes de Kiev. La première journée de l’offensive aérienne et terrestre en Ukraine a déjà fait des dizaines de morts et provoqué un tollé dans la communauté internatio- nale, surtout du côté occidental. Un nouveau barrage de sanctions contre la Russie ont été annoncées.

D’un côté la satisfaction, de l’autre la consternation. La Russie s’est réjouie jeudi d’avoir atteint « avec succès » tous les objectifs qu’elle s’était fixés au premier jour de son invasion brutale de l’Ukraine, lancée dans la nuit de mercredi à jeudi, qui aurait causé la mort de plus de 137 Ukrainiens, civils et soldats confondus. Au petit matin, plusieurs médias présents à Kiev rapportaient une reprise des explosions dans la capitale.

Une déclaration de guerre vertement dénoncée par l’Occident, qui a renforcé toute la journée son arsenal de sanctions économiques ciblant la Russie et visant à faire de Vladimir Poutine « un paria sur la scène internationale », a résumé le président américain, Joe Biden, depuis la Maison-Blanche, tout en rejetant une nouvelle fois l’idée d’envoyer des soldats américains pour soutenir l’armée ukrainienne contre la Russie.

Dans la foulée des sanctions annoncées au début de la semaine par un front commun de pays occidentaux, dont le Canada, ces nouvelles mesures compromettent désormais l’accès aux marchés financiers internationaux et aux transactions en dollars à dix des plus grandes institutions financières russes, dont les deux plus grandes banques du pays, Sberbank et VTB Bank, jusqu’ici épargnées.

Les États-Unis ont aussi rallongé la liste des oligarques russes, grandes fortunes proches de Vladimir Poutine, dont le portefeuille va être ciblé, en représailles.

 

Une décision également prise par le Canada, qui a annoncé jeudi avoir mis « 58 personnes et entités » russes dans sa ligne de mire en réponse à l’invasion russe de l’Ukraine.

Les sanctions visent des « membres de l’élite russe », de « grandes banques russes » et des « membres du Conseil de sécurité russe », a précisé le premier ministre, Justin Trudeau, en conférence de presse.

Ottawa a également suspendu les permis d’exportation de biens canadiens vers la Russie dans le domaine de l’aérospatiale, des mines et des technologies de l’information en invoquant « une immense menace [pour] la sécurité et la paix dans le monde », a dit M. Trudeau.

En matinée, les dirigeants des pays membres du G7, dont le Canada fait partie, se sont réunis au téléphone afin d’établir une riposte concertée contre la Russie. Plus tard dans la journée, ce sont les chefs d’États et de gouvernement des 27 membres de l’Union européenne (UE) qui ont approuvé un nouveau train de sanctions aux « conséquences massives » pour la Russie, selon leur déclaration. Ils prévoient également d’élargir la liste des personnes privées d’accès au territoire de l’UE et dont les avoirs vont être gelés.

Vladimir Poutine « ne pourra jamais se laver les mains du sang de l’Ukraine », a déclaré le premier ministre britannique, Boris Johnson, en dévoilant lui aussi un nouveau pan de sanctions économiques qualifiées des « plus importantes et des plus sévères que la Russie n’a jamais vues ». Parmi elles, l’interdiction pour la compagnie aérienne russe Aeroflot, membre de l’alliance internationale SkyTeam avec Air France-KLM, de desservir le Royaume-Uni et le gel des actifs du géant public bancaire russe VTB sur le sol britannique.

Les sanctions touchent également la Biélorussie, accusée par la communauté internationale de collaboration avec la Russie dans l’invasion de l’Ukraine. Le régime illégitime du dictateur Alexandre Loukachenko, à la solde de Moscou, a ouvert son territoire à l’armée du Kremlin qui, de là, a entrepris jeudi une partie de l’invasion de l’Ukraine par le flanc nord du pays, en direction de la capitale Kiev.

« Décapiter » le gouvernement

Selon un responsable militaire américain, cité anonymement par l’Agence France-Presse, l’offensive russe vise à « décapiter » rapidement le gouvernement de Volodymyr Zelensky pour « installer leur propre méthode de gouvernance », a-t-il indiqué en soulignant que les mouvements de troupes de jeudi n’étaient que la « phase initiale » du projet en cours.

La Russie a jusqu’ici avancé en territoire ukrainien le long de trois axes : au sud depuis la Crimée jusqu’à la ville de Kherson, sur le Dniepr, au nord depuis la Biélorussie vers Kiev, le long de deux routes au nord-est et au nord-ouest de la capitale ukrainienne, et à l’est depuis la ville russe de Belgorod vers la grande ville industrielle de Kharkiv, deuxième métropole du pays, a évalué le Pentagone.

Des tirs ont également été entendus dans la région d’Odessa, au bord de la mer Noire, où les autorités ont fait état de 18 habitants d’un village tués dans des frappes. Le littoral ukrainien offre une ligne de défense très faible dans le conflit en cours.

La Russie a pris également le contrôle de la centrale de Tchernobyl, site du pire accident nucléaire de l’histoire en 1986. « L’état des installations » de la centrale, de la chape étanche isolant son réacteur accidenté et d’un dépôt pour le combustible nucléaire « est inconnu » et « il est impossible de dire si la centrale est en sécurité », a indiqué un responsable ukrainien, jugeant qu’il s’agissait là d’une « des menaces les plus graves pour l’Europe ».

« Personne ne pouvait prédire ce qui est en train de se produire. C’est inimaginable et horrible en même temps pour cette jeune démocratie, a résumé en entrevue au Devoir l’ex-ambassadeur du Canada en Ukraine, G. Daniel Caron. La contribution de l’Occident, son appui, dans la construction de ce pays et dans ses réformes est très importante. Cette guerre va bloquer son développement pour plusieurs années. »

En fin de journée, le président français, Emmanuel Macron, a « exigé l’arrêt immédiat » de l’offensive russe en Ukraine et rappelé à son homologue russe, Vladimir Poutine, qu’il « s’exposait à des sanctions massives », lors d’un appel téléphonique entre les deux hommes, a indiqué une source au sein de l’Élysée. Il s’agit du premier contact téléphonique connu entre M. Poutine et un dirigeant occidental depuis le début de cette guerre sans justification lancée contre l’Ukraine.

« Au nom de l’humanité, ramenez vos troupes en Russie ! » a imploré le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, en s’adressant publiquement à M. Poutine.

Le chancelier allemand, Olaf Scholz, a parlé d’une « tentative de déplacer par la violence les frontières en Europe, voire peut-être de rayer un pays entier de la carte mondiale ». « Nous vivons le début d’une guerre comme il n’y en a pas eu depuis plus de 75 ans en Europe », a-t-il ajouté.

Aucune discussion n’est prévue entre le chef du Kremlin et le président américain, qui jeudi a indiqué qu’il y avait « une rupture complète en ce moment dans les relations américano-russes », sans toutefois évoquer le début d’une nouvelle guerre froide entre les deux pays. Mais « cela va être un jour froid pour la Russie », a dit Joe Biden en faisant référence à la condamnation unanime de l’attaque de l’Ukraine par Moscou. « Vous ne voyez pas beaucoup de gens se porter à sa défense », a-t-il ajouté.

Avec l’Agence France-Presse

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