Washington accuse Moscou de placer le monde devant une nouvelle Guerre froide

Manoeuvres et mise en garde s’accentuent autour de la perspective d’une invasion de l’Ukraine par la Russie.
Photo: Alexander Nemenov Agence France-Presse Manoeuvres et mise en garde s’accentuent autour de la perspective d’une invasion de l’Ukraine par la Russie.

Dure journée pour l’espoir, jeudi. En ajustant les aiguilles de son horloge symbolique, le Bulletin of the Atomic Scientists a déclaré depuis Washington qu’il était désormais « minuit moins 100 secondes » avant l’apocalypse, en raison des nombreux risques qui se sont accentués en 2021 sur l’humanité. L’« horloge de la fin du monde », créée en partie par Albert Einstein en 1947, était à minuit moins 13 minutes en 1991, à la fin de la guerre froide.

Hasard des calendriers, c’est la même journée que les États-Unis ont choisie pour dénoncer une fois de plus la perspective, qui se rapproche chaque jour un peu plus, d’une invasion de l’Ukraine par la Russie. Washington a indiqué au passage que Moscou plaçait ainsi le monde dans l’antichambre d’une nouvelle guerre froide.

« Laisser la Russie violer [les] principes [de souveraineté d’un État] en toute impunité nous ramènerait tous à une époque bien plus dangereuse et instable, lorsque [l’Europe] et [Berlin] étaient divisés en deux, séparés par des no man’s land où patrouillent des soldats, avec au-dessus de nos têtes la menace d’une guerre totale », a résumé le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, dans un discours livré jeudi depuis la capitale allemande, où il était en visite.

À la veille d’une rencontre prévue entre lui et son homologue russe, Sergueï Lavrov, à Genève vendredi, les tensions mues par la crise ukrainienne et la crainte d’une invasion russe de plus en plus probable ne se sont pas apaisées jeudi. Les États-Unis ont en effet autorisé des pays baltes à expédier des armes de fabrication américaine à l’Ukraine, mais également imposé des sanctions économiques à quatre Ukrainiens accusés de travailler avec les services secrets russes (FSB) pour déstabiliser l’Ukraine.

Deux députés ukrainiens, Taras Kozak et Oleg Volochine, sont du nombre. Par voie de communiqué, le Trésor américain a indiqué qu’ils ont été chargés par Moscou de « recruter d’anciens et actuels responsables gouvernementaux pour se préparer à prendre le contrôle du gouvernement ukrainien et à contrôler les infrastructures du pays avec une force russe d’occupation ».

« Nous avons décidé d’envoyer des armes et d’autres aides [à l’Ukraine] afin de dissuader la Russie de toute attaque », a résumé pour sa part le ministre lituanien de la Défense, Arvydas Anusauskas. « L’histoire nous montre que faire des concessions à l’agresseur finit par aboutir à une grande guerre. Nous ne voulons pas de cela. Tout pays qui se défend doit avoir la possibilité de le faire », a-t-il ajouté.

Loin de calmer le jeu, la Russie a continué de maintenir la pression sur les Occidentaux en annonçant jeudi des manœuvres militaires navales d’envergure dans l’Atlantique, l’Arctique, le Pacifique et la Méditerranée, où 140 navires de la flotte russe et 10 000 soldats vont être déployés. Le ministre russe de la Défense les a justifiées en parlant de mettre en action « les forces navales, aériennes et spatiales » pour contrer les « menaces » pesant sur son pays, depuis les « mers et les océans ».

Moscou a également prévu de mener des manœuvres navales conjointes avec l’Iran et la Chine, sans en préciser la date.

Cette annonce intervient alors que le Kremlin a qualifié de « déstabilisatrices » les déclarations de Joe Biden, qui, mercredi, a prévenu qu’une réaction « sévère » suivrait une attaque militaire contre l’Ukraine.

Jeudi, le président américain en a rajouté en parlant d’une « riposte économique sévère et coordonnée » dont il a discuté en détail avec ses alliés, a-t-il précisé depuis Washington. « Il ne doit y avoir aucun doute : si Poutine fait ce choix, la Russie le paiera très cher », a insisté le démocrate.

« Ce n’est pas le seul scénario auquel il faut se préparer. La Russie a une longue expérience de mesures d’agression qui ne sont pas l’action militaire ouverte », a-t-il par ailleurs ajouté, évoquant de possibles « actions menées par des soldats russes ne portant pas l’uniforme russe » ou des « cyberattaques ».

Rappelons que le conflit s’enlise à la frontière russo-ukrainienne, devenue le point focal des tensions entre l’Est et l’Ouest. La menace d’invasion vise à faire pression sur les Occidentaux, à qui Moscou réclame un traité bannissant tout élargissement de l’OTAN à l’Ukraine, mais aussi à la Géorgie, une autre ex-république soviétique. La Russie réclame également aux Américains et à leurs alliés qu’ils renoncent à organiser des manœuvres et des déploiements militaires en Europe de l’Est.

Les discussions sont dans l’impasse : le Kremlin juge ces demandes non négociables alors que la Maison-Blanche, tout comme le Canada, les considère comme étant « inacceptables ».

Placée malgré elle au cœur de ce rapport de force, l’Ukraine a souligné jeudi que la sécurité du continent européen n’était pas possible sans le rétablissement de l’intégrité de son territoire, annexé en partie par Moscou en 2014. Outre l’occupation de la péninsule ukrainienne de la Crimée, la Russie soutient aussi, depuis presque 10 ans, les séparatistes prorusses dans le Donbass, à l’est du pays.

« J’espère que nos efforts conjoints, nos pourparlers avec la Fédération russe aboutiront à une désescalade à la frontière de l’Ukraine et à des garanties de la Russie pour la paix dans le Donbass », a indiqué jeudi le président ukrainien, Volodymyr Zelensky.

Plus tôt, sur Twitter, M. Zelensky a par ailleurs repris gentiment le président américain, qui, mardi, a suscité la controverse en évoquant une possible « incursion mineure » de la Russie en Ukraine dont les conséquences pourraient alors être moindres. « Nous voulons rappeler aux grandes puissances qu’il n’y a pas d’incursions mineures ni de petites nations. Tout comme il n’y a pas de victimes mineures et de petit chagrin à la suite de la perte d’êtres chers », a déclaré M. Zelensky.

« Je dis cela en tant que président d’une grande puissance », a-t-il ajouté.

Washington a depuis clarifié la pensée de la Maison-Blanche : « tout » franchissement de la frontière ukrainienne par la Russie entraînerait une réaction « rapide et sévère » des États-Unis, a assuré jeudi le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, à Berlin.

Avec l’Agence France-Presse

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