L’Occident fait bloc contre l’invasion russe de l’Ukraine

Action. Réactions. Le Canada, les États-Unis et l’Union européenne ont fait front commun mardi contre Moscou, en riposte à ce qui ressemble de plus en plus au « début d’une invasion russe de l’Ukraine », selon la Maison-Blanche, et ce, en annonçant une série de sanctions économiques importantes visant la Russie.

« Ces sanctions marquent une étape importante et ciblent les responsables des violations de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine, a déclaré le premier ministre Justin Trudeau en conférence de presse en fin de journée. Elles vont rester en place jusqu’à ce que l’intégrité territoriale de l’Ukraine soit rétablie. »

Ces décisions n’ont pas semblé ébranler Vladimir Poutine.

Au lendemain de la reconnaissance de l’indépendance de deux régions prorusses de l’Ukraine, le chef du Kremlin a déclaré caducs les accords de paix négociés avec l’ex-république soviétique pour ces territoires de l’est du pays occupés depuis 2014, et a annoncé l’établissement de liens diplomatiques avec les « républiques » de Donetsk et de Lougansk, non reconnues par la communauté internationale.

La mesure vise à instaurer une « coopération exhaustive » avec la Russie, a indiqué le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, et « à renforcer la paix, la stabilité et la sécurité » dans la région. Mardi, le chef du Kremlin a d’ailleurs obtenu le feu vert de son Parlement pour déployer des soldats dans les zones séparatistes afin de les « défendre » contre ce que Moscou présente comme une possible agression de Kiev. Une propagande jugée inquiétante par l’OTAN, qui a décrit l’escalade en cours par la voix de son secrétaire général, Jens Stoltenberg, comme « le moment le plus dangereux pour la sécurité européenne depuis une génération ».

« Moscou est passé d’une tentative secrète de déstabilisation de l’Ukraine à une action militaire ouverte », a-t-il ajouté, mentionnant une « attaque à grande échelle » contre l’Ukraine planifiée par la Russie. « Nous sommes témoins d’un renforcement militaire en cours. Nous voyons que de plus en plus de forces armées sortent des camps et se placent en formation de combat, prêtes à frapper. »

Éventail de sanctions

 

En réponse, Washington a annoncé mardi une « première tranche » de sanctions qui visent à bloquer l’accès de la Russie aux financements occidentaux et qui ciblent les « élites russes » — dont le patron du renseignement russe (FSB), Alexandre Bortnikov — ainsi que des institutions financières du pays. « Nous mettons en place de vastes sanctions sur la dette souveraine russe », a indiqué Joe Biden en conférence de presse depuis la Maison-Blanche. « Et si la Russie va plus loin avec cette invasion, nous sommes prêts à aller plus loin avec les sanctions », a-t-il ajouté.

Le Canada a emboîté le pas aux États-Unis dans les heures suivantes en interdisant toute transaction financière de Canadiens vers les territoires « indépendants » de Lougansk et de Donetsk et en annonçant l’imposition de sanctions contre les membres du Parlement russe qui ont voté « pour la décision illégale de reconnaître ces territoires », a dit Justin Trudeau.

Dans la foulée, le premier ministre a dit avoir autorisé « le déploiement de 460 membres des Forces armées canadiennes » en Lettonie et l’envoi « d’une frégate supplémentaire et d’un avion de patrouille maritime ». « Nous le faisons pour renforcer notre engagement envers l’OTAN et promouvoir la paix et la sécurité en Europe. »

Ottawa a également « convoqué l’ambassadeur de la Russie pour [lui] demander des explications sur l’agression continue de la Russie, sa violation du droit international et son mépris de la souveraineté ukrainienne », a indiqué la cheffe de la diplomatie canadienne, Mélanie Joly, sur Twitter. Plus tôt dans la journée, les 27 États membres de l’Union européenne ont approuvé un « paquet de sanctions » à « l’unanimité » contre la Russie et prévenu qu’elles « feront très mal », a ajouté le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell. Il a évoqué un gel des avoirs et une interdiction de visa pour les 351 députés russes de la Douma qui ont approuvé la reconnaissance de l’indépendance des territoires séparatistes.

« Les sanctions cibleront également 27 individus et entités qui minent ou menacent l’intégrité territoriale de l’Ukraine, sa souveraineté et son indépendance », a précisé Josep Borrell, tout en pointant « les acteurs du secteur de la défense qui jouent un rôle dans l’invasion » du pays, « ceux qui ont lancé une campagne de désinformation contre l’Ukraine » et « les banques qui financent les responsables russes et d’autres opérations dans ces territoires » séparatistes.

Même son de cloche du côté du G7, dont les ministres des Affaires étrangères se sont réunis mardi pour « discuter du mépris flagrant de la Russie pour la souveraineté ukrainienne », selon le résumé de Mme Joly. « Nous sommes unis dans notre détermination à soutenir l’Ukraine et nous imposerons des sanctions à la Russie pour ses actions », a-t-elle ajouté.

Mais la mesure la plus spectaculaire reste celle annoncée par Berlin, qui a gelé le gigantesque projet de gazoduc Nord Stream 2, censé doubler l’approvisionnement de l’Allemagne en gaz russe grâce à un tube de 1230 kilomètres sous la mer Baltique d’une capacité de 55 milliards de mètres cubes de gaz par an. Le chancelier allemand, Olaf Scholz, a indiqué que le projet, source de tensions au sein de l’Union européenne et avec les États-Unis depuis des années, allait faire l’objet d’une « réévaluation » politique par le ministère de l’Économie en raison de la « situation géopolitique » nouvelle.

Mince espoir de conciliation

 

Pour Justin Trudeau, « Vladimir Poutine a sous-estimé la fermeté de la réponse de la communauté internationale » face à une invasion de l’Ukraine qui « va lui coûter très cher ». Il a toutefois dit espérer qu’une solution diplomatique soit malgré tout trouvée pour éviter que la crise ne s’enfonce davantage.

Un espoir partagé par le président américain, Joe Biden, pour éviter « le scénario du pire » en Ukraine, « qui infligerait d’énormes souffrances à des millions de personnes ». « Nous allons juger la Russie sur ses actes, pas sur ses paroles. Et quoi que la Russie fasse ensuite, nous sommes prêts à répondre avec unité, clarté et conviction. J’espère que la voie diplomatique restera ouverte », a-t-il ajouté.

Mais cette voie, après plusieurs semaines de discussions vaines entre Moscou et les Occidentaux, est de plus en plus fragile. Mardi, le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, a dit qu’il ne rencontrerait pas cette semaine comme prévu son homologue russe, Sergueï Lavrov, après la reconnaissance par Moscou de deux régions séparatistes de l’est de l’Ukraine. « Maintenant que nous voyons que l’invasion a commencé et que la Russie a clairement rejeté toute diplomatie, cela n’aurait aucun sens de nous rencontrer à ce stade », a-t-il dit au cours d’une conférence de presse tenue conjointement avec le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba.

Avec l’Agence France-Presse

À (re)voir:

La conférence de presse de Joe Biden sur le conflit en Ukraine

 


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