Washington renforce ses positions militaires en Europe de l’Est

Le président américain Joe Biden prévoit d’envoyer des renforts militaires en Europe de l’Est en soutien aux forces de l’OTAN.
Photo: Nicholas Kamm Archives Agence France-Presse Le président américain Joe Biden prévoit d’envoyer des renforts militaires en Europe de l’Est en soutien aux forces de l’OTAN.

Tout en appelant au maintien du dialogue pour résoudre la crise sécuritaire entre l’Ukraine et la Russie, les États-Unis restent fermes et en état d’alerte, avec l’envoi de 3000 soldats supplémentaires en Europe de l’Est, principalement en Roumanie et en Pologne, annoncé mercredi par le Pentagone.

Ce nombre s’ajoute aux 8500 militaires déjà mobilisés par la Maison-Blanche afin de riposter à une éventuelle invasion de l’ex-république soviétique par Moscou, mais qui n’ont pas encore été affectés à une mission en Europe.

« Il est important que nous envoyions un signal fort à M. Poutine et au monde que l’OTAN est importante », a déclaré en conférence de presse le porte-parole du département de la Défense américaine, John F. Kirby. « Nous indiquons clairement que nous allons être prêts à défendre nos alliés de l’OTAN si cela devenait nécessaire. »

Le Kremlin a qualifié le renforcement des positions américaines en Europe de « destructrice » et a assuré être à la recherche d’une solution « pacifique » à la crise.

Moscou nie depuis plusieurs semaines avoir des plans d’invasion de l’Ukraine, et ce, malgré le déploiement de plus de 100 000 militaires à la frontière russo-ukrainienne.

Une décision saluée

 

Alors que la tension reste vive entre les Occidentaux et la Russie sur la question ukrainienne, le président roumain, Klaus Iohannis, a salué l’arrivée prochaine dans son pays d’un bataillon américain de 1000 soldats et de ses blindés Stryker. Selon lui, il s’agit de la « preuve solide de la solidarité et de l’engagement des États-Unis, notre allié et principal partenaire stratégique », a-t-il dit.

En Pologne, 1700 soldats de la 82e division aéroportée, la principale force d’intervention rapide de l’armée américaine, rejoindront les 4000 militaires américains déjà présents.

Le président polonais, Andrzej Duda, a fait part de sa « satisfaction », a indiqué un de ses conseillers chargés des questions de sécurité.

Le chef de l’OTAN, Jens Stoltenberg, s’est lui aussi réjoui de ces annonces, soulignant que l’Alliance atlantique envisage également de déployer « des forces tactiques » sur son flanc sud-est.

« Nos déploiements sont défensifs et proportionnés, et ils envoient le message clair que l’OTAN fera tout ce qui sera nécessaire pour protéger et défendre tous les alliés », a-t-il ajouté.

Le Pentagone a justifié ce nouvel envoi de troupes en parlant de renforcer le « flanc oriental » de l’Alliance atlantique et de rassurer les pays frontaliers affiliés à l’OTAN, dont plusieurs craignent que les tensions entre la Russie et l’Ukraine atteignent leur territoire.

« Ces forces ne vont pas se battre en Ukraine », qui n’appartient pas à l’OTAN, a précisé John F. Kirby, tout en soulignant qu’il s’agissait d’un redéploiement temporaire.

Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Alexandre Grouchko, cité par l’agence Interfax, a vertement dénoncé cette mesure. Il l’a qualifiée d’« injustifiée » et de « destructrice ». Pour lui, le geste, tout en « augmentant les tensions militaires », vient réduire « le champ pour les décisions politiques ».

Une politique qui a poursuivi sa voie mercredi avec un appel téléphonique entre le premier ministre britannique, Boris Johnson, et le président russe, Vladimir Poutine, qui se sont entendus sur le fait « qu’une aggravation [de la crise en Ukraine] n’était dans l’intérêt de personne », a indiqué Downing Street après cette conversation. Londres a par ailleurs rappelé à Moscou que « toute incursion supplémentaire russe en Ukraine serait une tragique erreur de calcul » et a décidé « d’appliquer [un] esprit de dialogue face aux tensions actuelles, afin de trouver un règlement pacifique ».

Malgré le ballet diplomatique des derniers jours, la Russie reste à couteaux tirés avec les Occidentaux en plaçant l’Ukraine au cœur de ses revendications sécuritaires. Elle estime qu’une désescalade n’est possible qu’advenant une garantie attestant la fin de la politique d’élargissement de l’OTAN, notamment à l’Ukraine, et réclame un retrait d’Europe de l’Est des capacités militaires de l’Alliance. Capacités que Washington vient de renforcer.

Pas de militaires américains

 

D’après le quotidien espagnol El País, les États-Unis et l’OTAN se sont engagés envers la Russie à ne pas déployer de moyens militaires offensifs en Ukraine, selon le document remis par Washington à Moscou la semaine dernière. Mercredi, le département d’État américain a confirmé l’authenticité des documents cités.

L’Occident propose aussi aux Russes la possibilité d’inspecter certaines infrastructures militaires qui les inquiètent en Europe, en plus de se dire prêt à discuter de l’« indivisibilité de la sécurité », un concept porté par le Kremlin pour réclamer un recul de l’OTAN de son voisinage sous prétexte que « la sécurité des uns ne peut se faire aux dépens de celle d’autres », comme l’a rappelé mardi Vladimir Poutine en conférence de presse.

Le Kremlin prépare toujours sa réponse officielle à ces engagements.

L’Allemagne, dont le conflit russo-ukrainien pourrait compromettre l’approvisionnement en gaz naturel russe, a annoncé mercredi que son chancelier, Olaf Scholz, allait se rendre prochainement à Moscou pour tenter de désamorcer la crise, et ce, après une rencontre avec Joe Biden prévue le 7 février prochain à Washington.

Par ailleurs, les présidents russe, Vladimir Poutine, et chinois, Xi Jinping, se préparent à souligner leur « vision commune » en matière de sécurité internationale lors d’une rencontre prévue à l’ouverture des Jeux olympiques de Pékin, vendredi, a indiqué le Kremlin, qui revendique le soutien chinois dans la crise ukrainienne.

« Une déclaration commune sur l’entrée des relations internationales dans une nouvelle ère a été préparée », a indiqué Iouri Ouchakov, conseiller diplomatique de M. Poutine. « On y retrouvera la vision commune de la Russie et de la Chine […] notamment sur les questions de sécurité », a-t-il dit.

Avec l’Agence France-Presse

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