Le Canada ordonne l’évacuation de membres de son ambassade en Ukraine

Les Occidentaux ont convenu d’une riposte unifiée en cas d’attaque de l’Ukraine.
Photo: Anatolii Stepanov Agence France-Presse Les Occidentaux ont convenu d’une riposte unifiée en cas d’attaque de l’Ukraine.

Le Canada a emboîté le pas, mardi, aux États-Unis et au Royaume-Uni en ordonnant finalement l’évacuation du personnel non essentiel de son ambassade en Ukraine, alors que les exercices de l’armée russe se sont accentués à plusieurs points de la frontière.

Circonspect lundi sur l’imminence de cette évacuation, Ottawa s’est fait plus affirmatif 24 heures plus tard en annonçant le rapatriement temporaire des « enfants de moins de 18 ans des employés canadiens de l’ambassade ainsi que [d]es membres de leur famille qui les accompagnent », a indiqué le ministère fédéral des Affaires mondiales par voie de communiqué.

Le Canada a justifié cette décision en évoquant la « sécurité [du] personnel et [des] familles » de sa mission diplomatique à Kiev, la capitale, et « en raison du déploiement militaire russe actuel et des activités déstabilisantes en Ukraine et dans les environs ».

Dimanche soir, la Maison-Blanche a ordonné aux familles des diplomates américains en poste dans cette ex-république soviétique de quitter le pays compte tenu « de la menace persistante d’une opération militaire russe » et a déconseillé aux Américains de se rendre en Russie. Une décision suivie lundi par le Royaume-Uni, qui a commencé le rapatriement de « certains membres du personnel » de son ambassade à Kiev et de leur famille, a indiqué le ministère britannique des Affaires étrangères.

Mardi matin, dans la foulée de sa décision, Ottawa a réitéré son appel aux Canadiens d’« éviter tout voyage non essentiel » en Ukraine et d’« éviter tout voyage » en Crimée, annexée en 2014 par Moscou, et dans les régions de Donetsk et de Louhansk, contrôlées par les séparatistes prorusses.

Nouvelles manœuvres militaires

 

Tout en accusant Washington de faire monter la pression dans le conflit, la Russie a lancé mardi de nouvelles manœuvres militaires non loin de l’Ukraine et en Crimée annexée, quelques heures après que les États-Unis ont mis en alerte plus de 8000 soldats américains, pour faire face à une éventuelle invasion de l’Ukraine par la Russie.

Alors que les discussions diplomatiques se poursuivent, sans résultats, Russes et Occidentaux s’accusent mutuellement de nourrir la crise par les gestes et les mots.

Les exercices militaires russes annoncés mardi impliquent quelque 6000 hommes, des avions de chasse et des bombardiers. Ils se déroulent dans le sud de la Russie, notamment à proximité de l’Ukraine, et en Crimée, péninsule ukrainienne annexée en 2014.

Lundi, les dirigeants occidentaux ont convenu de répondre d’une seule voix à une éventuelle « attaque » de l’Ukraine par la Russie, en imposant à Moscou des sanctions d’une sévérité sans précédent, a déclaré mardi le premier ministre britannique, Boris Johnson.

Il a par ailleurs averti qu’une invasion russe de l’Ukraine pourrait conduire à la pire effusion de sang en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. « Personne ne va tirer profit d’une telle catastrophe », a-t-il indiqué aux députés britanniques au lendemain d’une visioconférence qui s’est tenue lundi soir entre les États-Unis et leurs alliés européens. « La Russie va créer un terrain vague dans un pays qui, comme elle nous le rappelle constamment, est composé de compatriotes slaves. Et la Russie ne pourra jamais appeler cela la paix. »

Les Occidentaux ont convenu d’une riposte unifiée en cas d’attaque de l’Ukraine et prévoient des sanctions économiques coordonnées et sévères. Elles seront « sans précédent », et la Russie « sera totalement isolée », a averti lundi le ministre danois des Affaires étrangères, Jeppe Kofod.

Mardi, le président américain, Joe Biden, a poussé le curseur un peu plus loin en soulignant que ces sanctions pourraient également cibler les intérêts personnels du président russe, Vladimir Poutine. Sans plus de détail.

 

Situation « maîtrisée »

Devant le parlement ukrainien mardi, le ministre de la Défense, Oleksii Reznikov, a toutefois cherché à rassurer le pays en affirmant qu’une invasion n’était pas imminente, tout en reconnaissant une menace bien réelle.

« À ce jour, il n’y a aucune raison de croire » que la Russie se prépare à envahir l’Ukraine de manière imminente. « Ne vous inquiétez pas, dormez bien », a-t-il ajouté. « Pas besoin de faire vos valises. »

La Russie va créer un terrain vague dans un pays qui, comme elle nous le rappelle constamment, est composé de compatriotes slaves. Et la Russie ne pourra jamais appeler cela la paix.

 

Lundi, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, et d’autres hauts responsables du pays ont assuré que la situation était « maîtrisée » et ont appelé leurs alliés au calme, des alliés dont l’ordre d’évacuation de leur ambassade a été qualifié de « dramatisation » du conflit diplomatique par le chef de la diplomatie de l’Union européenne, Josep Borrell, qui les a appelés à éviter les « réactions alarmistes ».

Tout en alimentant le spectre d’une attaque, Joe Biden s’est refusé mardi de spéculer sur le moment où une invasion russe de l’Ukraine pourrait se produire.

« Ce serait comme lire dans le marc de café », a-t-il souligné.

Mais il a ajouté : si la Russie « envahit tout le pays », ou « même beaucoup moins », cela aura « d’énormes conséquences », non seulement pour la Russie, mais aussi pour « le monde entier », a-t-il prévenu. Ce serait « l’invasion la plus importante depuis la Seconde Guerre mondiale. Cela changerait le monde ».

Avec l’Agence France-Presse

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