En quête d’une désescalade sur l’Ukraine, Macron rencontre Poutine

En raison de la pandémie, Vladimir Poutine et Emmanuel Macron se sont rencontrés dans une salle du Kremlin, assis aux extrémités d’une grande table afin de respecter une certaine distanciation physique.
Photo: Sputnik / Agence France-Presse En raison de la pandémie, Vladimir Poutine et Emmanuel Macron se sont rencontrés dans une salle du Kremlin, assis aux extrémités d’une grande table afin de respecter une certaine distanciation physique.

Au lendemain d’une énième mise en garde de la Maison-Blanche sur l’invasion « à tout moment » de l’Ukraine par la Russie, la machine diplomatique s’est activée à nouveau lundi avec deux rencontres au sommet, pour tenter de dénouer le nœud gordien du conflit russo-occidental.

À Moscou, le président français, Emmanuel Macron, a dit souhaiter « amorcer une désescalade » de la crise, durant les premières minutes de sa rencontre au Kremlin avec son homologue russe, Vladimir Poutine. M. Macron est le premier dirigeant occidental de premier plan à rencontrer le chef de l’État russe depuis l’accroissement des tensions en décembre à la frontière russo-ukrainienne.

À Washington, le chancelier allemand, Olaf Scholz, a pour sa part affiché son unité avec les États-Unis dans cette crise lors d’une réunion à la Maison-Blanche avec le président américain, Joe Biden. Berlin est critiqué depuis quelques semaines pour sa position timide face à la perspective d’une agression russe en Ukraine. L’Allemagne doit composer avec un approvisionnement en gaz russe pour assurer sa stabilité énergétique, une dépendance qui teinte sa diplomatie face au conflit en cours.

« Nous allons être unis. Nous allons agir ensemble et nous allons prendre toutes les mesures nécessaires », pour empêcher le déclenchement d’un conflit en Ukraine, a résumé le chancelier allemand lors d’une conférence de presse commune tenue à Washington.

Paris et Berlin sont activement impliquées dans les échanges entre la Russie et l’Ukraine, dans un format de discussion à quatre dit de « Normandie », réactivé le 26 janvier dernier, après avoir été boudé par les Russes.

« Notre continent est aujourd’hui dans une situation éminemment critique, ce qui nous impose d’être extrêmement responsables », a pour sa part déclaré Emmanuel Macron, assis séparé de plusieurs mètres de M. Poutine, tous deux placés à l’extrémité d’une très longue table blanche dans un salon du Kremlin. La pandémie a dicté l’étrange mise en scène.

Mardi, le chef de l’État français doit se rendre à Kiev pour y rencontrer son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, alors que la semaine prochaine, c’est au tour du chancelier Olaf Scholz de s’asseoir avec les présidents russe et ukrainien, afin d’apaiser les tensions entre les deux pays.

Modèle finlandais

 

Depuis décembre, Moscou fait monter la pression sur l’Ukraine avec le déploiement de 140 000 soldats à sa frontière avec l’ex-république soviétique, dont la possible entrée au sein de l’OTAN menacerait, selon le Kremlin, la sécurité de la Russie.

« Il y a beaucoup de tension et de nervosité… La machine américaine fait monter la pression », a résumé le président français dans l’avion qui le menait en Russie, lundi. Cité par Le Figaro, il a par ailleurs évoqué l’idée d’une « finlandisation » de l’Ukraine comme « solution nouvelle » au conflit.

« Vladimir Poutine veut un changement profond de la politique de l’OTAN, de la politique des portes ouvertes. Il faut trouver une solution pour que cet espace de sécurité qu’est l’OTAN cohabite avec la Russie. Un élément d’adéquation, c’est la non-adhésion de l’Ukraine à [l’Alliance] », a-t-il dit.

Rappelons que durant la guerre froide, la Finlande a pu maintenir son indépendance face à la superpuissance qu’était l’Union soviétique et maintenir sa démocratie sous la condition d’une neutralité stricte et l’acceptation d’une influence de Moscou sur ses choix politiques. Pour M. Macron, il s’agit pour l’Ukraine « d’un modèle sur la table ».

Au terme de son entretien de cinq heures avec le président français, Vladimir Poutine s’est présenté devant les journalistes avec un ton un peu plus apaisé. « Certaines des idées [de M. Macron], de ses propositions […] sont envisageables pour jeter les bases d’avancées communes », a dit le chef du Kremlin en conférence de presse, tout en jugeant prématuré d’exposer ces propositions publiquement.

Il s’est par ailleurs à nouveau posé en victime de ce conflit, en réfutant l’idée que la Russie se comporte de manière agressive. « C’est illogique », a-t-il dit. « Ce n’est pas nous qui nous nous dirigeons vers les frontières de l’OTAN ». M. Poutine a dit par ailleurs vouloir tout faire « pour trouver des compromis qui pourront satisfaire tout le monde », en assurant que ni lui ni M. Macron ne veulent d’une guerre Russie-OTAN qui « n’aurait pas de vainqueur ».

Tout en parlant de « termes de convergence » entre la Russie et la France, M. Macron a pour sa part indiqué, au cours d’une conférence de presse commune, avoir proposé à son homologue de « bâtir des garanties concrètes de sécurité » et reçu l’assurance que M. Poutine avait la volonté de « maintenir la stabilité et l’intégrité territoriale de l’Ukraine ».

De l’autre côté de l’Atlantique Nord, à Washington, Joe Biden a pour sa part maintenu la ligne dure face à la menace russe en Ukraine. « Si la Russie fait le choix d’envahir davantage l’Ukraine, nous sommes conjointement prêts », a-t-il dit aux côtés du chancelier Olaf Scholz. « Et toute l’OTAN est prête. »

Avec l’Agence France-Presse



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