Comment se débarrasser de Saddam Hussein - Volée de bois vert en Grande-Bretagne

Une pétition de chrétiens pratiquants illustre la montée des critiques contre une éventuelle participation britannique à des frappes américaines. La classe politique, en général, affiche ses interrogations sur la marche à suivre face au dictateur irakien.

Londres — Tony Blair, le plus fidèle allié des États-Unis dans la crise irakienne, ne peut qu'être indisposé par la pétition de chrétiens pratiquants signée par la plus haute autorité morale, le futur archevêque de Canterbury, Rowan Williams, lui enjoignant de s'opposer à une intervention militaire contre l'Irak.

«Il est déplorable que les pays les plus puissants de la planète continuent de considérer la guerre comme un instrument acceptable de la diplomatie en violation des principes moraux défendus par l'ONU et les enseignements de l'Église»: ce texte, qui a recueilli plus de trois mille signatures à l'initiative de l'organisation catholique Pax Christi, remis le mardi 6 août au 10 Downing Street, illustre la montée des critiques contre une éventuelle participation britannique à des frappes américaines. On peut imaginer l'embarras, devant cette fronde, du premier ministre, qui a choisi personnellement le nouveau primat de 70 millions d'Anglicans de par le monde.

Envoi du porte-avions Royal-Oak en Méditerranée, rappel de soldats déployés en Afghanistan et dans les Balkans, possible mobilisation de réservistes en septembre... les signes d'une éventuelle participation britanniques se multiplient. La marge de manoeuvre du premier ministre est toutefois limitée. La classe politique, en général, affiche ses interrogations sur la marche à suivre face au dictateur irakien.

La gauche du New Labour et une grande partie du mouvement syndical se mobilisent contre une éventuelle participation d'Albion à des frappes contre l'Irak déclenchées par Washington par crainte d'un embrasement de l'ensemble de la région.

Le pacifiste Tam Dalyell, très influent doyen de la Chambre des communes, multiplie les mises en garde contre le risque de lancer des opérations sans le soutien des parlementaires. Le Parti conservateur, jusque-là solidaire avec les États-Unis, apparaît, lui aussi, divisé. Le lobby des anciens militaires, très puissant au sein de l'opposition tory, ne ménage pas ses critiques envers le suivisme du chef du gouvernement. À l'instar de Lord Bramall, ancien chef des armées pour qui «la Grande-Bretagne risque d'être entraînée dans une guerre au Proche-Orient longue et sale».

Issue incertaine

Une partie de la presse de droite menée par le virulent Daily Mail ne cache pas son scepticisme devant l'absence de preuves de l'existence des armes de destruction massive dans l'arsenal irakien. Les libéraux-démocrates (centristes), pour leur part, exhortent le gouvernement à trouver avec ses partenaires européens une opposition commune qui soit en mesure d'influencer les États-Unis. À leurs yeux, une action militaire précipitée des Américains qui aurait l'aval de Londres ne disposerait pas d'un soutien suffisant au sein de l'Union, en particulier de la France et de l'Allemagne. Quant aux milieux d'affaires, ils se déclarent sensibles au risque de dépression économique, conséquence de l'inévitable envol des prix du pétrole. Le plongeon de la production industrielle en juin, qui a mis un frein aux espoirs de reprise économique en Grande-Bretagne, accroît leurs inquiétudes.

Dans le passé, la totale solidarité de Tony Blair avec les États-Unis ne s'est jamais démentie. Le premier ministre, qui n'a cessé de donner des gages de fermeté et de fidélité à Washington, n'a pourtant rien à gagner dans cette affaire à l'issue incertaine. Selon le dernier sondage sur la question, effectué par la chaîne de télévision Channel Four, plus de la moitié des Britanniques sont hostiles à l'envoi de forces britanniques en Irak en cas de conflit déclenché par les États-Unis, contre 34 % qui sont d'un avis contraire.