L’Europe entre dans «son moment le plus dangereux», prévient Boris Johnson

Une image satellite montre des tentes et des logements de troupes russes dans la zone d’entraînement de Kursk, en Russie.
Image satellite ©2022 Maxar Technologies via Agence France-Presse Une image satellite montre des tentes et des logements de troupes russes dans la zone d’entraînement de Kursk, en Russie.

Alors que la Russie a amorcé jeudi des exercices militaires communs avec la Biélorussie, à la frontière de l’Ukraine, le premier ministre britannique, Boris Johnson, a estimé que la crise ukrainienne était en train d’entrer dans son « moment le plus dangereux » pour l’Europe, tout en appelant le Kremlin à « penser à une autre voie à suivre » pour apaiser les tensions.

Selon le chef du gouvernement du Royaume-Uni, les prochains jours représentent en effet la « plus grande crise de sécurité à laquelle l’Europe ait eu à faire face depuis des décennies » et appellent toutes les parties impliquées « à faire les choses correctement », a-t-il lancé lors d’une visite au siège de l’OTAN, à Bruxelles.

L’Alliance se retrouve au cœur de la crise actuelle, Moscou réclamant en effet qu’elle cesse son expansion vers l’est et renonce à une intégration possible de l’Ukraine en son sein. Pour la Russie, un engagement écrit des Occidentaux sur ce point, entre autres, est conditionnel à une désescalade dans le conflit ukrainien.

La lecture des risques faite par Londres a été soutenue par le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg. « La taille des forces russes augmente », a-t-il dit en reprenant l’idée de « moment dangereux pour la sécurité européenne ». « Le délai d’avertissement pour une éventuelle attaque diminue », a-t-il ajouté.

Jeudi, six navires russes utilisés pour le transport et le débarquement de troupes, de véhicules et de matériel sont arrivés dans le port de Sébastopol, en Crimée, après un long périple depuis la mer Baltique, pour participer à des exercices militaires en mer Noire, au large du littoral ukrainien. Ce type de navires a été utilisé en 2008 lors de l’invasion russe de la Géorgie.

Le délai d’avertissement pour une éventuelle attaque diminue

 

Le déploiement militaire en mer Noire a été vertement dénoncé par les autorités ukrainiennes. Ces manœuvres représentent des « activités destructrices portant atteinte à la sécurité », et la Russie viole le droit international tout comme « la souveraineté de l’Ukraine dans sa zone maritime territoriale », a déclaré le ministère ukrainien de la Défense par voie de communiqué.

« La Russie continue de militariser activement la péninsule de Crimée et d’utiliser le territoire temporairement occupé comme terrain d’entraînement, a déploré le ministre de la Défense, Oleksiï Reznikov. S’il n’y a pas de réaction commune [des Occidentaux] à ces pressions, le Kremlin […] pourrait utiliser de telles tactiques dans le monde entier. Nos partenaires ont réagi vigoureusement en fournissant des armes. Actuellement, nous attendons une réponse forte de nos partenaires. »

Aides et sanctions

 

Jeudi, environ 350 soldats britanniques supplémentaires ont atterri en Pologne, où déjà 300 militaires au service de Sa Majesté ont été dépêchés dans les derniers mois, près de la frontière de la Biélorussie. Londres a également adopté dans la journée une loi lui permettant de durcir son régime de sanctions contre la Russie en cas d’invasion de l’Ukraine.

« Le Royaume-Uni peut à présent sanctionner non seulement ceux qui sont directement liés à la déstabilisation de l’Ukraine, mais aussi des entités affiliées au gouvernement de la Russie et des entreprises d’importance stratégique et économique pour le gouvernement russe », explique le ministère des Affaires étrangères britannique dans un communiqué.

Pour sa part, le Danemark a annoncé avoir ouvert la porte à la présence de soldats et d’« équipements » militaires américains sur son territoire, et ce, dans le cadre d’un nouvel accord bilatéral visant à faciliter le mouvement des troupes américaines en Europe.

Pour prévenir l’éventualité d’« incidents malencontreux » durant les manœuvres militaires russes à la porte de l’Ukraine, le chef d’état-major américain, le général Mark Milley, a appelé jeudi son homologue biélorusse, le général Viktor Goulevitch, a indiqué le Pentagone. La teneur de l’échange a été tenue secrète, Minsk précisant laconiquement qu’« au cours de la conversation téléphonique, les deux parties ont discuté de questions de sécurité ».

Depuis Moscou, la cheffe de la diplomatie britannique, Liz Truss, a indiqué avoir reçu de son homologue russe, Sergueï Lavrov, l’assurance que Moscou n’allait pas envahir l’Ukraine, mais elle a réclamé au passage que les mots soient suivis par des gestes. « Nous avons besoin de voir les troupes et les équipements stationnés à la frontière ukrainienne déplacés ailleurs », a dit la diplomate au terme d’une rencontre tendue qualifiée par les Russes de « dialogue de sourds », a rapporté The Guardian.

À Bruxelles, Boris Johnson a dit croire que Vladimir Poutine n’avait pas encore décidé d’ordonner l’invasion de l’Ukraine, même si ses services de renseignement lui font part de perspectives « sombres ». « Au Kremlin et dans toute la Russie, ils doivent se demander s’il est vraiment judicieux de verser le sang des soldats russes dans une guerre qui, à mon avis, serait catastrophique », a-t-il dit.

Quant à Vladimir Poutine, par voie de communiqué jeudi, il a décrit un monde devenant « de plus en plus turbulent et tendu ». Il a du même coup appelé à « des efforts soutenus et supplémentaires pour assurer la stabilité stratégique et contrer les menaces et défis émergents » et réclamé « des garanties de sécurité complètes et juridiquement exécutoires pour [son] pays auprès des États-Unis et de leurs alliés de l’OTAN ».

Avec l’Agence France-Presse

Biden demande aux Américains de quitter l’Ukraine «maintenant»

Le président américain, Joe Biden, a appelé jeudi les citoyens américains à quitter l’Ukraine « maintenant » en raison du risque accru d’invasion russe, en les avertissant que la situation pouvait « vite s’emballer » malgré les efforts diplomatiques des dernières semaines.

Dans une entrevue à la chaîne NBC, il a répété qu’il n’enverrait pas de soldats sur le terrain en Ukraine, même pour évacuer des Américains en prévision d’une invasion russe, car cela pourrait déclencher « une guerre mondiale ». « Quand les Américains et les Russes commencent à se tirer dessus, nous sommes dans un monde très différent », a-t-il affirmé.

« Les citoyens américains devraient partir, ils devraient partir maintenant. Nous avons affaire à l’une des plus grandes armées du monde », a indiqué le président, en référence à l’armée russe.

Quelques heures avant les déclarations de Joe Biden, l’ambassadrice américaine à l’ONU, Linda Thomas-Greenfield, a enjoint à la Chine « d’encourager les Russes » à faire les bons choix dans la crise ukrainienne. « Les Chinois ont exprimé une forte préoccupation au Conseil de sécurité [le 31 janvier] pour la protection de l’intégrité des frontières et de la souveraineté des États. C’est exactement ce que font les Russes — ils menacent l’intégrité d’une frontière », a souligné la diplomate.
Agence France-Presse



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